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الدار البيضاء هي وناسها : « Casablanca : Trajectoires d’une Métropole en mutation permanente »


Casablanca n’est pas une ville que l’on regarde de loin. C’est une ville qui se vit, qui se traverse, qui bouscule, qui use parfois, mais qui continue de fasciner. C’est précisément cette matière urbaine, humaine et symbolique que veut capter la nouvelle émission « الدار البيضاء هي وناسها », portée par L’ODJ Media et pensée comme un espace de réflexion sur la métropole, ses mutations et ceux qui la font vivre.



Casablanca au cœur d’un nouveau podcast chez L’ODJ Media

Dès son intitulé, l’émission annonce sa ligne éditoriale : parler de Casablanca à travers ses habitants, ses mémoires, ses tensions et ses promesses. Loin d’un discours purement nostalgique ou d’une simple chronique urbaine, le programme entend explorer la ville comme un organisme vivant, traversé par l’histoire, l’urbanisme, la culture et les fractures sociales. Le premier épisode donne le ton avec une thématique ambitieuse : « Casablanca : Trajectoires d’une métropole en mutation permanente ».

Pour ouvrir ce cycle, L’ODJ Media réunit deux invités dont les parcours se croisent autour d’une même ville, mais depuis des angles complémentaires. D’un côté, Rabéa Ridaoui, juriste de formation, animatrice culturelle, ancienne présidente de l’association Casa Mémoire entre 2019 et 2023, vice-présidente de l’association Nouvelle Vision pour la formation et l’insertion des jeunes de Lahraouine, et coautrice du livre « Ville Blanche en 100 films ». De l’autre, Ahmed Hamid Chichtachni, anthropologue politiste, chercheur en anthropologie urbaine et auteur de « Casablanca 1907-1956 : la démesure d’un urbanisme », ouvrage consacré à la transformation de la métropole casablancaise.

Le choix de ces deux voix n’a rien d’anodin. Il permet de croiser le regard patrimonial, culturel et mémoriel avec une lecture anthropologique et urbanistique de la ville. Autrement dit, l’émission ne se contente pas de commenter Casablanca ; elle cherche à la déplier, à l’interroger en profondeur, à comprendre ce qu’elle conserve, ce qu’elle efface et ce qu’elle invente. Dès les premiers axes de discussion, le ton est donné : Casablanca est décrite comme un palimpseste, une ville écrite, effacée, puis réécrite au fil des décennies. La question n’est donc pas seulement de savoir ce qu’elle devient, mais aussi ce qu’elle oublie en devenant ce qu’elle est.

L’épisode aborde ainsi plusieurs enjeux majeurs. Le premier touche à la mémoire urbaine et au patrimoine. Quand des salles de cinéma ou des bâtiments emblématiques disparaissent, s’agit-il simplement d’un effet du progrès ou d’un déficit de vision politique ? En filigrane, c’est tout le débat sur la valeur économique, culturelle et identitaire du patrimoine qui ressurgit. Casa Mémoire, justement, s’est inscrite depuis des années dans ce combat pour faire reconnaître le patrimoine comme une ressource, et non comme un poids du passé.

Le second grand axe concerne la mutation sociale et spatiale de Casablanca. La ville s’étend, verticalement et horizontalement, mais se rapproche-t-elle encore de ses habitants ? Ou bien produit-elle une forme de fragmentation silencieuse, quartier par quartier, entre mémoire centrale et marges éloignées ? La question de la smart city apparaît ici en creux : peut-on être moderne sans perdre son âme ? Peut-on bâtir une métropole intelligente sans respecter son ancrage historique et humain ?

L’intérêt de cette nouvelle émission réside aussi dans son ton. Le podcast ne cherche pas à figer Casablanca dans une carte postale. Il la traite comme une ville en débat, en mouvement, en tension. À travers les questions adressées aux invités, on perçoit la volonté d’ouvrir une conversation exigeante mais accessible, où l’intime rejoint le politique. Les souvenirs d’enfance, les quartiers disparus, les lieux-refuges, les œuvres qui résument l’énergie de Casablanca, tout cela s’entrelace avec des interrogations sur l’urbanisme, le vivre-ensemble et l’avenir de la ville à l’horizon 2030.

En choisissant Casablanca comme sujet central d’une émission dédiée, L’ODJ Media parie sur un besoin réel : celui de redonner à la métropole un espace de parole à sa hauteur. Car Casablanca est souvent racontée par ses chiffres, ses chantiers, sa densité ou sa pression économique. Plus rarement par sa mémoire, ses imaginaires, ses contradictions profondes. « الدار البيضاء هي وناسها » veut précisément occuper ce manque : faire entendre les voix de la ville, celles des chercheurs, des passeurs de mémoire, des acteurs culturels et, plus largement, de celles et ceux qui pensent la ville au lieu de simplement l’habiter.

À travers ce lancement, L’ODJ Media semble vouloir installer un rendez-vous qui dépasse le simple format d’entretien. Il s’agit d’un laboratoire éditorial autour d’une ville-monde marocaine, où la discussion sur Casablanca devient un miroir des grandes questions contemporaines : patrimoine, modernité, identité, gouvernance urbaine et désir de futur. Une manière, aussi, de rappeler qu’une ville ne se résume jamais à ses bâtiments. Elle existe surtout par les récits, les conflits, les attachements et les rêves que ses habitants déposent en elle.
Dimanche 26 Avril 2026