En tant que Wald Maâlam, j’ai récemment interrogé Mistral AI : l’un des acteurs clés des partenariats en intelligence artificielle au Maroc sur la nature de ces collaborations.
Que pensent-ils de leur rôle au Maroc ?
Ces accords profitent-ils vraiment au pays, ou risquent-ils de renforcer une dépendance technologique ?
La réponse de Mistral AI, croisée avec mes propres analyses et des sources publiques, dessine un tableau nuancé mais préoccupant : le Maroc a les moyens de devenir un leader en IA, mais les partenariats actuels pourraient, sans vigilance, le cantonner dans un rôle de consommateur plutôt que de créateur.
Selon Mistral AI, les accords signés avec le Maroc visent à former des ingénieurs et chercheurs marocains aux technologies d’IA générative, à adapter des modèles aux besoins locaux — notamment en termes de langues et de secteurs comme la santé ou l’administration — et à stimuler l’innovation via des transferts de technologie et la création de startups locales.
Le discours est celui d’un partenariat « gagnant-gagnant », où chacun trouverait son intérêt dans un écosystème en construction.
Ces accords profitent-ils vraiment au pays, ou risquent-ils de renforcer une dépendance technologique ?
La réponse de Mistral AI, croisée avec mes propres analyses et des sources publiques, dessine un tableau nuancé mais préoccupant : le Maroc a les moyens de devenir un leader en IA, mais les partenariats actuels pourraient, sans vigilance, le cantonner dans un rôle de consommateur plutôt que de créateur.
Selon Mistral AI, les accords signés avec le Maroc visent à former des ingénieurs et chercheurs marocains aux technologies d’IA générative, à adapter des modèles aux besoins locaux — notamment en termes de langues et de secteurs comme la santé ou l’administration — et à stimuler l’innovation via des transferts de technologie et la création de startups locales.
Le discours est celui d’un partenariat « gagnant-gagnant », où chacun trouverait son intérêt dans un écosystème en construction.
Mais en creusant les arguments avancés par Mistral AI, plusieurs limites apparaissent.
La première concerne le transfert de technologie. Les modèles adaptés restent propriétaires : le Maroc n’a pas accès aux architectures de base, ce qui le rend dépendant des mises à jour et des décisions de Mistral AI.
Le pays apprend à utiliser, mais ne maîtrise pas. Il s’inscrit dans une logique d’usage plutôt que de conception.
La deuxième limite concerne les infrastructures. Aucune infrastructure souveraine n’est prévue dans ces partenariats : les données et les modèles continuent d’être hébergés à l’étranger.
Dans ces conditions, la chaîne de valeur échappe largement au Maroc. La souveraineté ne peut exister sans maîtrise des données et des capacités de calcul. La troisième limite est liée à l’écosystème local.
Les startups marocaines peinent à rivaliser avec des solutions étrangères, souvent soutenues par des accords publics.
Les institutions comme l’ENSIAS et l’UM6P, pourtant reconnues pour leur expertise en intelligence artificielle, risquent de voir leur rôle marginalisé au profit de formations et d’outils conçus ailleurs. Le risque est réel de transformer un écosystème émergent en simple marché pour des technologies importées.
Le pays apprend à utiliser, mais ne maîtrise pas. Il s’inscrit dans une logique d’usage plutôt que de conception.
La deuxième limite concerne les infrastructures. Aucune infrastructure souveraine n’est prévue dans ces partenariats : les données et les modèles continuent d’être hébergés à l’étranger.
Dans ces conditions, la chaîne de valeur échappe largement au Maroc. La souveraineté ne peut exister sans maîtrise des données et des capacités de calcul. La troisième limite est liée à l’écosystème local.
Les startups marocaines peinent à rivaliser avec des solutions étrangères, souvent soutenues par des accords publics.
Les institutions comme l’ENSIAS et l’UM6P, pourtant reconnues pour leur expertise en intelligence artificielle, risquent de voir leur rôle marginalisé au profit de formations et d’outils conçus ailleurs. Le risque est réel de transformer un écosystème émergent en simple marché pour des technologies importées.
La question des données est également centrale.
Les données marocaines — darija, documents administratifs, usages numériques — sont utilisées pour adapter les modèles. Mais rien ne garantit que cette valeur soit redistribuée au Maroc.
Sans cadre clair, ces données peuvent alimenter des produits commerciaux développés ailleurs, renforçant une forme de dépendance invisible mais structurante.
Face à ces constats, le Maroc doit transformer ces partenariats en leviers de souveraineté. Cela suppose d’abord d’exiger des infrastructures souveraines : hébergement des données et des modèles sur le territoire national, développement de capacités de calcul locales, construction d’un cloud souverain.
Cela suppose également de conditionner les partenariats à de véritables transferts de propriété intellectuelle, permettant aux ingénieurs marocains d’accéder aux architectures et aux technologies fondamentales.
Sans cadre clair, ces données peuvent alimenter des produits commerciaux développés ailleurs, renforçant une forme de dépendance invisible mais structurante.
Face à ces constats, le Maroc doit transformer ces partenariats en leviers de souveraineté. Cela suppose d’abord d’exiger des infrastructures souveraines : hébergement des données et des modèles sur le territoire national, développement de capacités de calcul locales, construction d’un cloud souverain.
Cela suppose également de conditionner les partenariats à de véritables transferts de propriété intellectuelle, permettant aux ingénieurs marocains d’accéder aux architectures et aux technologies fondamentales.
Le Maroc doit également porter une ambition forte :
Développer un « LLM Maroc » conçu par et pour le pays.
Ce projet pourrait être confié à des institutions comme l’ENSIAS et l’UM6P, en s’appuyant sur des données locales et en répondant aux besoins spécifiques de l’administration, de l’éducation et de l’économie.
Un tel modèle constituerait un socle stratégique pour une souveraineté numérique réelle. L’investissement dans la recherche et les compétences est une autre condition essentielle.
Former des ingénieurs capables d’utiliser des outils ne suffit pas. Il faut former des concepteurs, des chercheurs, des architectes capables de créer des modèles. Porter l’effort de recherche à un niveau significatif est une condition pour passer d’une logique d’adoption à une logique de production.
Ce projet pourrait être confié à des institutions comme l’ENSIAS et l’UM6P, en s’appuyant sur des données locales et en répondant aux besoins spécifiques de l’administration, de l’éducation et de l’économie.
Un tel modèle constituerait un socle stratégique pour une souveraineté numérique réelle. L’investissement dans la recherche et les compétences est une autre condition essentielle.
Former des ingénieurs capables d’utiliser des outils ne suffit pas. Il faut former des concepteurs, des chercheurs, des architectes capables de créer des modèles. Porter l’effort de recherche à un niveau significatif est une condition pour passer d’une logique d’adoption à une logique de production.
Enfin, l’écosystème local doit être protégé et encouragé.
La création de fonds dédiés, le soutien aux startups et l’ouverture des marchés publics aux solutions marocaines sont autant de leviers pour éviter que l’innovation locale ne soit étouffée par des acteurs internationaux plus puissants.
Le Maroc dispose d’atouts considérables : des institutions d’excellence, une stratégie nationale affirmée, une jeunesse talentueuse et connectée.
Mais pour éviter de devenir une « colonie numérique », il doit transformer ses partenariats en instruments de souveraineté, et non en mécanismes de dépendance. Wald Maâlam le dirait simplement : on ne devient pas maître en utilisant les outils des autres sans en comprendre la fabrication.
Le Maroc ne doit pas être un simple marché pour les géants de l’intelligence artificielle. Il doit utiliser ces partenariats pour construire sa propre puissance technologique. La souveraineté ne s’achète pas.
Elle se négocie, elle se construit, et elle se protège.
Par Dr Az-Eddine Bennani.
Le Maroc dispose d’atouts considérables : des institutions d’excellence, une stratégie nationale affirmée, une jeunesse talentueuse et connectée.
Mais pour éviter de devenir une « colonie numérique », il doit transformer ses partenariats en instruments de souveraineté, et non en mécanismes de dépendance. Wald Maâlam le dirait simplement : on ne devient pas maître en utilisant les outils des autres sans en comprendre la fabrication.
Le Maroc ne doit pas être un simple marché pour les géants de l’intelligence artificielle. Il doit utiliser ces partenariats pour construire sa propre puissance technologique. La souveraineté ne s’achète pas.
Elle se négocie, elle se construit, et elle se protège.
Par Dr Az-Eddine Bennani.
