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Travail des enfants au Maroc : 103.000 mineurs encore privés d’enfance active


Rédigé par La rédaction le Vendredi 12 Juin 2026



Travail des enfants au Maroc : 103.000 mineurs encore privés d’enfance active
À l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, le Haut-Commissariat au Plan rappelle une réalité que le Maroc ne peut banaliser : en 2025, près de 103.000 enfants âgés de 7 à 17 ans exerçaient une activité économique.

Le chiffre peut sembler en recul par rapport aux décennies passées, mais il reste socialement lourd : 103.000 enfants marocains travaillent encore, soit 1,3% des enfants âgés de 7 à 17 ans. Derrière cette moyenne nationale, le contraste territorial demeure frappant. Le phénomène touche 2,4% des enfants en milieu rural, contre 0,5% en milieu urbain.

Le profil est clair : le travail des enfants concerne majoritairement les garçons, les adolescents et les enfants sortis trop tôt de l’école. Selon le HCP, 86,2% des enfants au travail sont de sexe masculin, 89,8% ont entre 15 et 17 ans et 76,2% vivent en milieu rural. Plus préoccupant encore : 88% ont quitté l’école, tandis que seulement 11% poursuivent encore une scolarité.

Le monde rural reste l’épicentre du phénomène. Dans les campagnes, près de 69,1% des enfants concernés travaillent dans l’agriculture, la forêt ou la pêche. En ville, la réalité prend un autre visage : les services concentrent 51,2% des enfants au travail, suivis par l’industrie avec 28,4%.

Mais le point le plus alarmant concerne la dangerosité des tâches exercées. Près de six enfants au travail sur dix, soit 59.000 enfants, accomplissent des travaux dangereux. Ce sont des activités susceptibles de porter atteinte à leur santé, à leur sécurité ou à leur développement moral. Les secteurs les plus exposants sont l’industrie, les services et le BTP.

Le travail des enfants n’est pas seulement une question d’emploi précoce. Il révèle aussi des fragilités familiales, scolaires et sociales. Le HCP indique que 73.000 ménages marocains sont concernés, dont une majorité en milieu rural. Les familles nombreuses sont davantage exposées : la proportion de ménages ayant au moins un enfant au travail atteint 2,7% lorsqu’ils comptent six personnes ou plus.

L’instruction du chef de ménage apparaît également déterminante. Le phénomène est plus fréquent dans les familles où le chef de ménage n’a aucun niveau scolaire ou seulement un niveau primaire. À l’inverse, il devient quasi inexistant dans les ménages dirigés par des cadres supérieurs.

Cette photographie statistique impose une lecture lucide. Le Maroc a progressé, mais la bataille n’est pas terminée. La lutte contre le travail des enfants ne peut se limiter à l’interdiction juridique. Elle passe par l’école, le revenu des familles, la protection sociale, le contrôle du travail informel et une politique rurale plus robuste.

Le slogan mondial de cette année « Carton rouge au travail des enfants : une enfance protégée, un travail décent pour les adultes » résume l’enjeu. Un enfant ne devrait pas compenser la précarité économique des adultes. Il devrait apprendre, jouer, grandir, se construire.

Car au fond, le travail des enfants n’est jamais un simple indicateur social. C’est un signal d’alerte. Là où un enfant travaille trop tôt, c’est souvent tout un système de protection qui a faibli.




Vendredi 12 Juin 2026