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Thank you, Merci, Spassiba, Moscou !


Rédigé par La Rédaction le Samedi 31 Octobre 2026

Le veto russe, un service diplomatique involontaire ou peut-être volontaires, car elle ne pouvait en aucun cas ignorer le véto certain américain, rendu au Maroc



En bloquant la résolution américaine sur le Sahara, la Russie souhaitait maintenir la MINURSO en l'état. Elle a obtenu le résultat contraire.

Thank you, Merci, Spassiba, Moscou !
Faute de résolution adoptée, la mission perd son mandat et, d'après le communiqué du Cabinet Royal, quittera les provinces du Sud dans les tout prochains jours. Le veto russe a ainsi débarrassé le Maroc d'une mission qui ne profitait plus qu'à ses adversaires.

Le paradoxe est saisissant. Le 30 octobre, le projet de texte américain, qui consacrait l'autonomie sous souveraineté marocaine comme seule base de négociation, avait réuni onze voix sur quinze. La Russie l'a torpillé par son veto. Son représentant, Vassili Nebenzia, a alors défendu un texte concurrent présenté comme une simple reconduction technique, maintenant la mission sans aucune modification. Ce contre-projet n'a recueilli que trois voix et le véto americain. En cherchant à préserver la MINURSO telle qu'Alger la souhaitait, Moscou a, en bloquant le seul texte qui la maintenait en vie, signé son arrêt de mort.

Rabat, pour sa part, n'a nullement cherché à éviter ce dénouement. Plutôt que d'accepter un texte affaibli pour contourner le veto, le Maroc a placé la Russie devant un choix sans issue : accepter le texte en intégralité ou renoncer à tout, y compris à la mission. Moscou a opté pour la seconde branche de l'alternative. Ceux qui croyaient que le Maroc s'accrocherait coûte que coûte à la MINURSO ont fait une mauvaise lecture de la situation.

Car qu'était-il encore de cette mission ? Créée en 1991 pour organiser un référendum que tout le monde reconnaît comme irréalisable depuis plus de vingt ans, elle avait été de facto reconvertie en mécanisme d'observation du cessez-le-feu. Or, en novembre 2020, le Polisario avait lui-même proclamé la fin de ce cessez-le-feu, et n'a cessé depuis de revendiquer devant le Secrétaire général la poursuite de sa lutte armée. La MINURSO se retrouvait donc à observer un cessez-le-feu que l'une des parties déclarait caduc, sans avoir ni les moyens ni le mandat pour en tirer les conséquences.

Sur le terrain, en revanche, sa présence avait un coût réel. Des véhicules arborant le sigle onusien, des sites occupés, des restrictions de circulation, une présence étrangère qui entretenait l'image d'un territoire dont le statut restait en suspens. Pour le Maroc, souvrain dans ses provinces du Sud, y investit massivement, y organise des élections et y accueille des représentations consulaires, la mission était devenue le dernier symbole archaïque d'une souveraineté mise sous tutelle.

Ainsi, la MINURSO incarnait l'internationalisation du conflit et constituait le moteur du mécanisme qui le perpétuait. Une mission implique un mandat, lequel génère des rapports du Secrétaire général, des réunions périodiques du Conseil de sécurité, des séances d'information de l'Envoyé personnel, des consultations et des résolutions annuelles. C'est par cet engrenage que le différend restait chaque année inscrit à l'agenda diplomatique international. L'équation est désormais inversée : sans mission, il n'y a plus de Conseil de sécurité, plus d'ONU. Le dossier cesse d'être un rendez-vous incontournable de la diplomatie mondiale.
En outre, la non-reconduction de la Minurso devrait marquer la fin de la saisine du Conseil de sécurité et le retrait de cette question de son ordre du jour. Dès lors, les réunions statutaires périodiques du Conseil consacrées au Sahara marocain, les rapports du Secrétaire général des Nations Unies y afférents et les briefings de son Envoyé personnel, n’auraient plus lieu d’être.

Communiqué du Cabinet Royal

Ce dénouement s'inscrit dans la continuité de la résolution 2797 d'octobre 2025, sans la contredire. En 2025, le Conseil avait défini les paramètres de toute solution en faisant de l'autonomie le fondement du règlement. Cette résolution demeure en vigueur, et le veto russe ne l'a pas effacée. En 2026, c'est la mission elle-même qui disparaît, emportant avec elle le caractère récurrent du dossier. La première étape a posé le cadre, la seconde supprime le mécanisme qui permettait de rouvrir indéfiniment le débat. C'est la fin d'une ère : le Maroc passe de la gestion du conflit à sa résolution définitive.

Il serait donc vain de s'en prendre à la Russie. Son veto, accordé à la demande d'Alger, a rendu au Maroc un service considérable, qu'aucune résolution du Conseil n'aurait pu lui procurer, pas même celle que Moscou a bloquée.

Une résolution, même favorable, modifie des textes. Ce veto, lui, modifie la réalité sur le terrain. Mettre fin à une opération de maintien de la paix nécessite ordinairement des années de négociations, des rapports d'évaluation et des réductions progressives d'effectifs.

Un seul vote a suffi pour clore le chapitre MINURSO à moindres frais. Alger voulait conserver la mission comme dernier ancrage international de ses thèses, avec son « R » de référendum. En refusant un texte qui la faisait évoluer, le camp du statu quo a précipité sa disparition, et la Russie, qui croyait maintenir le dossier à l'ONU, l'en a extrait. L'ambassadeur américain Mike Waltz l'avait annoncé avant le vote : le maintien du statu quo « n'est plus acceptable ». Le veto russe lui a donné raison plus tôt que prévu.

Concrètement, la MINURSO va plier bagage. Son retrait des provinces du Sud, annoncé par le communiqué Royal pour les prochains jours.
Ainsi, la non-reconduction du mandat de la Minurso signifie clairement que la présence de cette Mission dans les provinces du sud du Royaume, notamment à travers son personnel, ses véhicules, son matériel et ses symboles, devrait cesser dans les prochains jours.

Le Maroc, lui, ne renonce à rien. Le communiqué Royal le rappelle clairement : le Royaume demeure fermement attaché au cessez-le-feu, dans le respect de son intégrité territoriale et de la sécurité de ses citoyens. La dynamique se poursuivra aux niveaux bilatéral et régional, avec le soutien de plus des deux tiers des membres de l'ONU au plan d'autonomie. Le processus onusien est suspendu, faute pour les autres parties d'avoir voulu en sortir par le haut.

En trente-cinq ans, aucune résolution n'avait rien changé sur le terrain au Sahara Marocain. Un veto vient de le faire. En croyant servir Alger, Moscou a offert à Rabat ce que des décennies de diplomatie onusienne n'avaient jamais réussi à obtenir : la disparition du dernier symbole d'une souveraineté inachevée.
 




Samedi 31 Octobre 2026