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TGV, RER et mobilité durable : le Maroc accélère la modernisation de son réseau ferroviaire


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Jeudi 15 Janvier 2026

Depuis le lancement d’Al Boraq, le Maroc a franchi un cap décisif dans la modernisation de son réseau ferroviaire. Le Royaume engage aujourd’hui une refonte plus large de ses infrastructures, combinant extension de la grande vitesse et déploiement de réseaux express régionaux. Un choix stratégique, dicté par la saturation des grands axes et par la nécessité d’inventer une mobilité urbaine plus fluide, durable et mieux connectée aux réalités des métropoles.



Une stratégie ferroviaire face à la saturation des grands corridors

TGV, RER et mobilité durable : le Maroc accélère la modernisation de son réseau ferroviaire

Le Maroc entre dans une nouvelle phase de modernisation de son réseau ferroviaire. Après avoir posé les bases de la grande vitesse avec Al Boraq, première ligne TGV du continent africain, le Royaume cherche désormais à étendre ce modèle à des axes structurants tout en repensant la mobilité du quotidien. Cette orientation répond à une réalité tangible : la croissance soutenue du trafic voyageurs, la pression exercée par le fret et l’urbanisation rapide autour de Casablanca, Rabat et Kénitra mettent le réseau classique sous tension.
 

L’extension de la ligne Tanger–Kénitra–Casablanca vers Marrakech constitue le projet le plus avancé. L’objectif est clair : réorganiser un corridor déjà saturé sans multiplier les voies, tout en améliorant la capacité et la fiabilité du réseau. À moyen terme, une prolongation vers Agadir est envisagée, renforçant la continuité territoriale du nord au sud. Le financement repose sur un montage hybride associant budget public, emprunts internationaux et partenariats avec des institutions de développement, reflet de l’ampleur et de la complexité du chantier.
 

Les contraintes techniques sont importantes. La diversité des reliefs, les exigences environnementales et la nécessité d’assurer une exploitation continue imposent des études d’ingénierie particulièrement rigoureuses. La grande vitesse n’est donc pas pensée comme un simple gain de temps, mais comme un outil de régulation des flux sur les axes les plus sollicités.


Les RER, pivot d’une nouvelle mobilité urbaine

Parallèlement, le développement des réseaux express régionaux marque un tournant pour la mobilité urbaine. Casablanca et le corridor Rabat–Salé–Mohammédia concentrent aujourd’hui les projets les plus avancés. L’ambition dépasse la modernisation des voies existantes : il s’agit de restructurer les gares, de créer des pôles d’échanges multimodaux et d’assurer une intégration cohérente avec les tramways, les bus à haut niveau de service et les mobilités douces.
 

Cette approche vise à offrir une alternative crédible à la voiture individuelle, capable de transporter massivement les voyageurs aux heures de pointe tout en réduisant la congestion et les émissions polluantes. Sur le plan technique, la priorité porte sur le doublement de sections critiques, l’électrification complémentaire et la modernisation des systèmes de signalisation. La compatibilité avec les standards européens de gestion du trafic, notamment l’ERTMS, est identifiée comme un enjeu central pour garantir sécurité et fluidité.
 

La planification des RER impose néanmoins des arbitrages délicats entre performance, continuité du service et maîtrise des coûts, dans des zones urbaines déjà fortement contraintes.


Des investissements structurants pour l’économie et les territoires

Les investissements engagés pour la grande vitesse et les RER se chiffrent en dizaines de milliards de dirhams. Ils mobilisent des financements hybrides, combinant ressources publiques, soutien d’institutions multilatérales, instruments liés à la transition énergétique et contributions territoriales. La mise en œuvre par phases vise à éviter les interruptions de service, particulièrement pénalisantes pour un réseau déjà fortement sollicité.
 

Au-delà des infrastructures, ces projets traduisent une transformation plus profonde. Ils renforcent l’intégration économique du pays, rapprochent les pôles productifs et touristiques et redessinent la mobilité quotidienne dans les grandes métropoles. Les RER, en particulier, préfigurent une organisation plus rationnelle des déplacements urbains, mieux adaptée aux défis de croissance démographique et de qualité de vie.
 

L’extension du TGV et le déploiement des RER ne relèvent pas d’un simple effet d’annonce. Ils traduisent un choix structurant pour le Maroc : faire du ferroviaire un pilier de la cohésion territoriale, de la compétitivité économique et de la transition durable. Une transformation progressive, exigeante, mais appelée à peser durablement sur l’attractivité des villes et sur le quotidien des citoyens.





Jeudi 15 Janvier 2026