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Un “Ozempic naturel” dans nos intestins ?


Un « Ozempic naturel » caché dans l’intestin ? L’idée fait rêver — et, pour une fois, elle repose sur une vraie publication scientifique solide… à condition de ne pas confondre piste biologique et traitement prêt à l’emploi.



Quand le microbiote ouvre une nouvelle piste contre le diabète

Un “Ozempic naturel” dans nos intestins ?
Au cœur de cette découverte : une chaîne de communication intestin → hormones → foie → cerveau, pilotée en partie par une bactérie du microbiote, Bacteroides vulgatus, et par une molécule qu’elle produit, le pantothénate (vitamine B5, ici envisagée comme métabolite « signal »). Dans un article paru dans Nature Microbiology (13 janvier 2025), des chercheurs montrent que lorsque l’expression d’un récepteur intestinal appelé FFAR4 diminue — ce qu’ils observent chez des patients diabétiques et dans des modèles murins — on voit aussi diminuer B. vulgatus et son pantothénate, avec à la clé une préférence accrue pour le sucre et un dérèglement métabolique.

Là où ça devient franchement intrigant, c’est le mécanisme proposé : le pantothénate favoriserait la sécrétion de GLP-1, l’hormone intestinale qui aide à réguler la glycémie et la satiété — exactement la voie que ciblent les médicaments type sémaglutide (Ozempic/Wegovy), des « agonistes du récepteur GLP-1 ».

Les auteurs décrivent ensuite une cascade : GLP-1 stimulerait la libération de FGF21 par le foie, une hormone associée à la régulation de la prise de sucre et de l’énergie. Résultat chez la souris : moins d’attirance pour le sucré et un meilleur contrôle métabolique, au moins dans les conditions expérimentales testées.

Pourquoi certains titres médiatiques parlent-ils d’un « Ozempic sans effets secondaires » ? Parce que l’approche n’injecte pas un médicament qui agit partout dans le corps : elle cherche plutôt à réactiver la production “endogène” (par l’organisme) de signaux hormonaux via l’écosystème intestinal. C’est séduisant sur le papier : les agonistes du GLP-1 sont efficaces mais peuvent provoquer des effets indésirables digestifs chez une partie des patients, et leur action est systémique (récepteurs présents dans plusieurs organes).

Mais ici le journalisme scientifique a un devoir de sobriété : nous n’avons pas encore un traitement.

On a pour l'instant :
1) une association chez l’humain (variations génétiques/biomarqueurs, microbiote, comportements alimentaires) 
2) une démonstration mécanistique surtout chez l’animal. Entre une souris et une prescription en pharmacie, il y a un canyon : essais cliniques, doses, sécurité, stabilité de la colonisation bactérienne, effets à long terme, et… l’énorme variabilité du microbiote d’une personne à l’autre.

Autre point : même si B. vulgatus est une espèce courante, “ajouter une bactérie” n’est pas aussi simple que planter un arbre. Le microbiote, c’est une jungle : certaines souches s’installent mal, d’autres dépendent de l’alimentation, et une même espèce peut avoir des effets différents selon le contexte. On peut aussi contourner le problème en visant non pas la bactérie, mais son métabolite (le pantothénate) ou la voie biologique qu’il active — ce que l’étude suggère explicitement comme « cible thérapeutique ».

La bonne lecture, aujourd’hui, est donc la suivante : cette découverte renforce l’idée que le diabète de type 2 n’est pas seulement une affaire de pancréas et de volonté, mais aussi d’écologie intestinale et de signaux hormonaux. Le futur pourrait ressembler à des traitements hybrides : médicaments, nutrition de précision, et interventions sur le microbiote — mais avec des preuves cliniques au carré, pas des slogans.

En clair : prometteur, oui. Révolution immédiate, non. Et c’est très bien comme ça : la science avance plus lentement que les titres, mais elle avance plus droit.

Vendredi 16 Janvier 2026



Rédigé par La rédaction le Vendredi 16 Janvier 2026