L'ODJ Média

​Enrichissement illicite : l’origine des richesses en question ?


Rédigé par La rédaction le Mardi 16 Décembre 2025



L’enrichissement illicite désigne l’accumulation de biens ou d’argent par une personne publique (ou privée), dans des conditions qu’elle ne parvient pas à justifier légalement.

Image IA
Image IA
Au Maroc, ce phénomène touche principalement les fonctionnaires et les responsables politiques qui profitent de leur pouvoir pour s’enrichir illégalement, souvent à travers des contrats publics, des marchés de gré à gré ou encore des concessions avantageuses. Ce phénomène est un fléau qui fragilise l’intégrité de l’État et mine la confiance des citoyens envers leurs institutions.

Malgré l’existence de textes législatifs relatifs à l’enrichissement illicite, tels que la loi sur la déclaration de patrimoine et les réformes qui ont eu lieu en 2016, plusieurs experts s’accordent à dire que la législation marocaine sur ce sujet reste insuffisante. En effet, si la loi 31-13 sur la transparence et la lutte contre la corruption impose aux responsables publics de déclarer leur patrimoine, ces déclarations restent insuffisamment contrôlées et vérifiées.

Le Maroc a certes posé des bases légales pour lutter contre l'enrichissement illicite, mais ces dispositifs manquent de moyens de vérification. Selon des sources juridiques, le contrôle des déclarations de patrimoine n'est pas assez rigoureux, et les sanctions appliquées en cas de fausse déclaration sont peu dissuasives. Cela crée une zone grise dans laquelle il est possible pour certains individus d’amasser des richesses de manière déloyale sans craindre des conséquences légales.

Problèmes principaux :

Manque de clarté sur la définition de l'enrichissement illicite : Les critères permettant d’établir l’origine des richesses ne sont pas suffisamment définis, et des zones d’ombre persistent.
Contrôle insuffisant des déclarations de patrimoine : La vérification des déclarations reste insuffisante, ce qui permet à des individus d’échapper à des poursuites.
Sanctions peu dissuasives : Les peines liées à l’enrichissement illicite restent en-deçà des normes internationales, ce qui ne décourage pas les mauvaises pratiques.
Conflits d’intérêts : Quand les décideurs servent leurs intérêts privés

Le conflit d’intérêts survient lorsque des individus en position de pouvoir, notamment dans le secteur public, prennent des décisions qui profitent à leurs intérêts personnels, plutôt qu'à l’intérêt général. Au Maroc, cette problématique est souvent rencontrée dans les marchés publics, les attributions de contrats, et dans la gestion des ressources publiques.

L’un des exemples les plus frappants de conflits d’intérêts concerne les attributions de marchés publics. De nombreuses affaires ont révélé que des responsables publics avaient attribué des contrats ou des projets à des entreprises ou des individus avec lesquels ils entretenaient des relations personnelles ou commerciales. Ces pratiques favorisent les entreprises proches du pouvoir au détriment d'une concurrence saine et transparente.

Malgré l’existence de certaines lois qui interdisent explicitement ces conflits, comme l’interdiction de participer à des appels d’offres publics pour ceux qui ont des intérêts personnels dans les entreprises soumissionnaires, la législation marocaines est encore trop floue et incomplète. Les textes actuels ne permettent pas de sanctionner efficacement ces pratiques, et surtout, ils ne créent pas de mécanismes de prévention suffisamment puissants pour prévenir ces conflits.

Les conflits d’intérêts ne sont pas seulement limités à l’attribution de contrats. Ils se manifestent également dans les relations politiques où des responsables publics acceptent des cadeaux ou des services de personnes cherchant à obtenir des avantages ou des informations privilégiées. Ces pratiques compromettent gravement l’équité du système institutionnel et accroissent les risques de corruption.

Les failles identifiées :

Absence de mécanismes de prévention : Les règles de déontologie restent insuffisantes et manquent de clarté dans la gestion des conflits d’intérêts dans les secteurs publics et privés.
Mécanismes de contrôle et de sanction trop faibles : Les dispositions légales existantes, même si elles mentionnent les conflits d’intérêts, manquent de mécanismes concrets permettant de les détecter et de les sanctionner.
Lacunes en matière de régulation des lobbies : Les lobbies, qui influencent souvent les décisions publiques, sont encore faiblement régulés au Maroc, ce qui accentue les conflits d’intérêts.

Propositions législatives pour renforcer la lutte contre la corruption

1. Clarification de la notion d’enrichissement illicite et mise en place d'un contrôle rigoureux

Pour remédier à la prolifération de l'enrichissement illicite, il est essentiel que le Maroc révise la législation existante pour la rendre plus précise et contraignante. L’un des axes majeurs réside dans la création de mécanismes de contrôle indépendants, chargés de vérifier les déclarations de patrimoine, et de sanctionner toute tentative d’enrichissement non justifié. Les peines de prison et les amendes doivent également être renforcées.

2. Création d'une autorité indépendante pour prévenir et sanctionner les conflits d’intérêts

Il est crucial de mettre en place une autorité indépendante qui pourrait surveiller de manière continue les conflits d’intérêts dans l’administration publique et dans les entreprises. Cette autorité aurait pour mission de détecter les situations de conflit d’intérêts, d’appliquer des sanctions en cas de violations, et de mettre en place des programmes de formation pour sensibiliser les acteurs publics et privés aux risques associés aux conflits d’intérêts.

3. Mise en place de mécanismes transparents pour la gestion des marchés publics

Afin de lutter contre les conflits d’intérêts, une réforme en profondeur des marchés publics est nécessaire. Le Maroc pourrait envisager de créer des organes de surveillance indépendants qui veilleraient à garantir une attribution transparente et équitable des contrats publics, en excluant toute forme de favoritisme ou de népotisme.

4. Amélioration de la transparence dans le financement politique

Les réformes législatives devraient également inclure la régulation du financement politique. Une loi stricte doit encadrer les financements de partis politiques, les dons privés, et les dépenses de campagne pour éviter les influences extérieures et les abus de pouvoir. La transparence financière des partis politiques est indispensable pour éviter les conflits d’intérêts qui pourraient découler d’un financement opaque.

5. Promouvoir une culture de la probité dès le plus jeune âge

Enfin, l’un des leviers essentiels pour combattre l’enrichissement illicite et les conflits d’intérêts réside dans l’éducation. Le Maroc doit impérativement intégrer une culture de la probité et de l’éthique dans ses programmes éducatifs, en sensibilisant les jeunes générations aux valeurs de transparence et de responsabilité.

​Un combat de long terme mais nécessaire

Le Maroc se trouve à un carrefour décisif dans la lutte contre l’enrichissement illicite et les conflits d’intérêts. Si les avancées législatives sont notables, elles sont encore loin d’être suffisantes pour garantir une gouvernance transparente et responsable. Un renforcement du cadre législatif, accompagné d’une mise en œuvre rigoureuse et de sanctions dissuasives, est indispensable. Les réformes proposées ici visent non seulement à traiter les symptômes mais aussi à prévenir les dérives liées à ces phénomènes. La construction d’un Maroc plus transparent et plus juste passe par l’adoption d’une culture de probité à tous les niveaux de la société, des institutions publiques jusqu’au secteur privé.




Mardi 16 Décembre 2025