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Yasmine Lamjid : Du “like” à la décision : comment transformer la colère numérique en influence politique ?


Les jeunes ne sont pas nécessairement éloignés de la politique. C’est souvent la politique, telle qu’elle fonctionne encore aujourd’hui, qui paraît éloignée d’eux.



Les institutions ne les entendent plus, les jeunes n’attendent plus : qui comblera le fossé ?

Une génération née avec les smartphones, les réseaux sociaux et l’information instantanée se retrouve face à des institutions qui continuent parfois à communiquer avec des méthodes anciennes, des discours longs et des mécanismes peu lisibles. Ce décalage ne concerne pas seulement les outils. Il touche aussi la représentation, la confiance et le sentiment d’utilité.

Les jeunes veulent des réponses concrètes sur l’emploi, l’éducation, l’égalité des chances, le logement, la mobilité sociale et leur capacité à construire une vie digne. Lorsque les promesses ne produisent pas d’effets visibles, la distance avec les institutions devient presque mécanique.

Certains préfèrent alors le bénévolat, l’engagement associatif, l’entrepreneuriat, le travail indépendant ou les mobilisations numériques. D’autres considèrent l’émigration comme une perspective plus crédible que l’attente de réformes dont ils ne perçoivent ni le rythme ni les résultats.

Cela ne signifie pas que la jeunesse se désintéresse des affaires publiques. Elle débat chaque jour du coût de la vie, de l’école, de la justice sociale, de l’environnement, des libertés et des perspectives professionnelles. Le débat politique n’a pas disparu. Il a simplement changé de lieu.

Il se déroule désormais sur les plateformes numériques, dans les vidéos courtes, les groupes de discussion, les podcasts et les espaces communautaires. Le problème est que les institutions ne savent pas toujours écouter ce qui s’y exprime, ni traduire cette énergie en participation structurée.

Une crise de langage avant d’être une crise de participation

Les institutions parlent encore trop souvent aux jeunes sans réellement dialoguer avec eux. Elles organisent des rencontres, diffusent des communiqués et publient des discours, mais elles restent parfois incapables de créer une conversation directe et crédible.

Être présent sur les réseaux sociaux ne suffit pas. Il ne s’agit pas simplement de publier un communiqué administratif sur Instagram ou TikTok. Il faut répondre, expliquer, reconnaître les critiques et proposer des espaces dans lesquels les jeunes peuvent contribuer avant que les décisions soient prises.

La jeunesse ne veut plus être considérée comme un public à convaincre au moment des élections. Elle souhaite être reconnue comme une force de proposition, un réservoir de compétences et un partenaire de la décision publique.

Elle attend que les idées soient évaluées selon leur pertinence, et non selon l’âge, l’ancienneté ou la proximité avec les centres de pouvoir.

La confiance dépend des résultats

On ne peut pas demander aux jeunes de faire confiance aux institutions sans leur offrir de résultats visibles. La confiance ne se décrète pas. Elle se construit dans l’expérience quotidienne.

Lorsqu’un jeune trouve une formation de qualité, un accès équitable à l’emploi, une administration respectueuse de son temps et une structure politique qui lui permet réellement de s’exprimer, il commence à croire que la participation peut produire des effets.

À l’inverse, lorsqu’il rencontre l’opacité, la lenteur, le favoritisme ou les promesses répétées, l’abstention et le retrait deviennent des réactions compréhensibles.

Moderniser la communication ne suffira donc pas. Il faut aussi moderniser les politiques publiques et les méthodes de gouvernance. Une institution peut parler le langage numérique le plus moderne du monde ; si elle ne répond pas aux problèmes essentiels, son message restera vide.

Le vote est indispensable, mais il ne suffit pas

Le vote demeure un levier essentiel de la démocratie. Il permet de choisir, de sanctionner et de soutenir une orientation politique. Mais la participation citoyenne ne peut pas se limiter au jour du scrutin.

Les jeunes peuvent s’engager dans les partis, les associations, les syndicats, les collectivités territoriales et les initiatives citoyennes. Ils peuvent suivre les politiques publiques, interpeller les élus, participer à des débats et proposer des solutions.

Une mobilisation numérique peut attirer l’attention, mais elle ne devient une décision politique que lorsqu’elle s’organise, se structure et s’appuie sur des compétences.

La colère peut ouvrir une discussion. La formation, la constance et la capacité à construire des alliances permettent de la transformer en changement.

Les partis doivent redevenir des écoles de citoyenneté

Pour retrouver la confiance des nouvelles générations, les partis politiques doivent cesser d’être perçus comme des structures qui ne s’activent qu’à l’approche des élections.

Ils doivent redevenir des espaces d’apprentissage, de débat et de responsabilité. L’éducation politique devrait permettre aux jeunes de comprendre le fonctionnement des institutions, l’élaboration des lois, les budgets publics, la gestion locale et les mécanismes de décision.

L’intégration de la jeunesse ne peut pas se limiter à quelques postes symboliques ou à des photos de campagne. Elle suppose une participation réelle à la conception des programmes, au choix des priorités et à la prise de décision.

Il est difficile de parler de renouvellement des élites tout en maintenant les portes fermées aux compétences émergentes.

Une responsabilité partagée

Les institutions doivent changer, mais les jeunes portent également une part de responsabilité. On ne peut pas demander une transformation profonde de la vie politique tout en refusant d’entrer dans les espaces où se prennent les décisions.

L’engagement demande du temps, de la persévérance, de la formation et une capacité à travailler collectivement. Il faut parfois accepter les refus, comprendre les règles et continuer à défendre ses idées.

Changer les institutions exige une pression extérieure, mais aussi une présence active à l’intérieur.

Il n’existe donc pas une crise de la jeunesse, mais une crise de représentation, d’écoute et de confiance. Les jeunes sont présents, informés et mobilisés. Les institutions, elles, ne captent pas toujours leurs attentes ni leurs nouvelles formes d’expression.

Réduire cette distance exige un mouvement dans les deux sens : des institutions capables d’évoluer et une jeunesse prête à transformer ses revendications en participation organisée.

L’avenir ne sera pas construit uniquement par ceux qui demandent le changement, mais par ceux qui acceptent de se former, de s’engager et de le produire.
Mardi 14 Juillet 2026