Quand 98 % du tissu économique attend encore une véritable politique publique
À chaque crise économique, à chaque plan de relance, à chaque grande stratégie industrielle, le même constat revient. L'État marocain sait mobiliser des milliards lorsqu'il s'agit d'attirer de grands investisseurs, de soutenir des filières stratégiques ou de financer des projets d'envergure. Automobile, aéronautique, batteries électriques, hydrogène vert, industrie pharmaceutique : le Royaume dispose aujourd'hui d'une véritable ingénierie publique pour accompagner les grandes entreprises.
En revanche, lorsqu'il s'agit des très petites entreprises, celles qui constituent pourtant près de 98 % des entreprises formelles du pays, le logiciel semble toujours introuvable.
C'est, en substance, le message lancé par la Confédération Marocaine des TPE-PME à l'occasion de la Journée mondiale des petites entreprises. Derrière ce communiqué se cache une interrogation beaucoup plus profonde : le Maroc a-t-il réellement une politique des TPE, ou seulement une politique des grandes entreprises ?
Une économie construite à l'envers.Oui, le paradoxe est frappant.
Le Maroc est devenu en une vingtaine d'années une référence internationale pour attirer les investissements étrangers.
Les zones industrielles se multiplient.
Les agences publiques spécialisées également.
Les dispositifs d'aide se sont professionnalisés.
Les écosystèmes industriels sont désormais bien identifiés.
Les administrations savent négocier avec Renault, Stellantis, Boeing, les grands groupes chinois ou encore les investisseurs du Golfe.
Autrement dit, lorsqu'il s'agit d'un projet de plusieurs centaines de millions de dirhams, l'État sait parfaitement qui fait quoi.
Mais lorsqu'un artisan souhaite investir.
Lorsqu'une petite entreprise cherche un crédit.
Lorsqu'un commerçant veut se digitaliser.
Lorsqu'une jeune société cherche simplement à survivre à ses trois premières années d'existence...
Le parcours devient souvent un véritable labyrinthe administratif.
Des chiffres qui interrogent : Les données présentées par la CM-TPME sont difficiles à ignorer.
En quatre ans, près de 150 000 entreprises auraient disparu, dont l'immense majorité sont des TPE. En 2025, une TPE fermerait ses portes toutes les dix minutes.Près de 70 % des jeunes entreprises ne dépasseraient pas les cinq premières années d'activité.
Et surtout, moins de 5 % des TPE accèderaient réellement au crédit bancaire alors qu'elles représentent quasiment tout le tissu entrepreneurial national.
Ces chiffres méritent naturellement d'être débattus et confrontés aux données officielles. Mais même en les prenant avec prudence, ils traduisent une réalité que beaucoup d'entrepreneurs décrivent quotidiennement.
Une politique industrielle... mais pas une politique entrepreneuriale
Depuis plusieurs années, le Maroc mène avec succès une politique industrielle ambitieuse.
Les résultats sont visibles.
Les exportations automobiles explosent.
L'aéronautique progresse.
Les investissements chinois se multiplient.
Les énergies renouvelables attirent les capitaux.
Le pays sait désormais construire des filières.
Mais cette logique reste essentiellement pensée pour des entreprises déjà structurées.
Elle répond à une logique de compétitivité internationale.
Beaucoup moins à une logique d'économie de proximité.
Or les TPE ne demandent pas des zones industrielles géantes.
Elles demandent souvent des choses beaucoup plus simples :
Le paradoxe des marchés publics
Le communiqué rappelle un élément particulièrement révélateur.
Depuis plus de treize ans, une disposition prévoit que 20 % des marchés publics puissent être réservés aux TPE-PME. Mais faute de mise en œuvre effective, cette disposition reste largement théorique.
Voilà peut-être l'un des meilleurs exemples du problème.
Le Maroc produit des lois.
Il annonce des stratégies.
Mais leur traduction concrète pour les petites entreprises demeure souvent incomplète.
Autre difficulté majeure : l'informel.
Comment une petite entreprise qui paie ses impôts, ses cotisations sociales et respecte les normes peut-elle rivaliser avec un concurrent qui n'assume quasiment aucune de ces charges ?
Selon les données rappelées par la Confédération, plus de deux millions d'unités économiques exerceraient encore dans l'informel.
Cette concurrence crée une situation paradoxale.
Les entreprises qui respectent les règles deviennent parfois les plus pénalisées.
En revanche, lorsqu'il s'agit des très petites entreprises, celles qui constituent pourtant près de 98 % des entreprises formelles du pays, le logiciel semble toujours introuvable.
C'est, en substance, le message lancé par la Confédération Marocaine des TPE-PME à l'occasion de la Journée mondiale des petites entreprises. Derrière ce communiqué se cache une interrogation beaucoup plus profonde : le Maroc a-t-il réellement une politique des TPE, ou seulement une politique des grandes entreprises ?
Une économie construite à l'envers.Oui, le paradoxe est frappant.
Le Maroc est devenu en une vingtaine d'années une référence internationale pour attirer les investissements étrangers.
Les zones industrielles se multiplient.
Les agences publiques spécialisées également.
Les dispositifs d'aide se sont professionnalisés.
Les écosystèmes industriels sont désormais bien identifiés.
Les administrations savent négocier avec Renault, Stellantis, Boeing, les grands groupes chinois ou encore les investisseurs du Golfe.
Autrement dit, lorsqu'il s'agit d'un projet de plusieurs centaines de millions de dirhams, l'État sait parfaitement qui fait quoi.
Mais lorsqu'un artisan souhaite investir.
Lorsqu'une petite entreprise cherche un crédit.
Lorsqu'un commerçant veut se digitaliser.
Lorsqu'une jeune société cherche simplement à survivre à ses trois premières années d'existence...
Le parcours devient souvent un véritable labyrinthe administratif.
Des chiffres qui interrogent : Les données présentées par la CM-TPME sont difficiles à ignorer.
En quatre ans, près de 150 000 entreprises auraient disparu, dont l'immense majorité sont des TPE. En 2025, une TPE fermerait ses portes toutes les dix minutes.Près de 70 % des jeunes entreprises ne dépasseraient pas les cinq premières années d'activité.
Et surtout, moins de 5 % des TPE accèderaient réellement au crédit bancaire alors qu'elles représentent quasiment tout le tissu entrepreneurial national.
Ces chiffres méritent naturellement d'être débattus et confrontés aux données officielles. Mais même en les prenant avec prudence, ils traduisent une réalité que beaucoup d'entrepreneurs décrivent quotidiennement.
Une politique industrielle... mais pas une politique entrepreneuriale
Depuis plusieurs années, le Maroc mène avec succès une politique industrielle ambitieuse.
Les résultats sont visibles.
Les exportations automobiles explosent.
L'aéronautique progresse.
Les investissements chinois se multiplient.
Les énergies renouvelables attirent les capitaux.
Le pays sait désormais construire des filières.
Mais cette logique reste essentiellement pensée pour des entreprises déjà structurées.
Elle répond à une logique de compétitivité internationale.
Beaucoup moins à une logique d'économie de proximité.
Or les TPE ne demandent pas des zones industrielles géantes.
Elles demandent souvent des choses beaucoup plus simples :
- accéder au financement ;
- être payées dans des délais raisonnables ;
- bénéficier d'une fiscalité adaptée ;
- accéder réellement aux marchés publics ;
- disposer d'un accompagnement de proximité.
Le paradoxe des marchés publics
Le communiqué rappelle un élément particulièrement révélateur.
Depuis plus de treize ans, une disposition prévoit que 20 % des marchés publics puissent être réservés aux TPE-PME. Mais faute de mise en œuvre effective, cette disposition reste largement théorique.
Voilà peut-être l'un des meilleurs exemples du problème.
Le Maroc produit des lois.
Il annonce des stratégies.
Mais leur traduction concrète pour les petites entreprises demeure souvent incomplète.
Autre difficulté majeure : l'informel.
Comment une petite entreprise qui paie ses impôts, ses cotisations sociales et respecte les normes peut-elle rivaliser avec un concurrent qui n'assume quasiment aucune de ces charges ?
Selon les données rappelées par la Confédération, plus de deux millions d'unités économiques exerceraient encore dans l'informel.
Cette concurrence crée une situation paradoxale.
Les entreprises qui respectent les règles deviennent parfois les plus pénalisées.
Le gouvernement sait-il vraiment parler aux TPE ? La vraie question est peut-être institutionnelle.
Le Maroc dispose aujourd'hui d'interlocuteurs identifiés pour les investisseurs étrangers.
Pour les grands groupes.
Pour les grandes fédérations sectorielles.
Mais existe-t-il une administration entièrement pensée pour les TPE ?
Existe-t-il une banque publique spécialisée ?
Une agence nationale dédiée ?
Un véritable "Small Business Act" à la marocaine ?
La CM-TPME répond clairement par la négative et avance une série de propositions : création d'une banque publique des TPE, mise en place d'une agence nationale dédiée, meilleure représentation institutionnelle, simplification fiscale, application effective des quotas de marchés publics et accélération de la digitalisation.
Les élections de septembre 2026 comme test politique
Le report des Assises nationales des TPE à l'après-échéance électorale n'est pas anodin.
La Confédération estime que le prochain gouvernement devra apporter une réponse beaucoup plus ambitieuse à cette question.
Au fond, l'enjeu dépasse largement celui des petites entreprises. Il touche au modèle de croissance lui-même.
Peut-on durablement construire une économie performante avec quelques centaines de grandes entreprises dynamiques et des centaines de milliers de petites structures fragilisées ?
Ou faut-il désormais considérer les TPE non plus comme un simple sujet social, mais comme le véritable moteur de création d'emplois ?
Une question de priorité politique
Le Maroc n'a probablement pas un problème de création d'entreprises.
Les créations restent nombreuses.
Le problème semble davantage être celui de leur survie.
Et c'est peut-être là que réside la véritable différence entre une politique d'investissement et une politique entrepreneuriale.
La première attire les grandes entreprises.
La seconde permet aux petites de grandir.
Le véritable défi du prochain gouvernement sera peut-être de réussir enfin cette deuxième mission. Car une économie ne peut durablement reposer uniquement sur ses locomotives ; elle avance aussi grâce aux milliers de petites roues qui font tourner le quotidien du pays.
Pour les grands groupes.
Pour les grandes fédérations sectorielles.
Mais existe-t-il une administration entièrement pensée pour les TPE ?
Existe-t-il une banque publique spécialisée ?
Une agence nationale dédiée ?
Un véritable "Small Business Act" à la marocaine ?
La CM-TPME répond clairement par la négative et avance une série de propositions : création d'une banque publique des TPE, mise en place d'une agence nationale dédiée, meilleure représentation institutionnelle, simplification fiscale, application effective des quotas de marchés publics et accélération de la digitalisation.
Les élections de septembre 2026 comme test politique
Le report des Assises nationales des TPE à l'après-échéance électorale n'est pas anodin.
La Confédération estime que le prochain gouvernement devra apporter une réponse beaucoup plus ambitieuse à cette question.
Au fond, l'enjeu dépasse largement celui des petites entreprises. Il touche au modèle de croissance lui-même.
Peut-on durablement construire une économie performante avec quelques centaines de grandes entreprises dynamiques et des centaines de milliers de petites structures fragilisées ?
Ou faut-il désormais considérer les TPE non plus comme un simple sujet social, mais comme le véritable moteur de création d'emplois ?
Une question de priorité politique
Le Maroc n'a probablement pas un problème de création d'entreprises.
Les créations restent nombreuses.
Le problème semble davantage être celui de leur survie.
Et c'est peut-être là que réside la véritable différence entre une politique d'investissement et une politique entrepreneuriale.
La première attire les grandes entreprises.
La seconde permet aux petites de grandir.
Le véritable défi du prochain gouvernement sera peut-être de réussir enfin cette deuxième mission. Car une économie ne peut durablement reposer uniquement sur ses locomotives ; elle avance aussi grâce aux milliers de petites roues qui font tourner le quotidien du pays.