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​Carburants : les TPE-PME dénoncent une flambée spéculative et appellent l’État à reprendre la main


Rédigé par La rédaction le Mardi 17 Mars 2026



​Carburants : les TPE-PME dénoncent une flambée spéculative et appellent l’État à reprendre la main
La hausse brutale des prix du carburant remet une nouvelle fois sous pression le tissu fragile des très petites, petites et moyennes entreprises marocaines. Dans un communiqué publié à Rabat le 17 mars 2026, la Confédération Marocaine des TPE-PME hausse le ton et accuse ouvertement certaines sociétés pétrolières et plusieurs stations-service de profiter du contexte géopolitique international pour imposer des augmentations jugées abusives.

Pour l’organisation patronale des TPE-PME , les tensions militaires au Moyen-Orient et la hausse du baril sur les marchés mondiaux servent aujourd’hui de prétexte à une mécanique spéculative bien rodée.

La Confédération soutient que les opérateurs concernés commercialisent encore des stocks achetés avant l’escalade récente, donc à des coûts inférieurs aux prix actuellement répercutés à la pompe. En clair, selon elle, des carburants acquis à prix plus bas seraient revendus au prix fort, au détriment direct des petits entrepreneurs, des auto-entrepreneurs et, plus largement, des consommateurs.

Le communiqué la Confédération Marocaine des TPE-PME insiste aussi sur un autre point sensible : la question des réserves stratégiques. La Confédération rappelle que les sociétés pétrolières sont tenues de disposer d’un niveau de stock équivalant à 60 jours de consommation. Or, elle affirme que les réserves réellement détenues ne couvriraient actuellement qu’environ 30 jours. Si cette accusation était confirmée, elle poserait un double problème : un manquement réglementaire d’un côté, et une justification économique affaiblie de l’autre pour expliquer les hausses rapides observées sur le marché national.

Mais c’est surtout la nuit du 15 au 16 mars 2026 qui cristallise la colère de la Confédération. Elle dénonce une séquence qu’elle qualifie de scandaleuse : fermetures délibérées de stations, refus de servir aux anciens tarifs, puis réouverture avec des prix majorés d’environ deux dirhams par litre avant toute autorisation officielle. À l’en croire, seules quelques stations auraient respecté les règles en vigueur jusqu’à minuit. Pour l’organisation, cet épisode révèle non seulement une dérive commerciale, mais aussi un grave défaut de contrôle de la part des autorités compétentes.

Derrière la dénonciation des hausses de carburant, c’est en réalité une crise plus large que la Confédération met en lumière : celle de l’épuisement progressif des petites entreprises marocaines. Covid-19, sécheresse prolongée, guerre en Ukraine, inflation persistante, tensions régionales… les chocs se sont accumulés. Le communiqué avance un chiffre lourd : près de 150 000 entreprises auraient disparu en quatre ans, dont l’écrasante majorité sont des TPE. Pour 2026, l’organisation redoute un nouveau bond des faillites si aucune mesure d’urgence n’est engagée.

La charge est aussi politique. Sans citer de noms dans le corps de l’argumentaire institutionnel, le communiqué évoque un conflit d’intérêts structurel lié à l’influence d’acteurs majeurs du secteur pétrolier sur les sphères de décision. La Confédération dénonce un silence des médias dominants, une inertie des institutions de régulation et une forme de capture oligarchique qui empêcherait une réponse ferme de l’État. Le ton est dur, presque alarmiste, mais il traduit surtout une exaspération accumulée dans un segment de l’économie qui se dit abandonné.

Face à cette situation, la Confédération formule plusieurs demandes : encadrement immédiat des prix à la pompe en fonction des coûts réels des stocks, audit indépendant sur les réserves détenues par les distributeurs, enquête approfondie du Conseil de la concurrence, et plan concret d’accompagnement pour les TPE-PME et auto-entrepreneurs. Au fond, le message est limpide : il ne s’agit plus seulement du prix du litre, mais d’un rapport de force économique où les plus petits paient, à chaque crise, la facture la plus lourde.

Dans un pays où les TPE constituent l’ossature de l’activité réelle, la question posée par ce communiqué dépasse le simple débat sur les carburants. Elle renvoie à un sujet plus vaste, et plus redoutable : qui protège encore les petits quand les grandes machines du marché s’emballent ?




Mardi 17 Mars 2026