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​Dépôts bancaires : une épargne marocaine abondante, mais à mobiliser


Rédigé par La rédaction le Jeudi 12 Février 2026



​Dépôts bancaires : une épargne marocaine abondante, mais à mobiliser
Bank Al-Maghrib vient de livrer une photographie parlante de la liquidité nationale à fin décembre 2025. Les dépôts bancaires atteignent 1 367,7 milliards de dirhams, en progression annuelle de 7,5 %. Un chiffre massif, qui confirme la robustesse de l’épargne au Maroc et la solidité du système bancaire. Reste une question centrale pour 2026 et au-delà : comment transformer ce stock d’épargne en moteur d’investissement et de croissance réelle ?

La ventilation des dépôts éclaire les dynamiques à l’œuvre. Les ménages demeurent le pilier du financement bancaire avec 978,7 MMDH, en hausse de 5,9 % sur un an. Dans ce total, 222,8 MMDH proviennent des Marocains résidant à l’étranger (MRE), rappelant le rôle structurel des transferts dans l’équilibre financier du pays. Cette épargne, souvent prudente et majoritairement placée sur des supports peu risqués, traduit à la fois une confiance dans les banques et une préférence pour la liquidité.

Côté entreprises non financières privées, l’encours des dépôts progresse d’environ 10 %, pour atteindre près de 260,5 MMDH. Cette accélération est notable : elle suggère une amélioration des trésoreries, mais aussi, possiblement, une forme d’attentisme. Dans un contexte international encore incertain et face à des arbitrages d’investissement complexes, une partie des entreprises semble privilégier la conservation du cash plutôt que l’engagement immédiat dans des projets de long terme.

Ces chiffres confirment un paradoxe bien connu des économies émergentes en phase de transition : l’épargne est là, abondante, mais son canalement vers l’investissement productif reste partiel. Le système bancaire est liquide, mais la transformation de cette liquidité en crédits d’investissement demeure un défi structurel, lié au risque, à la rentabilité attendue et à la profondeur des marchés.

La décision de Bank Al-Maghrib de fixer le taux minimum de rémunération des comptes sur carnet à 1,61 % pour le premier semestre 2026 — en baisse de 30 points de base — s’inscrit clairement dans cette logique. En réduisant l’attractivité relative de l’épargne réglementée, la banque centrale envoie un signal : l’argent immobilisé doit circuler davantage. L’objectif est double : soutenir le crédit à l’économie et orienter les flux vers des usages plus productifs.

Le calendrier national donne à cette orientation une portée stratégique. À l’horizon 2030, le Maroc est engagé dans une série de grands chantiers structurants : infrastructures de transport, équipements sportifs, aménagements urbains, hôtellerie, énergie, logistique. La Coupe du Monde 2030 agit comme un accélérateur, mais l’enjeu dépasse l’événementiel : il s’agit de renforcer durablement la base productive et la compétitivité du pays.

Pour que l’épargne bancaire joue pleinement son rôle, plusieurs leviers doivent toutefois être activés. D’abord, le renforcement des mécanismes de partage du risque, afin d’encourager les banques à financer davantage les PME et les projets innovants. Ensuite, le développement de véhicules d’investissement attractifs — fonds d’infrastructures, obligations thématiques, partenariats public-privé — capables d’absorber une partie de cette liquidité excédentaire. Enfin, la confiance reste déterminante : stabilité macroéconomique, visibilité réglementaire et qualité de la gouvernance conditionnent la décision d’investir.

Au fond, les chiffres publiés par Bank Al-Maghrib racontent une économie qui dispose des moyens financiers de ses ambitions. L’épargne est solide, la liquidité abondante. Le défi de 2026 n’est donc pas tant d’accumuler davantage, mais de transformer intelligemment ce capital dormant en croissance, en emplois et en valeur ajoutée durable. Une équation délicate, mais décisive pour la trajectoire du Maroc à l’approche de 2030.




Jeudi 12 Février 2026