Talha Jibril : « De Mandela à Hassan II, j’ai rencontré l’Histoire… mais c’est le Maroc qui m’a adopté »


De ses premiers reportages dans les provinces du Sud en 1981 à ses rencontres avec les grandes figures de la politique mondiale, le journaliste d’origine soudanaise Talha Jibril raconte un parcours exceptionnel. Dans un entretien accordé à Mamoun Ashraqi pour L’ODJ Média, il livre ses souvenirs du Sahara, son admiration pour Hassan II et sa lecture de l’évolution du dossier sous Mohammed VI. Un témoignage où la mémoire journalistique rencontre une profonde reconnaissance envers le Maroc.



Laâyoune, là où les souvenirs reprennent vie

Il est des entretiens qui ressemblent davantage à des retrouvailles avec l’Histoire qu’à une simple conversation journalistique.

À Laâyoune, face à Mamoun Ashraqi, Talha Jibril n’a pas seulement raconté son parcours professionnel. Il a rouvert plusieurs chapitres de sa vie, dont certains remontent à une époque où le Sahara se trouvait au cœur de profondes transformations politiques, territoriales et diplomatiques.

En 1981, lorsqu’il découvre les provinces sahariennes en tant que jeune journaliste, le Maroc vit encore les premières années qui suivent la Marche Verte de novembre 1975.

Le territoire est alors au centre d’un conflit qui mobilise diplomates, militaires, responsables politiques et correspondants de presse.

Talha Jibril fait partie de ces journalistes qui ont suivi les événements sur le terrain, bien avant l’apparition des chaînes d’information en continu et des réseaux sociaux.

Quarante-cinq ans plus tard, ses souvenirs prennent une dimension particulière : celle du témoin qui confronte ses premières observations à plusieurs décennies d'évolution.

De Tanger à Lagouira, un Maroc parcouru et raconté

Talha Jibril évoque avec fierté ses déplacements à travers le Royaume, de Tanger jusqu’à Lagouira, ainsi que ses visites dans les différentes provinces du Sud.

Son métier lui a permis d’approcher des situations et des événements auxquels peu de journalistes ont eu accès.

Parmi les épisodes marquants qu’il rappelle figure la visite du roi Hassan II sur la ligne de défense marocaine au Sahara.

Cette expérience occupe une place particulière dans sa mémoire professionnelle.

Elle lui a permis d’observer directement la manière dont le dossier du Sahara était suivi au plus haut niveau de l’État.

Son témoignage apporte ainsi une dimension humaine à une histoire souvent racontée à travers les résolutions internationales, les communiqués diplomatiques ou les confrontations politiques.

Toutefois, un témoignage personnel, aussi précieux soit-il, ne remplace pas le travail de documentation historique. Il constitue une source parmi d’autres, dont la richesse tient précisément au regard de celui qui a vécu les événements.

Hassan II, Mandela et Obama : trois rencontres hors du commun

Au fil de sa carrière, Talha Jibril a rencontré et interviewé de nombreuses personnalités internationales.

Trois d’entre elles occupent une place particulière dans ses souvenirs.

D’abord Nelson Mandela, dont il retient le combat et la portée historique de l’engagement contre l’apartheid.

Ensuite Barack Obama, dont l’accession à la présidence des États-Unis a marqué une étape majeure de l’histoire politique américaine.

Mais c’est surtout Hassan II qui semble avoir laissé chez lui l’impression intellectuelle la plus profonde.

Talha Jibril décrit le défunt souverain comme une véritable encyclopédie humaine.

Il insiste sur l’étendue de ses connaissances, qui dépassaient largement les questions politiques et diplomatiques.

Sciences, langues, musique, architecture et technologies : selon le journaliste, Hassan II pouvait aborder des sujets particulièrement variés avec une remarquable aisance.

Ce portrait relève de l'appréciation personnelle d'un homme qui a eu l'occasion de côtoyer le souverain.

Il révèle également ce qui semble avoir frappé durablement Talha Jibril : une certaine conception du pouvoir dans laquelle la culture générale et la maîtrise des dossiers occupent une place essentielle.

Sahara marocain : une lecture résolument optimiste

L’entretien aborde naturellement l’évolution du dossier du Sahara sous le règne de Mohammed VI.

Talha Jibril considère que les avancées diplomatiques et politiques enregistrées par le Maroc ont profondément modifié les perspectives du conflit.

Il va jusqu’à estimer que le dossier est désormais pratiquement clos.

Cette appréciation traduit sa conviction personnelle quant à la solidité de la position marocaine.

Concernant la MINURSO, il interprète la position du Maroc sur l’avenir de la mission onusienne comme une manifestation de souveraineté et de détermination.

Il convient néanmoins de distinguer cette lecture politique de la situation juridique et diplomatique du différend.

L'affirmation selon laquelle le dossier serait pratiquement clos est celle de Talha Jibril, et non un constat juridique établi. Une évolution du mandat de la MINURSO ne suffit pas, à elle seule, à démontrer le règlement définitif du conflit.

L’intérêt de son intervention réside donc moins dans la proclamation d’une conclusion que dans le regard d’un journaliste ayant suivi le dossier sur plusieurs générations.
Un Soudanais qui a choisi de devenir Marocain de cœur
L’une des séquences les plus personnelles de l’entretien concerne les origines de Talha Jibril.

Né au Soudan, il explique être arrivé au Maroc pour poursuivre des études universitaires en philosophie et en sciences sociales.

Ce qui devait initialement être une étape académique s’est progressivement transformé en véritable choix de vie.

Il raconte avoir découvert une société dont la culture, les traditions et les rapports humains l’ont profondément marqué.

Le respect qu’il affirme avoir reçu des Marocains a joué un rôle déterminant dans sa décision de s’installer durablement dans le Royaume.

Son parcours illustre une autre dimension des échanges entre pays africains et arabes : celle des trajectoires individuelles, de la circulation des compétences et des appartenances construites au fil des expériences.

Le Maroc est ainsi devenu, pour lui, bien davantage qu’un lieu de résidence.

Cinq rédactions en chef : un parcours professionnel singulier

Talha Jibril revient également sur ce qu’il considère comme l’une de ses principales réussites professionnelles.

Il affirme avoir occupé les fonctions de rédacteur en chef de cinq publications différentes au Maroc, alors même qu’il n’était pas originaire du pays.

Cette expérience constitue, à ses yeux, un symbole fort de l’ouverture dont il a bénéficié.

Diriger une rédaction exige en effet davantage que des compétences rédactionnelles.

Cela suppose de connaître les réalités politiques et sociales, de comprendre les attentes des lecteurs, d’encadrer des équipes et d’assumer une responsabilité éditoriale.

Son itinéraire témoigne de la place que peuvent occuper des professionnels venus d’autres horizons dans le paysage médiatique national.

Quand la gratitude devient le dernier mot

L’entretien s’achève sur une note profondément personnelle.

Talha Jibril exprime sa reconnaissance envers le Maroc, sa monarchie et les citoyens qui l’ont accueilli et accompagné tout au long de son parcours.

Au-delà de ses rencontres prestigieuses et de ses responsabilités journalistiques, il insiste sur un sentiment d'appartenance construit au fil des décennies.

Il se considère aujourd’hui comme un fils du Maroc.

Cette conclusion donne une portée particulière à l’échange avec Mamoun Ashraqi.

Car derrière le journaliste qui a interrogé Mandela, Obama et Hassan II apparaît un homme qui a trouvé dans son pays d’accueil une seconde patrie.

Et si le véritable privilège de Talha Jibril n’était finalement pas d’avoir rencontré les grands personnages de l’Histoire, mais d’avoir trouvé un pays dans lequel il a pu écrire la sienne ?

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3. Talha Jibril : 45 ans de souvenirs du Sahara et une vie marocaine
Mercredi 4 Novembre 2026

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