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Un néoconservateur parle de défaite des Etats-Unis face à l’Iran


Rédigé par le Mercredi 13 Mai 2026

« Echec et mat en Iran », tel est le titre d’un éditorial publié le 10 mai par le magazine américain « The Atlantic » et signé par Robert Kagan, un néoconservateur pur jus qui appelait, auparavant, ouvertement à la guerre contre l’Iran.



Un néoconservateur parle de défaite des Etats-Unis face à l’Iran
Il est difficile de trouver, à Washington, plus belliqueux que Robert « Bob » Kagan. Politologue et éditorialiste, cofondateur du « Project for the New American Century », un think-tank promouvant l’impérialisme américain au 21ème siècle, il est connu pour avoir appelé à la guerre contre l’Irak de Saddam Hussein, et ce avant même le 11 septembre 2001.
 
Marié à la tristement célèbre Victoria Nuland (F*** the EU), sous-secrétaire d’Etat pour les affaires politiques sous l’administration Biden et maîtresse d’œuvre de la révolution du Maïdan à Kiev, Robert Kagan défend également le soutien à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie.

Tout ceci pour dire qu’il est difficile d’accuser de pacifisme ou de sympathie envers le régime des Mollahs celui qui vient d’annoncer crûment sur les colonnes du magazine The Atlantic que « la défaite dans la confrontation actuelle avec l’Iran (…) ne peut être ni évitée ni ignorée » !

Un blocus infructueux

Il va sans dire que les fanfaronnades du président américain, Donald Trump, concernant les dirigeants iraniens qui seraient prêts à accepter les conditions de Washington pour parvenir à un accord mettant un terme à la guerre ne valent que pour ceux qui veulent bien y croire.

Les rapports de la CIA sont clairs : l’Iran a préservé plus des deux tiers de ses capacités militaires et dispose de suffisamment de stocks de missiles et de drones pour soutenir jusqu’à quatre autres mois de conflit.

Le blocus américain des ports iraniens ne peut empêcher ni la circulation des trains sur la voie ferroviaire reliant l’Iran à la Chine, via le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, inaugurée il y a un an, ni celle des navires en Mer caspienne, permettant le trafic avec la Russie.

Les effets néfastes du blocus américain, doublé des sanctions, sur l’économie iranienne sont indéniables. Sauf que le régime de Téhéran a fait preuve d’une résilience totalement inattendue pour les stratèges de Tel-Aviv et Washington.

L’attaque conjointe américano-israélienne du 28 février contre l’Iran a, non seulement, échoué à ébranler le régime des Mollahs, mais elle a aussi, paradoxalement, éveillé le sentiment nationaliste des Iraniens, même parmi les opposants.

Une influence en déclin

A l’exception des Emirats arabes unis, particulièrement vindicatifs envers l’Iran, les autres pays du Conseil de coopération du Golf voient d’un mauvais œil une reprise des hostilités, après le cessez-le-feu conclu le 8 avril.

L’échec de l’opération « projet liberté », consistant à forcer le passage du détroit d’Ormuz bloqué par l’Iran, annoncée tambour battant le 3 mai par Donald Trump et abandonnée deux jours après, est essentiellement dû au refus de l’Arabie saoudite d’ouvrir son espace aérien aux bombardiers américains pour des frappes contre l’Iran.

Pas question pour le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohamed Ben Salman, de voir les installations pétrolières et les usines de dessalement de l’eau de mer de son pays détruites par des missiles et drones iraniens parce que Donald Trump a perdu la raison dans sa quête éperdue de mettre le régime de Téhéran à genoux.

Les Koweïtiens et les Qatariotes, qui ne portent pas non plus le régime des Mollahs dans leurs cœurs, n’en pensent pas moins.

Autant dire que l’influence des Etats-Unis au Moyen Orient a entamé un irréversible processus de régression, comme l’a bien compris Robert Kagan.

Parole d’initié

« Le détroit d’Ormuz ne sera plus « ouvert », comme il l’était autrefois », a-t-il écrit. « Avec le contrôle du détroit, l’Iran émerge comme l’acteur clé de la région et l’un des acteurs clés du monde. Les rôles de la Chine et de la Russie, en tant qu’alliés de l’Iran, sont renforcés ; le rôle des États-Unis, considérablement diminué. (…) Le conflit a révélé une Amérique peu fiable et incapable de terminer ce qu’elle a commencé. Cela va déclencher une réaction en chaîne dans le monde entier alors que les amis et les ennemis s’adaptent à l’échec de l’Amérique ».

Maintenant, c’est le directeur de l’autorité de l’aviation civile israélienne, Shmuel Zakaï, qui demande de dégager la centaine d’avions militaires américains stationnés à l’aéroport de Ben Gourion, leur présence étant mauvaise pour la bonne marche des affaires ! 

Echec et mat est une expression du jeu d’échec-inventé par les Indiens et développé par les Perses- qui vient de l’arabe : « Al Cheikh mat » (le Cheikh est mort) !




Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 13 Mai 2026