Le métabolisme du glucose au cœur du vieillissement cérébral
Le vieillissement du cerveau est un phénomène naturel qui s'accompagne, chez certaines personnes, d'une diminution progressive du volume de certaines régions cérébrales. Ce processus n'entraîne pas nécessairement de perte de fonctions.
En revanche, lorsqu'il survient de manière prématurée, il peut favoriser l'apparition de troubles de la mémoire et d'un déclin cognitif.
Si plusieurs facteurs sont déjà connus pour accélérer ce vieillissement, comme les modifications des neurotransmetteurs, les altérations des cellules nerveuses ou encore l'accumulation de substances toxiques, des chercheurs se sont intéressés à une autre piste :
Le rôle des processus métaboliques. Leurs travaux ont été publiés dans la revue scientifique Molecular Psychiatry.
Plus de 37.000 cerveaux analysés
Pour mener cette recherche, des scientifiques de l'Université du Jilin, à Changchun, et de l'Université médicale chinoise de Taïwan ont exploité les données de la UK Biobank, une vaste base de données biomédicales regroupant des informations recueillies auprès de milliers de participants au Royaume-Uni.
Les chercheurs ont analysé les examens de neuroimagerie de 37.458 personnes afin d'étudier différents paramètres, notamment la taille de certaines régions cérébrales, les caractéristiques des tissus et les modifications structurelles du cerveau.
Ils ont ensuite entraîné des algorithmes d'apprentissage automatique à estimer l'âge du cerveau à partir de ces seules données d'imagerie.
Parmi les modèles testés, la méthode statistique de régression LASSO (Least Absolute Shrinkage and Selection Operator) s'est révélée la plus performante, avec une marge d'erreur moyenne de 3,26 ans.
Ce modèle a permis de calculer l'écart d'âge cérébral (EAC), un indicateur qui compare l'âge estimé du cerveau à l'âge réel de chaque participant.
Le glucose apparaît comme le facteur le plus fortement associé
En parallèle, les chercheurs ont étudié les données métabolomiques obtenues à partir d'échantillons sanguins des mêmes participants. Cette approche permet d'analyser les métabolites, des molécules qui renseignent sur le fonctionnement des cellules.
L'analyse a permis d'identifier neuf molécules sanguines associées à l'écart d'âge cérébral. Parmi elles, le glucose s'est distingué comme le facteur le plus fortement lié à un vieillissement cérébral accéléré.
Les personnes présentant une glycémie élevée avaient ainsi un cerveau montrant davantage de signes de vieillissement sur les examens d'imagerie, leur âge cérébral apparaissant supérieur à leur âge chronologique.
Selon les auteurs, ces résultats suggèrent que le niveau de glucose dans le sang pourrait contribuer aux mécanismes responsables de l'accélération du vieillissement du cerveau.
Un risque plus élevé de maladies neurologiques
L'étude met également en évidence une association entre une glycémie élevée et un risque accru de développer sept maladies affectant les fonctions cérébrales.
Dans leurs conclusions, les chercheurs indiquent qu'une glycémie élevée est positivement associée à la démence, toutes causes confondues, à la maladie d'Alzheimer, à la démence vasculaire, à la maladie de Parkinson, à l'accident vasculaire cérébral, à la dépression et à l'anxiété.
Ils observent également une relation négative entre une glycémie élevée et les performances cognitives, la fonction motrice ainsi que la santé mentale.
Une réduction du volume de certaines régions du cerveau a aussi été constatée chez les personnes présentant un taux de glucose plus important.
Pour les chercheurs, ces observations montrent que le métabolisme du glucose représente un facteur potentiellement modifiable du vieillissement cérébral. Il pourrait ainsi constituer une cible pour de futures stratégies de prévention destinées à préserver la santé du cerveau tout au long de la vie.