Le transport maritime mondial entre dans une nouvelle zone de turbulence. Depuis plusieurs semaines, les tensions militaires au Moyen-Orient perturbent progressivement les grandes routes commerciales reliant l’Asie, le Golfe et la Méditerranée. Les professionnels du secteur observent déjà les premiers effets sur les chaînes logistiques.
« Nous sommes entre deux feux », explique Rachid Tahri, vice-président de la Fédération du transport et de la logistique à la CGEM et président de l’Association des Freight Forwarders du Maroc. D’un côté, les risques qui pèsent sur le détroit d’Ormuz, passage stratégique du commerce mondial. De l’autre, les armateurs qui restent prudents face à la situation en mer Rouge et hésitent à reprendre pleinement la route du canal de Suez.
Dans ce contexte, plusieurs compagnies maritimes ont commencé à adapter leurs itinéraires. De nombreux navires contournent désormais la zone en passant par le cap de Bonne-Espérance, au sud de l’Afrique. Ce choix sécuritaire rallonge toutefois considérablement les trajets.
« Ce détour prolonge le transport d’environ quinze jours », précise Rachid Tahri. Une durée supplémentaire qui augmente mécaniquement les coûts logistiques : davantage de carburant, une immobilisation plus longue des navires et une rotation plus lente des conteneurs.
Les armateurs ont également commencé à ajuster leurs tarifs. Pour les marchandises en provenance du Golfe, une surcharge d’urgence liée au risque de guerre a été instaurée. Elle atteint environ 2.000 dollars pour un conteneur de 20 pieds et près de 3.000 dollars pour un conteneur de 40 pieds.
Plusieurs acteurs majeurs du secteur ont déjà annoncé des mesures. Le groupe français CMA CGM applique une surcharge similaire depuis le 2 mars. De son côté, le géant suisse MSC a suspendu, à titre de précaution, toutes les réservations de cargaisons à destination du Moyen-Orient jusqu’à nouvel ordre.
Pour le Maroc, ces perturbations ont déjà un impact concret. « Les retards concerneront les produits à destination du Maroc en provenance du Moyen-Orient mais aussi de l’Extrême-Orient, notamment la Chine et l’Inde », indique Rachid Tahri.
Les tarifs de transport commencent d’ailleurs à évoluer. Pour les expéditions en provenance de Chine, les armateurs ont relevé leurs prix d’environ 700 dollars par conteneur à destination du Maroc.
La hausse est encore plus visible pour les marchandises transitant par le port de Jebel Ali, à Dubaï, l’un des principaux hubs logistiques du Golfe. Le coût d’un conteneur de 20 pieds est passé d’environ 2.300 dollars à près de 3.300 dollars, tandis que celui d’un conteneur de 40 pieds a grimpé d’environ 2.900 dollars à près de 4.600 dollars, sans compter la surcharge de guerre.
À ces tensions logistiques s’ajoute la question énergétique. Le 9 mars, le baril de pétrole a brièvement frôlé les 120 dollars après une forte hausse sur les marchés. Anticipant cette pression, CMA CGM a annoncé une nouvelle surcharge comprise entre 75 et 180 dollars par conteneur, applicable à partir du 23 mars.
Si les tensions persistent, préviennent les professionnels du secteur, la hausse des coûts du fret maritime pourrait se prolonger. Pour une économie ouverte comme celle du Maroc, où l’essentiel des échanges passe par la mer, ces évolutions logistiques restent suivies avec une attention particulière.