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Un seul poisson pourri… et toute la profession médicale sent la pourriture


Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et de santé



Un seul poisson pourri… et toute la profession médicale sent la pourriture
Une affaire révélée dans les médias, il y a à peine quelques jours, interpelle la médecine libérale et appelle des réponses institutionnelles.

L’affaire exposée dans les médias par Mme Salma mérite mieux qu’une simple indignation sur les réseaux sociaux.

Elle pose une question fondamentale : comment un acte médical contesté, s’il est confirmé par une enquête, peut-il jeter le discrédit sur toute une profession ?

Selon le récit rendu public, Mme Salma, victime d’une chute dans un escalier, se serait rendue aux urgences d’une première clinique à Salé. 
Le diagnostic qui lui aurait été annoncé faisait état d’une lésion ligamentaire nécessitant une intervention chirurgicale. 
Le montant annoncé aurait atteint 13 000 dirhams, dont 5 000 dirhams qui auraient été demandés « au noir ».

Inquiète et souhaitant obtenir un deuxième avis, la patiente et son mari se seraient rendus dans une autre clinique. 

Le diagnostic aurait alors été radicalement différent : il ne s’agirait plus d’une lésion ligamentaire nécessitant une opération, mais d’une plaie nécessitant simplement quelques points de suture. 
La facture aurait été de 1 200 dirhams, dans un cadre présenté comme totalement transparent.

Si ces faits sont établis, ils sont particulièrement graves. 

Non seulement parce qu’ils pourraient révéler une erreur diagnostique aux conséquences potentiellement lourdes, mais aussi parce qu’ils poseraient la question d’une éventuelle facturation occulte.

Il faut toutefois se garder de condamner sans enquête. 

Une différence de diagnostic entre deux médecins ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’une faute ou d’une fraude. 

La médecine n’est pas une science exacte et certaines situations cliniques peuvent donner lieu à des interprétations différentes. 

C’est précisément pour cette raison qu’une expertise médicale indépendante et contradictoire est indispensable.

Mais cette prudence ne doit surtout pas devenir un prétexte à l’inaction.

Quand le comportement d’un seul porte atteinte à tous
Il existe un vieil adage : « Un seul poisson pourri fait sentir la pourriture à toute la poissonnerie. »

L’expression est brutale, mais elle traduit une réalité particulièrement préoccupante dans le domaine médical : la confiance est collective, alors que la faute, lorsqu’elle existe, est individuelle.

Un médecin malhonnête ne représente pas les milliers de médecins qui exercent leur métier avec compétence, intégrité et dévouement. 

Une clinique soupçonnée de pratiques irrégulières ne saurait être assimilée à l’ensemble des établissements privés du pays.

Pourtant, dans l’opinion publique, le raccourci est vite fait.

Une affaire  médiatisée peut rapidement devenir : « Les cliniques font ceci », « les médecins font cela », « tout est une question d’argent ».

Cette généralisation serait profondément injuste pour l’immense majorité des professionnels qui respectent leur serment, leur déontologie et leurs patients.

Mais elle serait aussi dangereuse pour la profession elle-même si celle-ci ne réagit pas lorsqu’un comportement individuel est susceptible de porter atteinte à sa crédibilité.

Quatre institutions doivent regarder cette affaire en face

La première responsabilité incombe aux autorités sanitaires.
Le ministère de la Santé et de la Protection sociale devrait, si les faits rapportés sont suffisamment étayés, diligenter une enquête administrative et médicale. 
Il ne s’agit pas de condamner avant de savoir, mais de savoir avant de classer l’affaire.

Si des irrégularités sont confirmées, les sanctions appropriées doivent être prises.

La deuxième responsabilité relève de la déontologie médicale.
L’Ordre régional des médecins, et par ricochet l’Ordre national, devrait examiner les éléments du dossier afin de déterminer s’il existe un éventuel manquement aux règles professionnelles : diagnostic, indication opératoire, information du patient, consentement, facturation ou toute autre pratique contraire aux obligations déontologiques.

La troisième responsabilité concerne les organisations représentant la médecine libérale et les établissements privés.

Les syndicats de médecins libéraux et les organisations représentant les cliniques ne peuvent pas considérer cette affaire comme un simple problème individuel.

Lorsqu’un cas particulier risque d'alimenter la suspicion à l’égard de toute une profession, la profession elle-même doit savoir dire clairement : si une faute est établie, elle doit être sanctionnée ou innocentée 
C’est aussi la meilleure manière de protéger les professionnels honnêtes.

Enfin, la quatrième responsabilité appartient à la patiente elle-même.

Si Mme Salma estime avoir été victime d’une pratique frauduleuse ou d’un préjudice médical, elle doit pouvoir saisir la justice et déposer plainte, afin que les faits soient établis dans un cadre contradictoire et que les responsabilités éventuelles soient déterminées.

La transparence n’est pas une option

Cette affaire rappelle surtout une évidence : la relation médecin-patient repose avant tout sur la confiance.

Lorsque le patient commence à penser que le diagnostic peut être influencé par le montant de la facture, que l’intervention chirurgicale peut devenir une source de revenus plutôt qu’une nécessité médicale, ou qu’une partie du paiement peut être dissimulée, c’est le contrat moral qui unit le médecin à son patient qui est atteint.

La médecine libérale doit donc défendre avec encore plus de vigueur la transparence des actes, des indications médicales et des honoraires.

Il ne s’agit pas de protéger l’image de la profession par le silence.

Bien au contraire.
La meilleure façon de protéger les médecins honnêtes est de ne pas laisser les comportements suspects se banaliser.

Une enquête sérieuse, indépendante et transparente permettrait de faire la distinction entre une erreur médicale, une divergence diagnostique, une mauvaise pratique, une faute déontologique ou une éventuelle fraude.

Et cette distinction est essentielle.

Car si les faits sont faux, il faut aussi le dire clairement et réhabiliter ceux qui auraient été injustement mis en cause.

Mais si les faits sont confirmés, il faut alors sanctionner sans complaisance.

Pour une raison simple : ce n’est pas seulement la réputation d’une clinique ou d’un médecin qui est en jeu. 

C’est la confiance du citoyen dans toute la médecine.

Et cette confiance, une fois perdue, est beaucoup plus difficile à réparer qu’une facture de 1 200 ou de 13 000 dirhams.

Lundi 17 Août 2026



le Lundi 17 Août 2026