À l’époque, on l’appelait simplement informatique. Aujourd’hui, on lui donne un autre nom, plus séduisant, plus médiatique : intelligence artificielle.
Comme si cette dernière était née d’elle-même. Comme si elle ne portait pas en elle une longue histoire, faite de cycles, d’échecs, de renaissances.
Comme si elle n’était pas, en réalité, la fille — parfois mal comprise — de ce domaine que Wald Maâlam a vu naître, évoluer et se transformer depuis plus d’un demi-siècle.
Car ce que l’on célèbre aujourd’hui comme une rupture est aussi une continuité. Une continuité qui, après tant de promesses et de désillusions, a trouvé un nouveau souffle depuis novembre 2022.
Mais comprendre n’est pas nommer. Et nommer n’est pas savoir. Partir, à l’époque, ce n’était pas suivre une mode. C’était entrer dans une discipline exigeante, encore discrète, mais déjà structurante.
Comme si elle n’était pas, en réalité, la fille — parfois mal comprise — de ce domaine que Wald Maâlam a vu naître, évoluer et se transformer depuis plus d’un demi-siècle.
Car ce que l’on célèbre aujourd’hui comme une rupture est aussi une continuité. Une continuité qui, après tant de promesses et de désillusions, a trouvé un nouveau souffle depuis novembre 2022.
Mais comprendre n’est pas nommer. Et nommer n’est pas savoir. Partir, à l’époque, ce n’était pas suivre une mode. C’était entrer dans une discipline exigeante, encore discrète, mais déjà structurante.
Pendant près d’un demi-siècle, Wald Maâlam a appris, travaillé, enseigné, transmis.
Il a évolué dans des environnements où la rigueur, la méthode et la responsabilité donnaient sens à l’action. Il y a construit une trajectoire. Mais Wald Maâlam n’est jamais parti intérieurement. À distance, il a toujours répondu présent. À chaque sollicitation. Pour des amis, pour leurs enfants, pour des institutions. Il a donné du temps, du savoir, de l’expérience.
Sans calcul. Par fidélité à un lien qu’il pensait durable. Puis Wald Maâlam est revenu. Il n’est pas revenu pour demander. Il est revenu pour continuer à donner. Mais le retour ne l’a pas ramené à ce qu’il avait laissé. Il lui a révélé un décalage. Les visages étaient là. Les noms aussi. Mais le lien avait changé.
Les sollicitations continuaient, mais leur nature avait évolué. Elles n’étaient plus portées par la relation, mais par l’intérêt. Et surtout, un détail l’a frappé : l’absence de gestes simples. Pas même le plus élémentaire : un café.
Sans calcul. Par fidélité à un lien qu’il pensait durable. Puis Wald Maâlam est revenu. Il n’est pas revenu pour demander. Il est revenu pour continuer à donner. Mais le retour ne l’a pas ramené à ce qu’il avait laissé. Il lui a révélé un décalage. Les visages étaient là. Les noms aussi. Mais le lien avait changé.
Les sollicitations continuaient, mais leur nature avait évolué. Elles n’étaient plus portées par la relation, mais par l’intérêt. Et surtout, un détail l’a frappé : l’absence de gestes simples. Pas même le plus élémentaire : un café.
Ce n’est pas une plainte. C’est un constat.
Ce que Wald Maâlam pensait être des relations durables relevait en réalité d’un équilibre plus fragile, fait de contextes, de positions et d’intérêts. Car il y a une vérité que le retour met à nu : le pays que l’on retrouve n’est pas celui que l’on a quitté.
Mais surtout, celui qui revient n’est plus celui qui est parti. Wald Maâlam a quitté un environnement en devenir.
Il revient avec une trajectoire accomplie. Entre les deux, il y a un écart — de temps, de culture, de systèmes — qui ne se comble pas par la seule bonne volonté.
Dans son domaine, Wald Maâlam a poursuivi ses interventions. Il a partagé, formé, conseillé, souvent gratuitement, par conviction. Mais là encore, une autre réalité s’est imposée : non pas l’indifférence, mais une forme de résistance.
Car celui qui donne sans attendre dérange. Il dérange les équilibres établis, interroge les positions, met en tension des systèmes où la valeur se mesure à la rareté, au prix, à la reconnaissance formelle. On ne le remercie pas toujours pour ce qu’il apporte.
On l’observe pour ce qu’il représente. Dans la tradition marocaine, le Maâlam n’était pas seulement un artisan. Il était un transmetteur, inscrit dans le temps long, auquel la société rendait une place, un respect, une reconnaissance.
Aujourd’hui, cette figure n’a pas disparu, mais le cadre qui la portait s’est transformé. Le lien s’est contractualisé, la transmission s’est fragmentée, la reconnaissance ne va plus de soi. Le Maâlam moderne devient alors une présence paradoxale : sollicitée, mais peu reconnue ; utile, mais rarement honorée.
Mais surtout, celui qui revient n’est plus celui qui est parti. Wald Maâlam a quitté un environnement en devenir.
Il revient avec une trajectoire accomplie. Entre les deux, il y a un écart — de temps, de culture, de systèmes — qui ne se comble pas par la seule bonne volonté.
Dans son domaine, Wald Maâlam a poursuivi ses interventions. Il a partagé, formé, conseillé, souvent gratuitement, par conviction. Mais là encore, une autre réalité s’est imposée : non pas l’indifférence, mais une forme de résistance.
Car celui qui donne sans attendre dérange. Il dérange les équilibres établis, interroge les positions, met en tension des systèmes où la valeur se mesure à la rareté, au prix, à la reconnaissance formelle. On ne le remercie pas toujours pour ce qu’il apporte.
On l’observe pour ce qu’il représente. Dans la tradition marocaine, le Maâlam n’était pas seulement un artisan. Il était un transmetteur, inscrit dans le temps long, auquel la société rendait une place, un respect, une reconnaissance.
Aujourd’hui, cette figure n’a pas disparu, mais le cadre qui la portait s’est transformé. Le lien s’est contractualisé, la transmission s’est fragmentée, la reconnaissance ne va plus de soi. Le Maâlam moderne devient alors une présence paradoxale : sollicitée, mais peu reconnue ; utile, mais rarement honorée.
C’est dans cet espace que la peinture s’est imposée.
Wald Maâlam ne peint pas des visages. Il peint ce qui reste quand le visage n’est plus regardé. Un visage surgit, frontal, marqué de traces, comme une présence qui insiste malgré l’absence de retour. Ces peintures ne sont pas des représentations. Elles sont des états. Elles disent ce que le retour révèle : la présence sans reconnaissance, la transmission sans retour, la mémoire sans miroir.
Car le retour est parfois un retour sans miroir.
On revient avec une trajectoire, une histoire, une singularité construite ailleurs. Mais l’environnement que l’on retrouve n’a pas vécu cette trajectoire. Il ne la mesure pas toujours. Ce n’est ni une faute ni une injustice.
C’est un décalage. À l’heure où l’intelligence artificielle fascine et inquiète, il est essentiel de rappeler qu’elle ne naît pas de rien. Elle s’inscrit dans une histoire longue, dans une science, dans une transmission.
Une société qui oublie ses fondations humaines, intellectuelles et culturelles prend le risque de confondre innovation et illusion. Mais face à cet objet que l’on appelle aujourd’hui “IA”, Wald Maâlam fait un autre constat.
Dans les faits, personne ne maîtrise réellement cet objet. Derrière les discours et les postures d’expertise, une réalité s’impose : nous revenons tous, peu ou prou, au même niveau de connaissance — pour ne pas dire d’ignorance.
Et c’est peut-être là, paradoxalement, une chance. Une chance de repartir sur des bases plus justes. Une chance de réinterroger ce que nous savons réellement. Mais surtout, une chance de reconstruire des relations et des savoirs sur des valeurs que nous avons laissées derrière nous.
Mais le Maâlam n’a pas disparu. Il a changé de forme. Il n’est plus toujours celui que l’on reconnaît. Il est celui que l’on devine encore dans la matière, dans les gestes, dans les traces.
Wald Maâlam ne cherche plus à être reconnu. Il cherche à voir. Voir ce que les relations ne montrent plus. Voir ce que les systèmes effacent. Voir ce que le monde ne rend plus. Et puis, un jour, après un demi-siècle, Wald Maâlam rouvre une boîte. Une petite boîte, restée fermée tout ce temps.
Celle dans laquelle, en 1975, il avait rangé son dé, son aiguille, sa cire et une bobine de fil.
Car le retour est parfois un retour sans miroir.
On revient avec une trajectoire, une histoire, une singularité construite ailleurs. Mais l’environnement que l’on retrouve n’a pas vécu cette trajectoire. Il ne la mesure pas toujours. Ce n’est ni une faute ni une injustice.
C’est un décalage. À l’heure où l’intelligence artificielle fascine et inquiète, il est essentiel de rappeler qu’elle ne naît pas de rien. Elle s’inscrit dans une histoire longue, dans une science, dans une transmission.
Une société qui oublie ses fondations humaines, intellectuelles et culturelles prend le risque de confondre innovation et illusion. Mais face à cet objet que l’on appelle aujourd’hui “IA”, Wald Maâlam fait un autre constat.
Dans les faits, personne ne maîtrise réellement cet objet. Derrière les discours et les postures d’expertise, une réalité s’impose : nous revenons tous, peu ou prou, au même niveau de connaissance — pour ne pas dire d’ignorance.
Et c’est peut-être là, paradoxalement, une chance. Une chance de repartir sur des bases plus justes. Une chance de réinterroger ce que nous savons réellement. Mais surtout, une chance de reconstruire des relations et des savoirs sur des valeurs que nous avons laissées derrière nous.
Mais le Maâlam n’a pas disparu. Il a changé de forme. Il n’est plus toujours celui que l’on reconnaît. Il est celui que l’on devine encore dans la matière, dans les gestes, dans les traces.
Wald Maâlam ne cherche plus à être reconnu. Il cherche à voir. Voir ce que les relations ne montrent plus. Voir ce que les systèmes effacent. Voir ce que le monde ne rend plus. Et puis, un jour, après un demi-siècle, Wald Maâlam rouvre une boîte. Une petite boîte, restée fermée tout ce temps.
Celle dans laquelle, en 1975, il avait rangé son dé, son aiguille, sa cire et une bobine de fil.
Il la rouvre. Il reprend ses outils.
Le dé pour protéger. L’aiguille pour relier. Le fil pour assembler. La cire pour renforcer. Et il s’interroge. Non plus sur la manière de coudre un caftan, mais sur la manière de recoudre des relations.
Comment relier ce qui a été séparé, redonner forme à ce qui s’est défait, retrouver, dans un monde transformé, les valeurs laissées derrière lui.
Peut-être que la véritable transmission est là. Dans cette tentative patiente, lucide, exigeante, de recoudre du lien là où il s’est distendu. Car certaines choses ne se donnent plus. Elles se reconstruisent. Point après point. Comme un fil que l’on n’a jamais vraiment perdu.
Par Dr Az-Eddine Bennani.
Comment relier ce qui a été séparé, redonner forme à ce qui s’est défait, retrouver, dans un monde transformé, les valeurs laissées derrière lui.
Peut-être que la véritable transmission est là. Dans cette tentative patiente, lucide, exigeante, de recoudre du lien là où il s’est distendu. Car certaines choses ne se donnent plus. Elles se reconstruisent. Point après point. Comme un fil que l’on n’a jamais vraiment perdu.
Par Dr Az-Eddine Bennani.
