À cette époque, les navires américains bénéficiaient de la protection du Maroc dans l’espace stratégique de la Méditerranée occidentale, à un moment où cette sécurité n’allait nullement de soi.
Cette relation fondatrice n’a jamais été rompue. Elle s’est consolidée au fil des siècles, à travers une coopération politique, sécuritaire et économique continue, faisant du Maroc l’un des partenaires les plus constants et les plus stables des États-Unis.
Plus récemment, le Maroc a fait le choix stratégique de s’inscrire dans les Accords d’Abraham, sous l’égide de Washington, assumant un rôle de passerelle, de modération et de stabilité dans une région traversée par de profondes tensions.
Ce choix n’était ni anodin ni sans coût politique. Il relevait d’une vision à long terme du partenariat et d’un sens affirmé de la responsabilité régionale.
Plus récemment, le Maroc a fait le choix stratégique de s’inscrire dans les Accords d’Abraham, sous l’égide de Washington, assumant un rôle de passerelle, de modération et de stabilité dans une région traversée par de profondes tensions.
Ce choix n’était ni anodin ni sans coût politique. Il relevait d’une vision à long terme du partenariat et d’un sens affirmé de la responsabilité régionale.
C’est précisément à la lumière de cette histoire, de cette constance et de ces choix assumés que la récente décision américaine de suspendre le traitement des visas d’immigration pour les ressortissants de plusieurs pays suscite une réelle interrogation.
Elle révèle, au-delà de ses justifications administratives, une incohérence stratégique manifeste.
Les Accords d’Abraham avaient été présentés comme un pilier de la nouvelle architecture régionale voulue par Washington, fondée sur la normalisation, la stabilité et le partenariat avec des alliés considérés comme fiables.
Or, le fait que le Maroc signataire de ces accords figure aujourd’hui sur la liste des pays soumis à une suspension des visas d’immigration, tandis que les Émirats arabes unis, Bahreïn et Israël en sont exemptés, affaiblit la crédibilité du message américain.
Cette approche différenciée donne le sentiment que l’engagement politique et stratégique ne protège plus d’une logique purement administrative et sécuritaire, au risque de fragiliser la confiance des partenaires et de banaliser la portée même des Accords d’Abraham.
Les Accords d’Abraham avaient été présentés comme un pilier de la nouvelle architecture régionale voulue par Washington, fondée sur la normalisation, la stabilité et le partenariat avec des alliés considérés comme fiables.
Or, le fait que le Maroc signataire de ces accords figure aujourd’hui sur la liste des pays soumis à une suspension des visas d’immigration, tandis que les Émirats arabes unis, Bahreïn et Israël en sont exemptés, affaiblit la crédibilité du message américain.
Cette approche différenciée donne le sentiment que l’engagement politique et stratégique ne protège plus d’une logique purement administrative et sécuritaire, au risque de fragiliser la confiance des partenaires et de banaliser la portée même des Accords d’Abraham.
Il convient de le dire clairement : le débat n’est pas juridique.
Les États-Unis, comme tout État souverain, sont libres de définir leur politique migratoire. Le débat n’est pas non plus technique. Les distinctions administratives, les catégories de visas ou les critères internes importent peu dans la perception collective.
Ce qui interroge, c’est la symbolique du classement. Pour l’opinion publique, la lecture est simple : une liste, des pays concernés, d’autres qui ne le sont pas.
Et une question surgit naturellement : pourquoi un partenaire historique et stratégique se retrouve-t-il inclus, alors que d’autres alliés majeurs, bénéficiant d’une relation récente ou comparable, n’y figurent pas ?
C’est là que le malaise apparaît, sans qu’il soit nécessaire d’y voir une intention particulière. Le Maroc n’est pas un pays parmi d’autres. Il cumule une singularité rare : premier à reconnaître l’indépendance américaine, premier signataire d’un traité fondateur, allié constant sans rupture historique.
Cette singularité crée, qu’on le veuille ou non, une attente implicite de cohérence symbolique.
Ce qui interroge, c’est la symbolique du classement. Pour l’opinion publique, la lecture est simple : une liste, des pays concernés, d’autres qui ne le sont pas.
Et une question surgit naturellement : pourquoi un partenaire historique et stratégique se retrouve-t-il inclus, alors que d’autres alliés majeurs, bénéficiant d’une relation récente ou comparable, n’y figurent pas ?
C’est là que le malaise apparaît, sans qu’il soit nécessaire d’y voir une intention particulière. Le Maroc n’est pas un pays parmi d’autres. Il cumule une singularité rare : premier à reconnaître l’indépendance américaine, premier signataire d’un traité fondateur, allié constant sans rupture historique.
Cette singularité crée, qu’on le veuille ou non, une attente implicite de cohérence symbolique.
Un autre élément nourrit cette incompréhension.
La logique avancée pour justifier la mesure repose sur une anticipation de vulnérabilité sociale, sur l’idée que certains ressortissants pourraient, à terme, bénéficier de dispositifs de protection sociale américains.
Or cette projection heurte.
Elle donne le sentiment que, plutôt que d’être soutenu pour son développement, sa prospérité et sa stabilité, précisément les leviers qui réduisent durablement les pressions migratoires, un partenaire historique se voit indirectement renvoyé à une fragilité sociale supposée.
Ce décalage entre le discours stratégique et le signal perçu est troublant. Il ne remet pas en cause l’amitié entre les deux pays. Il ne nie ni la coopération, ni les intérêts communs, ni la solidité des liens bilatéraux.
Mais il met en lumière une tension bien réelle entre la profondeur historique de la relation et certaines décisions contemporaines, perçues comme strictement administratives mais porteuses d’un poids symbolique considérable.
Dans un monde où les rapports de force se durcissent, où les alliances sont réévaluées, et où même les partenaires les plus anciens découvrent qu’aucune relation n’est totalement à l’abri des reconfigurations, les symboles comptent. Parfois autant que les accords eux-mêmes.
Selon nombre d’observateurs, il est impératif de constater qu’une relation aussi ancienne, aussi singulière et aussi souvent célébrée mérite, dans ses expressions concrètes, une attention particulière à la cohérence des signaux envoyés. Car c’est aussi ainsi que se préservent, dans la durée, les amitiés.
Il est une dimension qu’il serait toutefois incomplet d’ignorer. Dans la réalité contemporaine des relations internationales, les partenariats ne sont plus évalués uniquement à l’aune de l’histoire ou de la constance diplomatique, mais aussi en fonction de leur valeur stratégique concrète.
À cet égard, le Maroc n’est pas seulement un allié ancien ou fiable.
Il est un acteur géostratégique clé dans une zone où se jouent des enjeux directement liés à la sécurité nationale des États-Unis : stabilité du flanc sud de l’Atlantique, sécurité de la Méditerranée occidentale, lutte contre le terrorisme et les trafics transnationaux, gestion des flux migratoires, accès à l’Afrique de l’Ouest et au Sahel, régions aujourd’hui au cœur des recompositions géopolitiques mondiales.
Dans cette architecture, la stabilité du Maroc ne relève pas d’un intérêt exclusivement marocain ou régional. Elle constitue un facteur direct de sécurité et de prévisibilité pour les intérêts américains et occidentaux au sens large.
C’est précisément pour cette raison que le Maroc a, depuis des décennies, été considéré comme un partenaire à part, un point d’ancrage dans un environnement instable.
Or cette projection heurte.
Elle donne le sentiment que, plutôt que d’être soutenu pour son développement, sa prospérité et sa stabilité, précisément les leviers qui réduisent durablement les pressions migratoires, un partenaire historique se voit indirectement renvoyé à une fragilité sociale supposée.
Ce décalage entre le discours stratégique et le signal perçu est troublant. Il ne remet pas en cause l’amitié entre les deux pays. Il ne nie ni la coopération, ni les intérêts communs, ni la solidité des liens bilatéraux.
Mais il met en lumière une tension bien réelle entre la profondeur historique de la relation et certaines décisions contemporaines, perçues comme strictement administratives mais porteuses d’un poids symbolique considérable.
Dans un monde où les rapports de force se durcissent, où les alliances sont réévaluées, et où même les partenaires les plus anciens découvrent qu’aucune relation n’est totalement à l’abri des reconfigurations, les symboles comptent. Parfois autant que les accords eux-mêmes.
Selon nombre d’observateurs, il est impératif de constater qu’une relation aussi ancienne, aussi singulière et aussi souvent célébrée mérite, dans ses expressions concrètes, une attention particulière à la cohérence des signaux envoyés. Car c’est aussi ainsi que se préservent, dans la durée, les amitiés.
Il est une dimension qu’il serait toutefois incomplet d’ignorer. Dans la réalité contemporaine des relations internationales, les partenariats ne sont plus évalués uniquement à l’aune de l’histoire ou de la constance diplomatique, mais aussi en fonction de leur valeur stratégique concrète.
À cet égard, le Maroc n’est pas seulement un allié ancien ou fiable.
Il est un acteur géostratégique clé dans une zone où se jouent des enjeux directement liés à la sécurité nationale des États-Unis : stabilité du flanc sud de l’Atlantique, sécurité de la Méditerranée occidentale, lutte contre le terrorisme et les trafics transnationaux, gestion des flux migratoires, accès à l’Afrique de l’Ouest et au Sahel, régions aujourd’hui au cœur des recompositions géopolitiques mondiales.
Dans cette architecture, la stabilité du Maroc ne relève pas d’un intérêt exclusivement marocain ou régional. Elle constitue un facteur direct de sécurité et de prévisibilité pour les intérêts américains et occidentaux au sens large.
C’est précisément pour cette raison que le Maroc a, depuis des décennies, été considéré comme un partenaire à part, un point d’ancrage dans un environnement instable.
Or, dans un monde où les grandes puissances assument désormais une logique ouvertement transactionnelle, où les engagements se traduisent en investissements, en garanties et en choix stratégiques clairs, la cohérence des signaux envoyés devient essentielle.
Soutenir la stabilité, la prospérité et la résilience d’un acteur géostratégique central n’est pas un geste de bienveillance ; c’est un investissement rationnel, au service d’intérêts partagés.
C’est dans ce cadre, et uniquement dans ce cadre, que la décision récente interroge. Non parce qu’elle serait illégitime, mais parce qu’elle semble difficilement conciliable avec la place réelle qu’occupe le Maroc dans l’équation stratégique régionale et transatlantique.
Classer un partenaire de cette nature selon des critères de vulnérabilité sociale projetée, sans prendre pleinement en compte son rôle stabilisateur, crée un décalage entre la réalité géopolitique et la lecture administrative.
D’aucuns pourraient s’interroger sur la façon dont nos partenaires occidentaux européens, pays du Benelux, France, Italie, Espagne , observent la situation, eux si sensibles aux implications sur la sécurité méditerranéenne et la gestion des flux migratoires.
Ils analysent la décision sous l’angle géopolitique, en reconnaissant que le Maroc demeure un acteur clé et un allié fiable et stratégique, indispensable à la stabilité du Maghreb, du Sahel et de la Méditerranée occidentale.
Si la décision américaine surprend, elle renforce indirectement, par contraste, la reconnaissance de la valeur stratégique du Maroc auprès de ses partenaires occidentaux.
À l’heure où les États-Unis assument de plus en plus explicitement une diplomatie fondée sur les intérêts, les équilibres et les contreparties, il apparaît légitime de rappeler que le Maroc n’est pas seulement un allié par fidélité historique, mais un partenaire par nécessité stratégique.
Et que les relations durables se renforcent lorsqu’elles reposent sur une reconnaissance lucide de cette réalité.
Ancien directeur des affaires américaines et expert en diplomatie publique, président fondateur de la Fondation Hélios.
Par Omar Hasnaoui
C’est dans ce cadre, et uniquement dans ce cadre, que la décision récente interroge. Non parce qu’elle serait illégitime, mais parce qu’elle semble difficilement conciliable avec la place réelle qu’occupe le Maroc dans l’équation stratégique régionale et transatlantique.
Classer un partenaire de cette nature selon des critères de vulnérabilité sociale projetée, sans prendre pleinement en compte son rôle stabilisateur, crée un décalage entre la réalité géopolitique et la lecture administrative.
D’aucuns pourraient s’interroger sur la façon dont nos partenaires occidentaux européens, pays du Benelux, France, Italie, Espagne , observent la situation, eux si sensibles aux implications sur la sécurité méditerranéenne et la gestion des flux migratoires.
Ils analysent la décision sous l’angle géopolitique, en reconnaissant que le Maroc demeure un acteur clé et un allié fiable et stratégique, indispensable à la stabilité du Maghreb, du Sahel et de la Méditerranée occidentale.
Si la décision américaine surprend, elle renforce indirectement, par contraste, la reconnaissance de la valeur stratégique du Maroc auprès de ses partenaires occidentaux.
À l’heure où les États-Unis assument de plus en plus explicitement une diplomatie fondée sur les intérêts, les équilibres et les contreparties, il apparaît légitime de rappeler que le Maroc n’est pas seulement un allié par fidélité historique, mais un partenaire par nécessité stratégique.
Et que les relations durables se renforcent lorsqu’elles reposent sur une reconnaissance lucide de cette réalité.
Ancien directeur des affaires américaines et expert en diplomatie publique, président fondateur de la Fondation Hélios.
Par Omar Hasnaoui
Apres investigation :
Une décision officielle du Département d’État américain a été annoncée le 14 janvier 2026 : à partir du 21 janvier 2026, les États-Unis ont mis en pause le traitement des visas d’immigration pour les ressortissants de 75 pays, parmi lesquels figure le Maroc. La mesure s’applique aux visa d’immigrant conduisant à la résidence permanente (Green Card, regroupement familial, etc.) ; elle ne concerne pas les visas de court séjour comme les visas touristiques, d’affaires, étudiants ou d’échanges culturels.
Les médias internationaux dignes de confiance (Associated Press, The Guardian, etc.) et plusieurs titres francophones ont rapporté cette mesure et confirmé la présence du Maroc sur la liste des pays visés.
Ce qu’il faut comprendre précisément :
La mesure ne supprime pas complètement tous les visas pour les Marocains. Elle pause seulement le traitement des visas d’immigration permanente à la date indiquée.
Les visas non-immigrants (tourisme, études, travail temporaire, etc.) continuent d’être traités normalement dans la plupart des cas.
Les personnes déjà titulaires d’un visa d’immigration valide ne voient pas ce visa révoqué du fait de cette suspension.
Des exceptions sont prévues pour certaines situations, notamment les binationaux utilisant un passeport d’un pays non visé par la mesure.
La justification officielle donnée par Washington repose sur une interprétation plus stricte de la règle dite de « charge publique » (public charge), c’est-à-dire une crainte que certains nouveaux arrivants puissent dépendre des aides sociales américaines
Les médias internationaux dignes de confiance (Associated Press, The Guardian, etc.) et plusieurs titres francophones ont rapporté cette mesure et confirmé la présence du Maroc sur la liste des pays visés.
Ce qu’il faut comprendre précisément :
La mesure ne supprime pas complètement tous les visas pour les Marocains. Elle pause seulement le traitement des visas d’immigration permanente à la date indiquée.
Les visas non-immigrants (tourisme, études, travail temporaire, etc.) continuent d’être traités normalement dans la plupart des cas.
Les personnes déjà titulaires d’un visa d’immigration valide ne voient pas ce visa révoqué du fait de cette suspension.
Des exceptions sont prévues pour certaines situations, notamment les binationaux utilisant un passeport d’un pays non visé par la mesure.
La justification officielle donnée par Washington repose sur une interprétation plus stricte de la règle dite de « charge publique » (public charge), c’est-à-dire une crainte que certains nouveaux arrivants puissent dépendre des aides sociales américaines
