L'ODJ Média

Universités marocaines : des frais qui relancent le débat sur l’égalité des chances


Rédigé par le Mardi 4 Août 2026

La hausse des frais d’inscription dans plusieurs cycles universitaires, notamment en doctorat, master et certaines licences, suscite une vive inquiétude chez les étudiants salariés et les familles marocaines. En cause : des montants pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers de dirhams, dans un contexte social marqué par la pression sur le pouvoir d’achat. Au-delà du coût, une question juridique se pose : ces frais peuvent-ils s’appliquer à des étudiants déjà inscrits avant l’entrée en vigueur du cadre qui les organise ?



Les étudiants salariés pris au piège

Universités marocaines : des frais qui relancent le débat sur l’égalité des chances
La question des frais universitaires revient avec force dans le débat public marocain. Dans plusieurs universités, des étudiants inscrits en doctorat, en master ou dans certains parcours de licence se disent confrontés à des frais d’inscription élevés, parfois difficiles à supporter pour des familles à revenu limité. Selon les montants évoqués par des étudiants et relayés dans le débat universitaire, certains frais pourraient atteindre environ 20.000 dirhams par an pour le doctorat, ou près de 30.000 dirhams pour deux années de master. Ces chiffres alimentent une inquiétude réelle : l’accès à l’enseignement supérieur risque-t-il de dépendre de plus en plus de la capacité financière plutôt que du mérite académique ?

Le sujet est d’autant plus sensible que le salaire minimum au Maroc reste proche de 3.500 dirhams par mois selon les secteurs et les modalités de calcul. Pour un salarié modeste, un jeune actif ou une famille qui supporte déjà les charges du logement, du transport, de l’alimentation et parfois de plusieurs enfants scolarisés, ces frais représentent un effort considérable. Le problème ne se limite donc pas à une simple décision administrative. Il touche directement au principe d’égalité des chances, au droit à l’éducation et à la mobilité sociale, des valeurs au cœur du projet universitaire public.

Une autre question, plus juridique, aggrave la polémique : certaines universités auraient demandé à des étudiants déjà inscrits lors de l’année universitaire précédente de payer ces frais ou de fournir une preuve attestant qu’ils n’exercent aucune activité professionnelle. Des cas attribués notamment à l’Université Ibn Tofaïl ont été évoqués dans ce sens. Si ces situations sont confirmées, elles posent un problème majeur : peut-on appliquer de nouvelles obligations financières à des étudiants admis sous un régime antérieur ? En droit, le principe de non-rétroactivité protège les citoyens contre l’application d’une règle nouvelle à des situations déjà constituées, sauf disposition claire et légalement encadrée.

La Constitution marocaine, dans son article 6, rappelle que la loi est l’expression suprême de la volonté de la Nation et que les pouvoirs publics doivent respecter la sécurité juridique. Cela signifie qu’un étudiant doit pouvoir connaître à l’avance les règles financières, pédagogiques et administratives qui s’appliquent à son parcours. Modifier ces règles en cours de route, sans période transitoire claire, fragilise la confiance dans l’institution universitaire.

Cette situation appelle une réponse claire du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation. Les universités doivent préciser la base légale des frais, les catégories concernées, les exonérations possibles, les recours ouverts aux étudiants et les règles applicables aux anciens inscrits. Une politique universitaire juste ne peut pas ignorer la réalité sociale du pays. Au Maroc, l’université publique reste l’un des derniers ascenseurs sociaux pour des milliers de jeunes. La moderniser est nécessaire, mais la rendre financièrement inaccessible serait une erreur lourde pour l’avenir.




Mamoune ACHARKI
Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la... En savoir plus sur cet auteur
Mardi 4 Août 2026