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​À Fès, les économistes istiqlaliens plaident pour faire du pouvoir d’achat une priorité nationale


Réunis à Fès lors d’une rencontre consacrée aux grands équilibres économiques et sociaux, les membres de l’alliance des économistes istiqlaliens ont appelé à faire du soutien au pouvoir d’achat des ménages marocains une priorité immédiate, face à l’aggravation des tensions internationales et à leurs répercussions directes sur la vie quotidienne des citoyens.



Inflation, énergie, ménages : Fès appelle à une réponse économique plus forte

Pour les intervenants, la question du pouvoir d’achat n’est plus un simple sujet social parmi d’autres. Elle est devenue un indicateur central de la solidité du tissu national, notamment pour les classes moyennes et les ménages à revenu modeste, qui subissent de plein fouet la hausse du coût de la vie. Ils ont rappelé que les crises géopolitiques, en particulier au Moyen-Orient, après la guerre russo-ukrainienne, ont profondément perturbé les marchés mondiaux de l’énergie, des matières premières et des produits alimentaires, avec des effets sensibles sur une économie importatrice comme celle du Maroc.

Des données comparatives présentées lors de la rencontre ont illustré l’ampleur des tensions actuelles. Lors de la crise ukrainienne de 2022, les prix du pétrole avaient progressé de 31 %. Dans la crise actuelle, cette hausse atteint 64 %. Même logique pour le gaz naturel, dont les prix avaient grimpé de 50 % en 2022, contre 124 % aujourd’hui. Le blé, en revanche, enregistre cette fois une hausse moins brutale qu’au moment du conflit russo-ukrainien.

Mais au-delà de la seule lecture des chiffres, les participants ont insisté sur un point : la gravité de la crise actuelle ne réside pas uniquement dans la rapidité de la hausse des prix, mais dans la profondeur de ses effets potentiels sur les chaînes de production, de transport et de distribution. Les économistes présents ont averti contre le risque d’une crise plus longue, marquée par des pénuries durables, une pression continue sur les coûts et un possible scénario de stagflation mondiale, c’est-à-dire une combinaison dangereuse de ralentissement économique et d’inflation persistante.

La rencontre a également permis de revenir sur les multiples secousses traversées par l’économie marocaine ces dernières années : crise financière internationale, effets du printemps arabe, pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, épisodes de sécheresse et catastrophes naturelles. Malgré cette accumulation de chocs, les participants ont estimé que le Maroc avait su renforcer sa capacité de résilience, grâce à une série de réformes et de réponses publiques qui ont contribué à amortir les impacts les plus durs.

Dans ce cadre, les intervenants ont salué les mesures engagées par le gouvernement, sous impulsion royale, dans le cadre du chantier de l’État social. Ils ont cité notamment la généralisation de la protection sociale, les revalorisations salariales, l’aide au logement, l’amélioration de l’offre éducative, le soutien au transport, ainsi que le maintien d’un appui public sur les prix du gaz butane et de l’électricité. Mais ils ont aussi souligné que ces efforts ont un coût budgétaire élevé, et que leur portée risque d’être partiellement neutralisée par l’érosion continue provoquée par la flambée des prix.

C’est pourquoi la Ligue des économistes istiqlaliens a estimé qu’il ne suffisait plus d’améliorer les revenus en apparence. L’enjeu, désormais, est de préserver le revenu réel des ménages, c’est-à-dire leur capacité effective à vivre, consommer, se soigner, se déplacer et éduquer leurs enfants sans basculer dans une fragilité croissante.

Les participants ont plaidé pour une approche plus globale, intégrant à la fois les revenus et les charges réelles qui pèsent sur les familles : dépenses de santé, d’éducation, de transport, soutien aux personnes âgées, prise en charge des personnes en situation de handicap, mais aussi chômage persistant chez les jeunes et les femmes. Selon eux, toute politique sérieuse de soutien au pouvoir d’achat doit s’appuyer sur cette lecture complète de la réalité sociale.

En conclusion, les intervenants ont souligné que le renforcement du pouvoir d’achat réel est aussi un levier majeur de croissance. En soutenant la consommation intérieure, le Maroc peut consolider sa demande interne, moteur essentiel de l’activité économique. Ils ont également appelé à mieux tirer parti des opportunités que pourrait ouvrir la conjoncture actuelle, notamment dans les secteurs du tourisme, des énergies renouvelables et des services, afin de renforcer la souveraineté économique du Royaume et sa capacité à mieux encaisser les chocs extérieurs.
Dimanche 5 Avril 2026