L'ODJ Média

Vidéo, d’accord. Mais sur quel canal ?

Quand l’information se regarde sur les plateformes, comment les rédactions peuvent-elles gagner une audience sans perdre le lien avec elle ?


Rédigé par La Rédaction le Samedi 26 Septembre 2026



Dans conférence de rédaction de L'ODJ Média, la consigne tombe désormais presque toute seule : « Il nous faut une vidéo. »

Vidéo, d’accord. Mais sur quel canal ?
Très bien. Mais une fois la caméra éteinte, la vraie discussion commence. La met-on sur le site du média, sur YouTube, sur Facebook, sur Instagram, sur TikTok ? En fait-on un extrait pour WhatsApp ? Et qui, au bout du compte, se souviendra du nom du média qui l’a produite ?

Le débat dépasse largement le Maroc. Selon le Digital News Report 2026 du Reuters Institute, 54 % des personnes interrogées dans les marchés étudiés utilisent les réseaux sociaux et les plateformes vidéo pour s’informer. La consommation de vidéos d’actualité progresse surtout sur ces plateformes, tandis qu’elle recule sur les sites des éditeurs.

Il serait pourtant trop facile d’en conclure que l’article est mort. Une vidéo peut montrer une scène, donner à entendre un témoin, expliquer un chiffre en quelques secondes. Un texte permet de revenir sur les faits, de distinguer ce qui est établi de ce qui reste incertain, de retrouver une source. Le public passe de l’un à l’autre selon le moment et le sujet.

La question qui travaille les rédactions est donc plus concrète : où publier chaque format pour toucher le public sans laisser disparaître le travail journalistique derrière le défilement des écrans ?

Au Maroc, ce choix pèse particulièrement lourd. Le Reuters Institute décrit un espace d’information où Facebook et YouTube jouent un rôle majeur, avec Instagram, WhatsApp et TikTok dans la découverte et la circulation des nouvelles. Il relève aussi une confiance globale dans l’information de 28 % parmi les répondants à son enquête. Quand la confiance est fragile, être vu ne suffit pas : encore faut-il être reconnu, puis jugé crédible.

Chaque canal impose sa grammaire. Sur Instagram ou TikTok, il faut capter l’attention vite, souvent auprès de quelqu’un qui était venu voir tout autre chose. Sur YouTube, le spectateur peut choisir délibérément une émission et lui consacrer davantage de temps. Les données du Reuters Institute montrent d’ailleurs que

YouTube touche des âges variés pour la vidéo d’actualité, alors que TikTok et Instagram attirent proportionnellement beaucoup plus les jeunes. Une seule vidéo, recadrée à la hâte pour cinq destinations, ne répond pas à cinq usages différents

Voilà le dilemme économique et éditorial. Les plateformes offrent une audience qu’aucune rédaction sérieuse ne peut ignorer. Mais elles décident largement de la visibilité, modifient leurs règles et gardent l’internaute dans leur propre environnement. Une vidéo peut faire un million de vues sans que son auteur gagne un seul lecteur régulier sur son portail, un auditeur fidèle pour sa radio ou un rendez-vous durable avec son émission. Le compteur applaudit ; la relation, elle, reste à construire.

Pour un média qui dispose à la fois d’un portail francophone, d’un portail arabophone, d’une web TV, d’une radio et de comptes sociaux, le bon réflexe n’est pas de demander à chaque rédaction de « faire de la vidéo ». Il est de décider ce que chaque canal apporte à une même enquête. Un court extrait peut faire découvrir le sujet.

Une émission peut donner du temps à la contradiction. Un article peut réunir les documents et les précisions.

La radio peut prolonger l’échange. Et le site doit permettre de retrouver l’ensemble, clairement signé et daté.
Cela suppose aussi de résister à une petite tentation : confondre la vitesse de diffusion avec la qualité de l’information. Une phrase coupée peut devenir virale précisément parce qu’elle a perdu son contexte. Un titre peut promettre plus que la vidéo ne démontre. À force de fabriquer des contenus pour arrêter le pouce, on risque d’oublier de nourrir l’esprit.

La vidéo est devenue une porte d’entrée majeure vers l’actualité. Aux rédactions d’en faire aussi une porte d’entrée vers leur journalisme. La question décisive, après « combien de vues ? », devrait être celle-ci : qu’a compris le public, et saura-t-il revenir vers nous demain ?




Samedi 26 Septembre 2026