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l’IA, non pas un choc des civilisations, mais un choc avec nous-mêmes

Wald Maâlam – Fès, 27-28 avril 2026 :


Par Dr Az-Eddine Bennani.

À Fès, ville du savoir, des médersas et des maîtres artisans, Wald Maâlam observe avec lucidité ce que beaucoup préfèrent ignorer : face à l’intelligence artificielle, ce n’est pas seulement la technologie qui progresse, c’est notre rapport au savoir, à la transmission et à la vérité qui vacille.

Fils de Maâlam, formé entre l’aiguille et le digital, il le sait mieux que quiconque : une machine peut reproduire des gestes, mais elle ne portera jamais la mémoire, ni la responsabilité, ni l’âme d’une civilisation.



Les Rencontres de l’Université Euromed de Fès consacrées à l’Alliance des civilisations, organisées les 27 et 28 avril 2026, posent une question essentielle :

Que devient la civilisation humaine face à l’intelligence artificielle ?

La formule avancée par Mostapha Bousmina mérite d’être prise au sérieux : nous ne serions pas face à un choc des civilisations, mais à un choc de la civilisation humaine avec l’IA.

Wald Maâlam dirait autrement : ce n’est pas l’IA qui nous affronte, c’est notre propre représentation du monde qui vacille. L’intelligence artificielle est présentée comme une rupture absolue.

Elle transformerait tout : médecine, travail, gouvernance, connaissance, espérance de vie. Soyons clairs.

L’IA ne pense pas. Elle calcule. Elle ne comprend pas. Elle corrèle. Le véritable basculement est notre dépendance cognitive à ses résultats. Nous déléguons progressivement notre capacité à décider, à interpréter et à douter.

Le vrai choc est humain – humain. C’est un choc entre ceux qui conçoivent les algorithmes et ceux qui les consomment sans les comprendre.

L’éthique n’est pas un supplément, c’est une condition de survie.

Une IA sans gouvernance n’est pas neutre. Elle reflète les biais de ceux qui la conçoivent. Le travail ne disparaît pas, il se transforme. Ce qui disparaît, c’est le travail sans valeur cognitive. Le véritable enjeu est la souveraineté cognitive.

Chaque pays doit produire sa propre pensée algorithmique. Face à l’IA, Wald Maâlam observe un phénomène paradoxal. Pour la première fois depuis longtemps, tout le monde revient au même niveau : un niveau d’incertitude, voire d’ignorance.

Et c’est une opportunité. Une opportunité pour réapprendre à penser, à douter, à construire. Car l’IA ne remplacera jamais ce qui fait la civilisation : la conscience, la responsabilité, la transmission.

Le vrai enjeu n’est pas de maîtriser l’intelligence artificielle. C’est de ne pas perdre l’intelligence humaine.

À Fès, les civilisations n’ont jamais eu besoin d’invitations pour se rencontrer.

Elles se parlaient, naturellement. Elles se comprenaient sans avoir besoin de formaliser leur dialogue. Et c’est peut-être là que commence encore aujourd’hui le véritable débat sur l’intelligence artificielle.

Par Dr Az-Eddine Bennani.


Mardi 28 Avril 2026