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​Après le transbordement, la transaction : le blé kazakh ouvre une nouvelle piste pour les ports marocains

Le projet de stock céréalier kazakh au Maroc remet sur la table une ambition plus large


Rédigé par La Rédaction le Mardi 15 Septembre 2026

Le Kazakhstan envisage de constituer dans un port marocain un important stock de céréales destiné au Royaume et aux marchés africains. Au-delà du blé, l’opération pose une question plus stratégique : le Maroc peut-il utiliser ses infrastructures portuaires non seulement pour transporter et stocker des marchandises, mais pour capter une part de la valeur du négoce, du financement et de la certification des matières premières ?



​Après le transbordement, la transaction : le blé kazakh ouvre une nouvelle piste pour les ports marocains
L’information mérite d’abord une précision. Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un nouvel accord annoncé cette semaine. Dans un entretien publié le 14 septembre par The Astana Times, l’ambassadeur du Maroc au Kazakhstan, Mohammed Rachid Maaninou, affirme qu’un accord signé environ deux ans auparavant prévoit la constitution d’un important stock de céréales kazakhes dans un port marocain, sous gestion kazakhe.

Le port concerné, la capacité de stockage et le calendrier n’ont toutefois pas été rendus publics.

Le commerce, lui, a déjà commencé. Les autorités kazakhes indiquent qu’un accord portant sur l’exportation de 300 000 tonnes de blé avait été conclu en février 2025 entre Zine Capital Invest et Food Contract Corporation. Une première livraison de 60 000 tonnes a suivi en mai, via le port letton de Liepāja. En incluant d’autres opérateurs, le ministère kazakh de l’Agriculture chiffre à 161 800 tonnes les céréales expédiées vers le Maroc.

Le raisonnement d’Astana est assez simple. Le Kazakhstan produit des céréales mais reste pénalisé par son enclavement. Installer du stock plus près des marchés africains permettrait de dissocier les longues opérations d’acheminement depuis l’Asie centrale des livraisons commerciales finales.

Pour le Maroc, l’intérêt va potentiellement au-delà de quelques milliers de tonnes de manutention supplémentaire.

Les ports marocains disposent déjà d’une importante activité céréalière. Au premier semestre 2025, ceux relevant de l’Agence nationale des ports ont traité un peu plus de 5 millions de tonnes de céréales. Casablanca et Jorf Lasfar en concentraient près de 82 %. Tanger Med dispose, de son côté, d’une puissante plateforme logistique avec Medhub, conçue pour stocker, préparer et redistribuer des marchandises vers l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique.

Mais le véritable saut économique serait ailleurs.

Un port crée de la valeur en manutentionnant une tonne. Un hub commercial peut en créer davantage s’il intervient également dans le stockage sous contrôle, la certification, l’assurance, la tierce détention, le financement des stocks et la mise en relation entre producteurs et acheteurs.

C’est le principe des systèmes de récépissés d’entrepôt étudiés depuis longtemps dans le commerce des matières premières : une marchandise certifiée et stockée dans un entrepôt agréé peut devenir un actif mobilisable comme garantie auprès d’une banque. La marchandise n’est alors plus seulement en transit. Elle entre dans une chaîne financière et commerciale.

Appliquée aux matières premières africaines, cette logique mérite examen. Cacao, café, métaux ou certains produits agricoles pourraient théoriquement être stockés, certifiés et négociés depuis une plateforme marocaine avant leur livraison aux industriels européens ou à d’autres acheteurs.

Cela suppose cependant beaucoup plus que des quais et des hangars : normes de qualité reconnues internationalement, droit des sûretés adapté, organismes de contrôle indépendants, banques capables de financer les stocks, assurances, traders et volumes suffisamment importants.

Le projet kazakh ne prouve donc pas encore que le Maroc est devenu une place internationale des matières premières. Il démontre quelque chose de plus concret : pour au moins un producteur enclavé d’Asie centrale, le Royaume est désormais envisagé comme un endroit où une marchandise peut être stockée avant d’être revendue ailleurs en Afrique.

Après avoir bâti des ports capables de faire circuler les flux, la prochaine question pourrait être celle-ci : quelle part de la transaction économique accompagnant ces flux le Maroc veut-il désormais conserver sur son territoire ?




Mardi 15 Septembre 2026