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​Entre sunnisme et chiisme : l’islam oublié qui gouverne Oman


Rédigé par La rédaction le Samedi 30 Mai 2026



Dans l’imaginaire médiatique marocain, l’islam est souvent résumé à une opposition binaire : sunnites contre chiites.

​Entre sunnisme et chiisme : l’islam oublié qui gouverne Oman
Cette grille de lecture, pratique mais réductrice, domine les analyses sur le Moyen-Orient. Pourtant, au sud-est de la péninsule Arabique, un pays rappelle qu’une autre tradition musulmane existe depuis les premiers siècles de l’islam : l’ibadisme. Oman en est aujourd’hui le principal héritier politique et religieux.

L’ibadisme n’est ni sunnite ni chiite. Il constitue un courant ancien, né dans le contexte des premières divisions de l’islam. On le présente comme une branche distincte, proche du sunnisme dans plusieurs pratiques, mais différente par sa conception du pouvoir religieux et politique, notamment l’idée d’un imam choisi pour sa piété et ses qualités plutôt que par héritage dynastique.

Cette tradition a profondément marqué Oman. Le Sultanat reste le pays où l’ibadisme est le plus fortement enraciné. Le ministère omanais des Affaires étrangères souligne que la majorité des Omanais relèvent de l’école ibadite, tout en rappelant la présence de communautés sunnites et chiites dans le pays.

Mais l’intérêt de l’ibadisme ne se limite pas à la théologie. Il éclaire aussi une culture politique. Oman a longtemps cultivé une image de modération, de discrétion diplomatique et de coexistence religieuse. Sous le Sultan Qaboos, puis sous son successeur Haitham ben Tariq, le pays a construit une diplomatie de médiation, évitant les alignements brutaux dans les grandes fractures régionales.

Cette singularité ne signifie pas absence de tensions. L’attaque contre une mosquée chiite à Mascate en juillet 2024, revendiquée par l’État islamique, a rappelé que même Oman n’est pas totalement à l’abri des violences sectaires régionales. Mais l’événement a aussi montré combien ce type d’attaque reste exceptionnel dans un pays généralement perçu comme stable et peu exposé aux affrontements confessionnels.

Pour les marocains, le sujet est particulièrement intéressant. Le Maroc s’appuie sur le malikisme, l’acharisme et le soufisme comme piliers de son modèle religieux. Oman, lui, offre un autre exemple : celui d’un État qui a puisé dans une tradition minoritaire à l’échelle du monde musulman pour construire une identité nationale cohérente, relativement apaisée et diplomatiquement utile.

L’ibadisme invite donc à sortir des clichés. Il rappelle que l’histoire musulmane ne se réduit pas à deux blocs antagonistes. Entre sunnisme et chiisme, il existe des traditions plus discrètes, parfois moins visibles, mais capables de produire des modèles sociaux et politiques durables.

Oman n’est pas un paradis politique. C’est une monarchie, avec ses limites, ses silences et ses équilibres internes. Mais son expérience mérite d’être observée : dans une région souvent travaillée par les rivalités religieuses, géopolitiques et énergétiques, le Sultanat a fait de la retenue une méthode, et de la coexistence une stratégie.

L’islam oublié qui gouverne Oman n’est donc pas seulement un sujet religieux. C’est aussi une fenêtre sur une autre manière de penser le pouvoir, la stabilité et la diversité dans le monde musulman.




Samedi 30 Mai 2026