L'ODJ Média

​Démocratie, quelle démocratie mister president ?


Rédigé par La Rédaction le Samedi 23 Mai 2026

La démocratie américaine aime se présenter comme un phare. Mais parfois, le phare éclaire surtout ses propres fissures. Selon plusieurs médias américains et internationaux, Donald Trump, ses fils Donald Jr. et Eric Trump, ainsi que la Trump Organization, auraient bénéficié d’une immunité durable face à des audits fiscaux en cours, dans le cadre d’un accord lié à une plainte de 10 milliards de dollars contre l’IRS après la fuite de documents fiscaux. L’affaire est décrite comme « sans précédent » par plusieurs experts.



​Démocratie, quelle démocratie mister president ?
La question n’est donc plus seulement juridique. Elle devient politique, morale, presque existentielle : que vaut une démocratie lorsque celui qui exerce le pouvoir peut obtenir, pour lui-même et sa famille, un traitement que le citoyen ordinaire n’obtiendrait jamais ?

Dans une démocratie saine, l’impôt n’est pas seulement une affaire comptable. Il est le symbole brutal mais nécessaire de l’égalité devant la loi. Le pauvre, le salarié, l’entrepreneur, le milliardaire et le président doivent théoriquement répondre aux mêmes règles. C’est précisément ce principe qui vacille ici. Car si l’État renonce à examiner les comptes du plus puissant, que reste-t-il de l’autorité morale de l’administration fiscale ?

Les défenseurs de Trump répondront que l’ancien président a été victime d’un acharnement politique, d’une instrumentalisation de la justice et d’une fuite illégale de données privées. L’argument mérite d’être entendu. Une démocratie ne peut pas non plus tolérer qu’une administration utilise ses pouvoirs pour régler des comptes. Mais corriger un abus réel ou supposé par une immunité exceptionnelle, c’est remplacer un problème par un autre, peut-être plus grave encore.

Le plus inquiétant n’est pas seulement Trump. Le plus inquiétant, c’est le précédent. Si un président peut négocier une forme de bouclier fiscal pour lui-même et ses proches, pourquoi un autre pouvoir ne ferait-il pas demain la même chose ? Pourquoi un ministre, un grand donateur, un allié politique ou un empire économique ne réclamerait-il pas, lui aussi, son exception personnalisée ?

La démocratie ne meurt pas toujours dans le bruit des chars. Elle s’use dans les arrangements, les clauses techniques, les compromis opaques, les décisions administratives présentées comme de simples règlements de litiges. Elle se vide lorsque la règle commune devient négociable pour les puissants et obligatoire pour les autres.

L’Amérique, qui donne si souvent des leçons de transparence au monde entier, se retrouve face à son propre miroir. Après l’arrêt de la Cour suprême de 2024 sur l’immunité présidentielle pour certains actes officiels, ce nouvel épisode nourrit une impression dangereuse : celle d’une présidence qui glisse peu à peu vers une zone d’exception permanente.  

Démocratie, quelle démocratie ? Celle des urnes seulement ? Celle des discours ? Celle des institutions qui fonctionnent quand elles visent les faibles mais deviennent prudentes face aux puissants ?

Une démocratie ne se juge pas seulement à sa capacité d’organiser des élections. Elle se juge à sa capacité de dire non à ceux qui peuvent tout obtenir. Si la loi devient un costume sur mesure pour les gouvernants, alors le peuple ne vit plus dans une République : il assiste à une monarchie électorale, décorée de bulletins de vote.




Samedi 23 Mai 2026