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TGV Marrakech-Agadir : 55 milliards de dirhams pour changer le visage du Sud ?


Rédigé par La Rédaction le Mardi 2 Juin 2026



Le projet de ligne à grande vitesse entre Marrakech et Agadir entre dans une phase décisive. Selon les éléments rapportés par Al Alam, les études relatives à ce tronçon sont achevées, tandis que son coût prévisionnel est estimé à près de 55 milliards de dirhams. Le chantier s’annonce techniquement complexe, notamment en raison des ouvrages prévus dans le Haut Atlas : ponts, tunnels et passages difficiles représenteraient une grande partie du projet.

TGV Marrakech-Agadir : 55 milliards de dirhams pour changer le visage du Sud ?
À première vue, il s’agit d’un projet ferroviaire. En réalité, c’est beaucoup plus que cela. Relier Marrakech à Agadir par train à grande vitesse, c’est redessiner l’économie du Sud, rapprocher deux pôles touristiques majeurs, fluidifier les déplacements, ouvrir de nouvelles perspectives logistiques et préparer le Maroc à une nouvelle géographie du développement.

Agadir reste aujourd’hui une grande ville relativement enclavée sur le plan ferroviaire. Elle dispose d’un potentiel touristique, agricole, portuaire et industriel considérable, mais son absence de connexion directe au réseau national limite encore son rayonnement. Le TGV pourrait donc devenir un accélérateur territorial majeur.

Le projet s’inscrit aussi dans une dynamique plus large : celle d’un Maroc qui investit massivement dans ses infrastructures à l’approche de grands rendez-vous internationaux, notamment la Coupe du monde 2030. Mais il serait réducteur de voir cette ligne uniquement comme un équipement événementiel. Un train ne se construit pas pour un mois de compétition. Il se construit pour plusieurs générations.

L’enjeu est donc de savoir si ces 55 milliards de dirhams seront une dépense spectaculaire ou un investissement structurant.

Les bénéfices attendus sont nombreux. Le tourisme pourrait gagner en fluidité, avec des circuits combinant Marrakech, Agadir, Essaouira, Taroudant et le Grand Sud. Les investisseurs pourraient regarder différemment la région Souss-Massa. Les étudiants, les cadres, les entrepreneurs et les familles bénéficieraient d’un accès plus rapide aux grands pôles économiques du pays.

Mais un projet de cette ampleur doit aussi être interrogé avec lucidité. Le Maroc a besoin d’infrastructures modernes, mais il a aussi besoin d’équilibre territorial. Le risque serait de construire une ligne rapide qui relie deux grandes vitrines sans irriguer suffisamment les territoires intermédiaires. Une infrastructure n’est vraiment nationale que lorsqu’elle produit des effets au-delà de ses gares principales.

La question sociale est également centrale. Le TGV Marrakech-Agadir ne devra pas devenir uniquement le train des touristes, des cadres et des grands événements. Il devra s’intégrer à une politique globale de mobilité, avec des connexions régionales, des gares accessibles, des tarifs maîtrisés et une articulation avec les bus, les taxis, les routes et les futurs réseaux urbains.

Le défi est donc double : aller vite, mais ne pas oublier ceux qui avancent lentement.

Ce projet peut aussi devenir une opportunité industrielle. Le ministre du Transport a évoqué, dans le même cadre, la volonté de développer une industrie ferroviaire nationale, notamment à travers un projet de fabrication et de maintenance à Benguerir avec un taux d’intégration local important. Si le Maroc parvient à associer ses grands chantiers ferroviaires à la formation, à l’emploi industriel et à la montée en compétence des entreprises marocaines, alors l’effet sera bien supérieur à la simple construction d’une ligne.

La ligne Marrakech-Agadir peut donc être un symbole du Maroc de demain : plus connecté, plus rapide, plus intégré. Mais elle devra éviter de devenir un symbole de déséquilibre. Car le vrai progrès ne se mesure pas seulement au temps gagné entre deux grandes villes. Il se mesure aussi à la capacité d’une infrastructure à créer de la valeur autour d’elle.

Agadir attend depuis longtemps son entrée dans le réseau ferroviaire national. Si ce projet aboutit, il pourrait transformer la ville en véritable métropole du Sud, mieux reliée au reste du Royaume et plus attractive pour les investisseurs.

Mais la réussite ne dépendra pas seulement des rails. Elle dépendra de ce que l’on construira autour : zones économiques, pôles de formation, liaisons régionales, services publics, logements, logistique et gouvernance territoriale.

Le TGV Marrakech-Agadir peut être une révolution. À condition qu’il ne soit pas seulement un train rapide, mais un projet de développement complet.




Mardi 2 Juin 2026