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Une usine chinoise à Kénitra, l’IA et le paradoxe de la productivité : une piste de réflexion pour le Maroc


Par Dr Az-Eddine Bennani et Dr Yuanyuan Zang.

L’implantation de CITIC Dicastal à Kénitra constitue bien plus qu’un simple investissement industriel étranger au Maroc. Elle représente un cas particulièrement intéressant pour comprendre comment certaines entreprises industrielles utilisent aujourd’hui l’intelligence artificielle afin d’améliorer la performance, réduire les coûts, optimiser l’énergie et limiter, jusqu’à un certain point, les effets du paradoxe de la productivité.



Depuis plusieurs décennies, Wald Maâlam interroge cette question centrale : pourquoi les investissements massifs dans les technologies numériques et informatiques ne produisent-ils pas toujours les gains de productivité attendus à l’échelle globale des organisations et des économies ?

Une usine chinoise à Kénitra, l’IA et le paradoxe de la productivité : une piste de réflexion pour le Maroc
L’arrivée de l’intelligence artificielle relance aujourd’hui ce débat sous une nouvelle forme. Dans ce contexte, le cas de l’usine CITIC Dicastal de Kénitra mérite une attention particulière.

Cette implantation stratégique illustre la manière dont une entreprise industrielle chinoise de grande taille tente de dépasser la simple digitalisation classique pour entrer dans une logique plus avancée d’optimisation pilotée par l’IA.

Les systèmes déployés dans cette usine couvrent notamment l’inspection visuelle intelligente, la maintenance prédictive, l’optimisation énergétique, l’ajustement automatique des paramètres industriels et l’ordonnancement intelligent de la production.

Ces usages montrent que l’intelligence artificielle industrielle ne se limite pas à remplacer des tâches humaines.

Elle vise surtout à réduire les défauts, améliorer la qualité, diminuer les temps d’arrêt, optimiser la consommation énergétique et accroître la stabilité des processus. Autrement dit, l’IA devient ici un outil d’optimisation systémique.

Pour le Maroc, cette présence industrielle est importante à plusieurs niveaux. D’abord parce qu’elle confirme l’attractivité croissante du Royaume dans les chaînes de valeur industrielles mondiales reliant l’Afrique, l’Europe et l’Asie.

Ensuite parce qu’elle ouvre un terrain concret d’observation pour les chercheurs marocains travaillant sur l’intelligence artificielle, la transformation numérique, la souveraineté technologique, la gouvernance des données et les mutations du travail industriel.

Enfin, parce qu’elle pose une question fondamentale : le Maroc peut-il apprendre de ces modèles industriels afin de construire progressivement sa propre trajectoire souveraine en matière d’IA industrielle ?

Cette réflexion rejoint précisément les travaux développés par Wald Maâlam autour du paradoxe de la productivité, de l’IA frugale, de la souveraineté numérique et des transformations organisationnelles liées à l’intelligence artificielle.

Cette tribune possède également une dimension académique et humaine particulière.

La co-auteure, Dr Yuanyuan Zang, est une jeune chercheuse chinoise qui vient récemment de soutenir sa thèse de doctorat en Chine sous la direction scientifique de Wald Maâlam, après plusieurs années d’échanges académiques et de recherche autour des transformations numériques, de l’intelligence artificielle et des dynamiques industrielles internationales.

Son regard croisé entre la Chine, le Maroc et les nouvelles stratégies industrielles apporte une richesse analytique particulièrement intéressante pour comprendre les nouvelles formes de coopération technologique qui émergent aujourd’hui entre l’Asie et l’Afrique.

Ce dialogue académique illustre également l’importance de développer des recherches interdisciplinaires et internationales sur l’intelligence artificielle, non pas uniquement sous l’angle technologique, mais aussi économique, humain, organisationnel, géopolitique, culturel et stratégique.

Wald Maâlam rappelle souvent que la véritable question n’est pas seulement de savoir si une technologie fonctionne, mais de comprendre qui la maîtrise, qui la comprend, qui crée la valeur, qui contrôle les données et qui conserve le savoir.

Car une usine peut devenir intelligente tout en laissant un pays dépendant des technologies qu’il ne maîtrise pas encore.

C’est pourquoi le défi du Maroc ne consiste pas simplement à accueillir l’intelligence artificielle industrielle.

Le véritable défi consiste à développer progressivement des compétences locales, des capacités de recherche, une gouvernance des données, des formations adaptées et une vision souveraine de l’IA compatible avec les réalités économiques et humaines du Royaume.

Le cas de Kénitra constitue à ce titre un laboratoire extrêmement intéressant. Non pas pour copier des modèles étrangers, mais pour comprendre comment le Maroc peut construire sa propre voie à l’ère de l’intelligence artificielle.

Par Dr Az-Eddine Bennani.


Lundi 18 Mai 2026