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​Are you crazy my friends ? Merci la CAF. On s’en souviendra. Et bien fait pour nous ?


Rédigé par le Jeudi 29 Janvier 2026



Le choc d’un communiqué qui laisse un goût amer : une sévérité qui interroge

​Are you crazy my friends ? Merci la CAF. On s’en souviendra. Et bien fait pour nous ?
À force de lire et relire le communiqué du Jury disciplinaire de la CAF, une impression tenace s’installe : celle d’un décalage profond entre l’investissement consenti par le Maroc et la froideur de la sanction tombée. Une décision lourde, détaillée, chiffrée, presque clinique. Et pourtant, derrière les montants, les suspensions et les articles du code disciplinaire, une question dérangeante plane. Avons-nous été naïfs ? Trop confiants ? Ou simplement fidèles à une idée du football africain qui, elle, ne nous a pas rendu la pareille ?

Il y a des textes qu’on parcourt distraitement. Et puis il y a ceux qu’on relit, lentement, ligne après ligne, parce qu’on peine à y croire. Le communiqué de la CAF fait clairement partie de cette seconde catégorie. Le Jury disciplinaire tranche, sans trembler. Les décisions sont nettes, presque brutales dans leur énoncé.

Achraf Hakimi suspendu deux matchs CAF, dont un avec sursis. Ismaël Saibari écope de trois matchs fermes, assortis d’une amende de 100 000 dollars. La FRMF sanctionnée à hauteur de 315 000 dollars au total : ramasseurs de balles jugés fautifs, joueurs et staff accusés d’avoir entravé le travail de l’arbitre autour de la VAR, supporters pointés du doigt pour usage de lasers. Et pour couronner le tout, la réclamation marocaine rejetée, balayée sans nuance, au sujet des violations supposées du règlement par la FSF lors de la finale de la CAN 2025.

Sur le papier, tout est carré. Trop carré, peut-être. Le droit disciplinaire appliqué dans toute sa rigueur, sans affect, sans contexte apparent. Mais le football africain se résume-t-il à une lecture comptable des articles 82, 83 ou 84 ? La question mérite d’être posée, même si elle dérange.

Soyons honnêtes. Refuser toute responsabilité serait une facilité intellectuelle. Les images ont circulé. Les gestes, les réactions, la tension autour de la VAR. L’envahissement de la zone d’examen n’est pas une invention médiatique. Les lasers dans les tribunes non plus. Sur ce terrain-là, la CAF n’a pas tout inventé.

Un grand pays de football, un pays organisateur, ne peut pas se permettre certains débordements. Pas parce que l’Afrique ou la CAF l’exigent, mais parce que l’exemplarité fait partie du prix à payer quand on se place au centre du jeu. Le Maroc a voulu une CAN ambitieuse, moderne, crédible aux yeux du monde. Cette ambition suppose une discipline collective irréprochable, du banc de touche jusqu’aux gradins.

Dans ce sens, la sanction rappelle une vérité inconfortable : l’émotion ne justifie pas tout. La frustration d’une décision arbitrale, même vécue comme injuste, ne donne pas un blanc-seing pour franchir certaines lignes. À chaud, beaucoup l’oublient. À froid, les institutions ne pardonnent jamais.

Mais s’arrêter là serait incomplet. Ce communiqué ne tombe pas dans le vide. Il arrive après une CAN organisée au Maroc dans des conditions saluées par tous. Infrastructures au niveau mondial. Sécurité maîtrisée. Organisation fluide. Accueil digne des grandes compétitions internationales. Peu de pays africains peuvent en dire autant aujourd’hui, sans forcer le trait.

Alors oui, les sanctions existent. Mais leur accumulation interroge. Leur timing aussi. Le rejet pur et simple de la réclamation de la FRMF, sans reconnaissance publique des zones grises de cette finale, laisse un sentiment d’injustice difficile à balayer d’un revers de main.

Dans les cafés, dans les salons, sur les réseaux, une phrase revient souvent : « On a tout donné. » Ce n’est pas un slogan creux. C’est un ressenti partagé. Le Maroc a mis son image, son argent, sa crédibilité régionale et internationale sur la table. Et au moment où il attendait, sinon un traitement de faveur, au moins une lecture équilibrée des événements, la réponse est tombée, sèche, presque désincarnée.

CAF, football africain et mémoire longue

La CAF n’est pas une institution abstraite. Elle est faite d’hommes, de rapports de force, d’histoires non dites. Le football africain a une mémoire longue, parfois rancunière. Ceux qui pensent que l’organisation exemplaire d’une CAN suffit à effacer des décennies de méfiance institutionnelle se trompent.

Est-ce une vengeance symbolique ? Un rappel à l’ordre ? Une manière de dire que personne n’est au-dessus de l’instance, même un pays qui réussit ? Difficile de trancher. Mais le message, lui, est clair : l’investissement matériel ne garantit ni indulgence ni reconnaissance politique.

Et c’est peut-être là que le bât blesse le plus. Le Maroc n’a pas seulement organisé une compétition. Il a proposé une vision : un football africain structuré, crédible, exportable. Cette vision, aujourd’hui, semble accueillie avec une certaine froideur. Comme si l’audace dérangeait plus qu’elle ne rassurait.

Et maintenant ?

Faut-il crier au complot ? Non. Faut-il minimiser nos erreurs ? Pas davantage. La seule posture utile est celle de la lucidité. Le Maroc doit tirer les leçons de cet épisode sans tomber dans le ressentiment stérile. Corriger ce qui doit l’être. Renforcer les dispositifs de contrôle. Clarifier les protocoles, y compris émotionnels, autour des grands matchs.

Mais il serait tout aussi dangereux d’accepter ces sanctions comme une fatalité muette. Une institution forte se respecte, mais elle se questionne aussi. Le débat doit rester ouvert, posé, documenté. C’est ainsi que progresse le sport. C’est ainsi que se construit une démocratie sportive africaine digne de ce nom.

Ironie de l’histoire : en voulant sanctionner des comportements jugés excessifs, la CAF a peut-être ravivé une prise de conscience plus profonde au Maroc. Celle que l’excellence ne protège pas de tout. Celle que la reconnaissance ne se décrète pas. Celle, enfin, que dans le football comme ailleurs, la dignité passe par la capacité à encaisser, analyser, et revenir plus fort.

Oui, on s’en souviendra. Pas pour ruminer. Mais pour avancer, autrement.

​Je ne m’attarderai pas ici sur les sanctions infligées à la Fédération sénégalaise, à son sélectionneur et à ses joueurs.

Non par oubli, ni par complaisance, mais parce qu’à la première lecture — et même à la seconde — elles paraissent presque dérisoires au regard des faits avérés et consignés noir sur blanc par la CAF elle-même.

Cinq matchs de suspension pour un sélectionneur reconnu coupable d’atteinte à l’image du football, deux matchs pour des comportements antisportifs envers l’arbitre, des amendes lourdes sur le papier mais sans réelle portée sportive immédiate : tout cela dessine un déséquilibre troublant.

Pas un scandale spectaculaire, non. Plutôt une impression diffuse, persistante, que la balance disciplinaire ne pèse pas toujours de la même manière selon le camp où l’on se trouve. Et c’est peut-être là, plus que dans les montants ou les durées, que réside le vrai malaise : ce sentiment que la rigueur affichée n’est pas toujours proportionnelle aux faits, ni pleinement lisible pour ceux qui croient encore que le football africain peut — et doit — se gouverner avec une justice perçue comme équitable.




Jeudi 29 Janvier 2026