Conteneurs et vrac : des volumes en hausse, des signaux contrastés
L’activité conteneurisée franchit un nouveau palier. Les quatre terminaux du complexe ont traité 11 106 164 EVP, soit une progression annuelle de 8,4 %, portée notamment par la mise en service de l’extension du terminal TC4 exploité par APM Terminals. Cette dynamique renforce le rôle du port comme plateforme de transbordement majeure reliant l’Europe, l’Afrique de l’Ouest et les grandes routes Est-Ouest. Pour de nombreux exportateurs marocains, cette fluidité logistique n’est pas un concept abstrait : elle conditionne la compétitivité, les délais de livraison et la crédibilité vis-à-vis des partenaires étrangers.
La hausse globale des volumes, portés à 161 millions de tonnes, s’explique aussi par la forte progression du vrac liquide, qui atteint 8 641 481 tonnes, en hausse de 13 %. Les flux d’hydrocarbures restent ici déterminants, dans un contexte de marchés énergétiques toujours marqués par la volatilité. À l’inverse, le vrac solide recule à 522 493 tonnes, soit une baisse de 11 %, principalement liée au décalage de certaines importations céréalières par rapport à 2024. Cette dissymétrie rappelle combien l’activité portuaire demeure sensible aux arbitrages conjoncturels des marchés internationaux et à la structure de la demande intérieure marocaine.
Un port ancré dans l’économie réelle, malgré les cycles sectoriels
Sur le terrain de l’économie réelle, Tanger Med continue de jouer un rôle d’interface clé. Le trafic camions atteint 535 203 unités, en hausse de 3,6 %, dans un environnement géopolitique pourtant tendu. Cette progression est soutenue par les exportations industrielles, en augmentation de 4,8 %, et par celles de l’agro-alimentaire, en hausse de 4,3 %. Le port confirme ainsi sa fonction de trait d’union entre le tissu productif national et les marchés extérieurs.
La dimension humaine du trafic suit la même tendance. En 2025, 3 220 422 passagers et 895 341 véhicules ont transité par le complexe, affichant des hausses respectives de 5,7 % et 5 %. La campagne Marhaba s’est déroulée dans des conditions qualifiées d’optimales, notamment grâce à la généralisation du billet ferme, qui a permis de mieux synchroniser les flux avec les capacités réelles des flottes maritimes, réduisant les pics de congestion observés par le passé.
Le segment automobile, en revanche, demeure orienté à la baisse. Le trafic de véhicules recule de 12 %, à 526 862 unités, réparties entre les exportations des usines Renault de Melloussa et de la SOMACA à Casablanca, celles du site Stellantis de Kénitra, ainsi qu’un volume plus limité de transbordement. Cette contraction traduit surtout des ajustements de production alignés sur l’évolution de la demande internationale, plus qu’une remise en cause structurelle du positionnement industriel du Maroc. Elle rappelle néanmoins la dépendance partielle de l’activité portuaire aux cycles de l’industrie manufacturière mondiale.
Autre évolution notable, le nombre total d’escales diminue de 4,5 %, à 16 686 mouvements, principalement en raison du remplacement de certains navires Ro-Pax par des unités de plus grande capacité. Dans le même temps, Tanger Med a accueilli 1 319 méga-navires de plus de 290 mètres, en hausse de 8,4 %, illustrant une montée en gamme qui permet d’absorber davantage de volumes avec moins d’escales et une efficacité opérationnelle renforcée.
Au terme de l’exercice 2025, Tanger Med apparaît moins comme un simple port que comme un baromètre des mutations du commerce mondial. Sa capacité à conjuguer croissance, adaptation et continuité stratégique renforce son positionnement de hub de référence en Méditerranée et en Afrique, au service d’une économie marocaine ouverte, résiliente et tournée vers l’initiative.