N’en déplaise aux nihilistes professionnels, à ceux qui ne voient dans chaque indicateur positif qu’une manipulation, et à certains journalistes-youtubeurs qui ont fait du déclin national leur fonds de commerce, le Maroc progresse bel et bien dans le Classement mondial 2026 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières.
Le Royaume gagne 15 places en un an, passant de la 120e position en 2025 à la 105e en 2026, sur 180 pays et territoires évalués. Son score s’améliore également, passant de 48,04 à 50,55. En 2024, il était encore plus bas, à la 129e place, avec un score de 45,97. La trajectoire est donc nette : le Maroc remonte. Ce constat mérite d’être dit, sans triomphalisme, mais aussi sans cette grimace automatique qui consiste à nier toute amélioration dès qu’elle concerne le pays.
Mais le vrai sujet est ailleurs : cette progression marocaine intervient dans un contexte mondial franchement préoccupant. Selon RSF, la liberté de la presse atteint en 2026 son plus bas niveau depuis 25 ans. Pour la première fois dans l’histoire de ce classement, plus de la moitié des pays évalués se retrouvent en situation “difficile” ou “très grave”. Autrement dit, le Maroc remonte dans un monde où le thermomètre général vire au rouge.
Cette précision est essentielle. Car un classement n’est jamais une médaille accrochée au veston d’un État. C’est un indicateur, imparfait mais utile, qui mesure des tendances. Or la tendance mondiale est lourde : criminalisation du journalisme, pressions politiques, fragilisation économique des médias, harcèlement judiciaire, restrictions légales, menaces physiques, dépendance aux plateformes numériques. RSF souligne que l’indicateur légal est celui qui recule le plus cette année : il s’est détérioré dans 110 pays sur 180 entre 2025 et 2026.
Dans ce paysage, la progression du Maroc doit être lue avec sérieux. RSF note notamment une amélioration dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord pour le Royaume, tout en rappelant que les professionnels de l’information restent exposés à des pressions légales et financières. L’organisation souligne également qu’aucune nouvelle condamnation à la prison n’a été prononcée contre des journalistes dans la période observée, ce qui contribue à améliorer l’indicateur sécuritaire.
Faut-il pour autant conclure que tout va bien ? Évidemment non. Ce serait tomber dans l’excès inverse. La presse marocaine reste confrontée à plusieurs fragilités structurelles : dépendance économique, difficulté d’accès à l’information, autocensure, faiblesse du modèle économique des médias indépendants, confusion persistante entre critique journalistique, diffamation, opinion et attaque personnelle. Le score marocain de 50,55 reste moyen. Il signale une amélioration, pas une consécration.
Mais il faut sortir d’un piège très marocain : soit applaudir sans nuance, soit condamner sans lire. Or l’honnêteté journalistique oblige à tenir les deux bouts. Oui, le Maroc progresse. Oui, cette progression est mesurable. Oui, elle intervient alors que plusieurs pays reculent. Mais oui aussi, la liberté de la presse ne se résume pas à un rang dans un tableau. Elle se juge dans la vie quotidienne des rédactions : peut-on enquêter ? Peut-on critiquer sans peur disproportionnée ? Peut-on accéder aux données publiques ? Peut-on survivre économiquement sans dépendre d’un seul annonceur, d’un réseau politique ou d’un sponsor invisible ?
La remontée du Maroc doit donc être accueillie comme un signal positif, non comme une excuse pour dormir. Elle montre qu’une amélioration est possible. Elle invite à aller plus loin : consolider le cadre légal, protéger davantage les journalistes, clarifier les frontières entre presse et justice pénale, renforcer l’accès à l’information, soutenir un pluralisme économique réel.
Le classement RSF 2026 raconte finalement deux histoires à la fois. La première est mondiale : la liberté de la presse recule dangereusement. La seconde est marocaine : le Royaume gagne du terrain, mais reste attendu sur les fondamentaux.
Entre l’autosatisfaction officielle et le catastrophisme rentable, il existe une voie plus utile : regarder les chiffres, les discuter, les critiquer, puis s’en servir pour faire avancer le métier. C’est peut-être cela, au fond, défendre vraiment la liberté de la presse.
Le Royaume gagne 15 places en un an, passant de la 120e position en 2025 à la 105e en 2026, sur 180 pays et territoires évalués. Son score s’améliore également, passant de 48,04 à 50,55. En 2024, il était encore plus bas, à la 129e place, avec un score de 45,97. La trajectoire est donc nette : le Maroc remonte. Ce constat mérite d’être dit, sans triomphalisme, mais aussi sans cette grimace automatique qui consiste à nier toute amélioration dès qu’elle concerne le pays.
Mais le vrai sujet est ailleurs : cette progression marocaine intervient dans un contexte mondial franchement préoccupant. Selon RSF, la liberté de la presse atteint en 2026 son plus bas niveau depuis 25 ans. Pour la première fois dans l’histoire de ce classement, plus de la moitié des pays évalués se retrouvent en situation “difficile” ou “très grave”. Autrement dit, le Maroc remonte dans un monde où le thermomètre général vire au rouge.
Cette précision est essentielle. Car un classement n’est jamais une médaille accrochée au veston d’un État. C’est un indicateur, imparfait mais utile, qui mesure des tendances. Or la tendance mondiale est lourde : criminalisation du journalisme, pressions politiques, fragilisation économique des médias, harcèlement judiciaire, restrictions légales, menaces physiques, dépendance aux plateformes numériques. RSF souligne que l’indicateur légal est celui qui recule le plus cette année : il s’est détérioré dans 110 pays sur 180 entre 2025 et 2026.
Dans ce paysage, la progression du Maroc doit être lue avec sérieux. RSF note notamment une amélioration dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord pour le Royaume, tout en rappelant que les professionnels de l’information restent exposés à des pressions légales et financières. L’organisation souligne également qu’aucune nouvelle condamnation à la prison n’a été prononcée contre des journalistes dans la période observée, ce qui contribue à améliorer l’indicateur sécuritaire.
Faut-il pour autant conclure que tout va bien ? Évidemment non. Ce serait tomber dans l’excès inverse. La presse marocaine reste confrontée à plusieurs fragilités structurelles : dépendance économique, difficulté d’accès à l’information, autocensure, faiblesse du modèle économique des médias indépendants, confusion persistante entre critique journalistique, diffamation, opinion et attaque personnelle. Le score marocain de 50,55 reste moyen. Il signale une amélioration, pas une consécration.
Mais il faut sortir d’un piège très marocain : soit applaudir sans nuance, soit condamner sans lire. Or l’honnêteté journalistique oblige à tenir les deux bouts. Oui, le Maroc progresse. Oui, cette progression est mesurable. Oui, elle intervient alors que plusieurs pays reculent. Mais oui aussi, la liberté de la presse ne se résume pas à un rang dans un tableau. Elle se juge dans la vie quotidienne des rédactions : peut-on enquêter ? Peut-on critiquer sans peur disproportionnée ? Peut-on accéder aux données publiques ? Peut-on survivre économiquement sans dépendre d’un seul annonceur, d’un réseau politique ou d’un sponsor invisible ?
La remontée du Maroc doit donc être accueillie comme un signal positif, non comme une excuse pour dormir. Elle montre qu’une amélioration est possible. Elle invite à aller plus loin : consolider le cadre légal, protéger davantage les journalistes, clarifier les frontières entre presse et justice pénale, renforcer l’accès à l’information, soutenir un pluralisme économique réel.
Le classement RSF 2026 raconte finalement deux histoires à la fois. La première est mondiale : la liberté de la presse recule dangereusement. La seconde est marocaine : le Royaume gagne du terrain, mais reste attendu sur les fondamentaux.
Entre l’autosatisfaction officielle et le catastrophisme rentable, il existe une voie plus utile : regarder les chiffres, les discuter, les critiquer, puis s’en servir pour faire avancer le métier. C’est peut-être cela, au fond, défendre vraiment la liberté de la presse.