Une performance globale qui confirme une trajectoire haussière
Les chiffres publiés par le ministère de l’Équipement et de l’Eau sont sans ambiguïté. En un an, le trafic portuaire global est passé de 241,2 millions de tonnes en 2024 à 262,6 millions de tonnes en 2025. Cette progression n’est pas marginale. Elle traduit un mouvement de fond, amorcé depuis plusieurs années, où les ports marocains gagnent en volume, mais aussi en rôle stratégique.
Dans le détail, le trafic domestique atteint 130 millions de tonnes, en hausse de 3,5 %. Une évolution modérée, mais régulière, qui reflète la stabilité des échanges liés à la consommation nationale et à l’activité industrielle. À l’inverse, le transbordement affiche une croissance beaucoup plus soutenue : 132,6 millions de tonnes, soit +14,7 % sur un an. Ce différentiel dit beaucoup de la place qu’occupe désormais le Maroc dans les chaînes logistiques internationales.
Le transbordement, colonne vertébrale du trafic portuaire
En 2025, le transbordement représente 50,5 % du trafic portuaire total. Autrement dit, plus d’une tonne sur deux traitée dans les ports marocains ne fait que transiter, avant de repartir vers d’autres destinations. Les importations pèsent 29,6 %, les exportations 15,7 %, le cabotage 3,6 %, et le soutage 0,6 %.
Cette domination du transbordement n’est pas un hasard. Le complexe portuaire de Tanger Med confirme sa position de plateforme logistique majeure en Méditerranée. En 2025, le volume du transbordement de conteneurs y atteint 128,7 millions de tonnes, en hausse de 14,4 %, correspondant à 10,3 millions d’EVP, soit +7,9 %. Ces chiffres traduisent une confiance accrue des armateurs internationaux dans la fiabilité, la fluidité et la compétitivité des infrastructures marocaines.
Importations : entre énergie, conteneurs et ajustements conjoncturels
Les importations se sont établies à 77,6 millions de tonnes, en progression de 2,8 %. Là encore, la lecture fine des données est essentielle. Les hydrocarbures totalisent 13,4 millions de tonnes (+3,9 %), confirmant le poids structurel de l’énergie dans les flux entrants. Le charbon progresse à 10,4 millions de tonnes (+7,3 %), tandis que les conteneurs importés bondissent à 13,5 millions de tonnes, avec une hausse marquée de 14,6 %.
À l’inverse, certaines catégories reculent. Les céréales atteignent 10,1 millions de tonnes, en baisse de 4,5 %, et le soufre chute à 6,7 millions de tonnes, soit -18,2 %. Ces replis reflètent à la fois des arbitrages économiques et des évolutions des marchés internationaux, plus que des fragilités structurelles.
Exportations : une croissance plus contenue
Côté exportations, le volume total s’élève à 41,3 millions de tonnes, en hausse de 1,4 %. Le phosphate brut progresse à 6,8 millions de tonnes (+4 %), confirmant son rôle central. Les conteneurs à l’export atteignent 6,3 millions de tonnes, avec une croissance notable de 10,4 %, tout comme le transport international routier, à 6,5 millions de tonnes (+5,2 %).
En revanche, les produits transformés liés à la chimie phosphatière marquent le pas. L’acide sulfurique recule à 1,5 million de tonnes (-24,2 %), l’acide phosphorique à 2,6 millions de tonnes (-17,1 %), et les engrais à 12 millions de tonnes (-0,9 %). Une évolution qui interroge sur la volatilité de certains débouchés, sans remettre en cause les fondamentaux du secteur.
Cabotage : un signal positif pour l’intégration interne
Avec 262,6 millions de tonnes traitées en 2025, les ports marocains confirment leur montée en puissance. La performance est réelle, mesurée, et largement tirée par le transbordement. Le défi, désormais, est clair : transformer cette réussite logistique en valeur ajoutée durable pour l’économie nationale, l’emploi et la compétitivité industrielle. Les quais tournent à plein régime. Reste à faire en sorte que cette énergie irrigue l’ensemble du tissu économique marocain.