Par Rachid Boufous
En 2021, le Maroc comptait 17.509.127 électeurs inscrits, dont 8.786.080 qui se sont déplacés pour voter, soit une participation de 50,18 %, tandis que 1.197.575 bulletins ont été déclarés blancs ou nuls, ce qui ramène le nombre de suffrages valablement exprimés à environ 7,59 millions.
Le RNI avait obtenu 2.099.036 voix et 102 sièges, le PAM 1.400.122 voix et 87 sièges, tandis que l’Istiqlal avait recueilli 1.278.420 voix et obtenu 81 sièges, soit au total 4.777.578 voix et 270 députés sur les 395 que compte la Chambre des représentants.
Pris sous l’angle parlementaire, le résultat était spectaculaire, puisque les trois partis de la coalition contrôlaient 68,35 % des sièges, très loin devant la majorité absolue fixée à 198 députés, mais cette puissance institutionnelle reposait en réalité sur seulement 27,29 % de l’ensemble des électeurs inscrits.
Ce chiffre ne signifie évidemment pas que les 72,71 % restants étaient opposés au gouvernement, puisqu’une partie d’entre eux s’était abstenue et qu’une autre avait voté pour d’autres formations, mais il montre la différence essentielle entre disposer d’une majorité parlementaire confortable et bénéficier d’un enracinement électoral réellement majoritaire dans la société.
Cette faiblesse relative de l’assise électorale explique aussi pourquoi les candidats locaux, les présidents de communes, les élus disposant de réseaux solides et les personnalités capables de mobiliser quelques milliers de voix, prennent une importance considérable dans le système marocain, où les élections ne se jouent pas uniquement sur une grande tendance nationale mais également dans une multitude de circonscriptions aux équilibres très différents.
C’est précisément ce qui rend la rivalité entre le RNI et le PAM beaucoup plus sérieuse qu’une simple querelle entre partenaires gouvernementaux, car seulement 15 sièges séparaient les deux formations en 2021, avec 102 députés pour le RNI contre 87 pour le PAM, alors même que l’écart en voix atteignait 698.914 suffrages.
Autrement dit, près de 700.000 voix d’avance n’avaient produit qu’un écart de 15 sièges, ce qui montre à quel point la répartition territoriale des suffrages, la qualité des candidatures et l’implantation locale peuvent être déterminantes dans le classement final.
À titre indicatif, les 2,09 millions de voix du RNI représentaient environ 20.579 voix par siège obtenu, contre 16.093 pour le PAM et 15.783 pour l’Istiqlal, ce qui veut dire que les 2 derniers partis ont plus de députés pour moins de votants que le RNI, même si ces chiffres ne constituent évidemment pas un seuil électoral, puisque les députés sont élus dans des circonscriptions différentes et selon des rapports de force locaux.
De la même manière, dire qu’il faut 22.243 voix pour élire un député parce que l’on divise les 8.786.080 votants par les 395 sièges n’a qu’une valeur statistique, car un siège remporté à Midelt, Casablanca, Settat ou Dakhla ne répond pas aux mêmes équilibres électoraux.
C’est ici, que la fameuse « transhumance politique » prend tout son sens, car lorsqu’un élu bien implanté passe d’un parti à l’autre, il ne transporte certes pas automatiquement tous ses électeurs avec lui, mais il peut modifier le rapport de force dans une circonscription et, dans certains cas, faire perdre un siège à son ancien parti tout en permettant à son nouveau parti, d’en gagner un…
Le calcul est simple : si huit sièges détenus par le RNI en 2021 basculaient directement vers le PAM, le rapport passerait théoriquement de 102 contre 87 à 94 contre 95, ce qui suffirait à inverser le classement entre les deux formations sans provoquer aucun bouleversement électoral national.
C’est cette possibilité qui serait induite par la transhumance politique, qui explique la nervosité actuelle, car le véritable enjeu n’est pas seulement de gagner quelques députés supplémentaires ou de négocier davantage de portefeuilles ministériels, mais d’arriver en tête des élections et de bénéficier ainsi de l’avantage constitutionnel lié à la formation du prochain gouvernement.
Le RNI et le PAM peuvent donc rester partenaires aujourd’hui, tout en devenant des adversaires féroces demain, puisque chacun sait que l’autre représente la menace la plus directe pour sa première place, davantage encore que les partis actuellement dans l’opposition.
Il existe pourtant un autre enseignement dans les chiffres de 2021, peut-être plus important encore : les trois principaux partis gouvernementaux se disputent aujourd’hui des élus, des candidats et des réseaux déjà intégrés au système politique, au lieu de considérer les quelque 72,7 % d’inscrits qui n’avaient voté pour aucun d’eux, comme le gigantesque territoire politique à conquérir…
Le parti qui réussirait à convaincre quelques centaines de milliers de ces électeurs, en particulier parmi les abstentionnistes et les citoyens désabusés, pourrait obtenir un avantage autrement plus solide que celui procuré par quelques ralliements de dernière minute.
Voilà finalement ce que racontent les chiffres de 2021 : une coalition disposant de 270 députés mais soutenue par seulement 27,29 % des inscrits, un RNI représentant 11,99 % du corps électoral total, un PAM autour de 8 %, et seulement quinze sièges séparant les deux premiers partis.
Le RNI avait obtenu 2.099.036 voix et 102 sièges, le PAM 1.400.122 voix et 87 sièges, tandis que l’Istiqlal avait recueilli 1.278.420 voix et obtenu 81 sièges, soit au total 4.777.578 voix et 270 députés sur les 395 que compte la Chambre des représentants.
Pris sous l’angle parlementaire, le résultat était spectaculaire, puisque les trois partis de la coalition contrôlaient 68,35 % des sièges, très loin devant la majorité absolue fixée à 198 députés, mais cette puissance institutionnelle reposait en réalité sur seulement 27,29 % de l’ensemble des électeurs inscrits.
Ce chiffre ne signifie évidemment pas que les 72,71 % restants étaient opposés au gouvernement, puisqu’une partie d’entre eux s’était abstenue et qu’une autre avait voté pour d’autres formations, mais il montre la différence essentielle entre disposer d’une majorité parlementaire confortable et bénéficier d’un enracinement électoral réellement majoritaire dans la société.
Cette faiblesse relative de l’assise électorale explique aussi pourquoi les candidats locaux, les présidents de communes, les élus disposant de réseaux solides et les personnalités capables de mobiliser quelques milliers de voix, prennent une importance considérable dans le système marocain, où les élections ne se jouent pas uniquement sur une grande tendance nationale mais également dans une multitude de circonscriptions aux équilibres très différents.
C’est précisément ce qui rend la rivalité entre le RNI et le PAM beaucoup plus sérieuse qu’une simple querelle entre partenaires gouvernementaux, car seulement 15 sièges séparaient les deux formations en 2021, avec 102 députés pour le RNI contre 87 pour le PAM, alors même que l’écart en voix atteignait 698.914 suffrages.
Autrement dit, près de 700.000 voix d’avance n’avaient produit qu’un écart de 15 sièges, ce qui montre à quel point la répartition territoriale des suffrages, la qualité des candidatures et l’implantation locale peuvent être déterminantes dans le classement final.
À titre indicatif, les 2,09 millions de voix du RNI représentaient environ 20.579 voix par siège obtenu, contre 16.093 pour le PAM et 15.783 pour l’Istiqlal, ce qui veut dire que les 2 derniers partis ont plus de députés pour moins de votants que le RNI, même si ces chiffres ne constituent évidemment pas un seuil électoral, puisque les députés sont élus dans des circonscriptions différentes et selon des rapports de force locaux.
De la même manière, dire qu’il faut 22.243 voix pour élire un député parce que l’on divise les 8.786.080 votants par les 395 sièges n’a qu’une valeur statistique, car un siège remporté à Midelt, Casablanca, Settat ou Dakhla ne répond pas aux mêmes équilibres électoraux.
C’est ici, que la fameuse « transhumance politique » prend tout son sens, car lorsqu’un élu bien implanté passe d’un parti à l’autre, il ne transporte certes pas automatiquement tous ses électeurs avec lui, mais il peut modifier le rapport de force dans une circonscription et, dans certains cas, faire perdre un siège à son ancien parti tout en permettant à son nouveau parti, d’en gagner un…
Le calcul est simple : si huit sièges détenus par le RNI en 2021 basculaient directement vers le PAM, le rapport passerait théoriquement de 102 contre 87 à 94 contre 95, ce qui suffirait à inverser le classement entre les deux formations sans provoquer aucun bouleversement électoral national.
C’est cette possibilité qui serait induite par la transhumance politique, qui explique la nervosité actuelle, car le véritable enjeu n’est pas seulement de gagner quelques députés supplémentaires ou de négocier davantage de portefeuilles ministériels, mais d’arriver en tête des élections et de bénéficier ainsi de l’avantage constitutionnel lié à la formation du prochain gouvernement.
Le RNI et le PAM peuvent donc rester partenaires aujourd’hui, tout en devenant des adversaires féroces demain, puisque chacun sait que l’autre représente la menace la plus directe pour sa première place, davantage encore que les partis actuellement dans l’opposition.
Il existe pourtant un autre enseignement dans les chiffres de 2021, peut-être plus important encore : les trois principaux partis gouvernementaux se disputent aujourd’hui des élus, des candidats et des réseaux déjà intégrés au système politique, au lieu de considérer les quelque 72,7 % d’inscrits qui n’avaient voté pour aucun d’eux, comme le gigantesque territoire politique à conquérir…
Le parti qui réussirait à convaincre quelques centaines de milliers de ces électeurs, en particulier parmi les abstentionnistes et les citoyens désabusés, pourrait obtenir un avantage autrement plus solide que celui procuré par quelques ralliements de dernière minute.
Voilà finalement ce que racontent les chiffres de 2021 : une coalition disposant de 270 députés mais soutenue par seulement 27,29 % des inscrits, un RNI représentant 11,99 % du corps électoral total, un PAM autour de 8 %, et seulement quinze sièges séparant les deux premiers partis.
La bataille actuelle n’est donc pas seulement une crise de coalition, elle est avant tout une bataille de classement, car derrière les querelles d’hommes et les changements de camp se trouve une question beaucoup plus simple : qui arrivera premier et sera en position de conduire le prochain gouvernement ?