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​Fathallah Sijilmassi au G20 : un Marocain chargé d’aider l’Afrique à transformer sa chaise en voix


Rédigé par La Rédaction le Dimanche 20 Septembre 2026

L’Union africaine dispose désormais d’un siège permanent au G20. Mais être autour de la table ne suffit pas : encore faut-il être capable d’y défendre des priorités communes et de peser sur les décisions. La nomination du diplomate marocain Fathallah Sijilmassi comme envoyé spécial de l’Union africaine pour le G20 et les affaires mondiales intervient précisément à ce moment charnière : celui où l’Afrique doit transformer sa représentation institutionnelle en véritable capacité d’influence internationale.



L’Afrique a obtenu une chaise. Reste maintenant à construire la voix qui doit l’accompagner.

​Fathallah Sijilmassi au G20 : un Marocain chargé d’aider l’Afrique à transformer sa chaise en voix
Depuis septembre 2023, l’Union africaine est membre permanent du G20, aux côtés de l’Union européenne. Cette évolution a corrigé une anomalie de longue date : un continent occupant une place croissante dans les enjeux démographiques, climatiques, énergétiques et économiques mondiaux demeurait insuffisamment représenté dans l’un des principaux forums de coordination internationale.

Trois ans plus tard, une deuxième étape commence.

Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a nommé le Marocain Fathallah Sijilmassi envoyé spécial pour le G20 et les affaires mondiales. Dans le dispositif consacré au G20, il doit travailler dans le cadre de la gouvernance mise en place par l’organisation continentale et contribuer notamment à la préparation de positions africaines coordonnées.

TOUT UN CONTINENT, MAIS UNE SEULE CHAISE

C’est probablement là que réside le véritable défi.

L’Afrique rassemble des économies, des niveaux de développement, des contraintes budgétaires et des priorités nationales extrêmement différents. Les intérêts d’une économie exportatrice de pétrole ne sont pas toujours ceux d’un pays importateur d’énergie. Les priorités d’une puissance industrielle peuvent différer de celles d’une économie essentiellement agricole.

Or le G20 n’est pas seulement une enceinte de représentation.

Pour y peser, il faut arriver avec des positions suffisamment partagées pour être défendues, suffisamment précises pour être négociées et suffisamment réalistes pour construire des alliances.

La mission confiée à Sijilmassi consiste notamment à consulter les membres de l’Union africaine, les partenaires internationaux et les différentes parties prenantes afin de contribuer à cette coordination. Les dossiers concernés touchent directement à l’avenir du continent : architecture financière internationale, financement du développement, commerce, climat, technologie et nouveaux enjeux mondiaux.

UN DIPLOMATE MAROCAIN À L’INTERSECTION DE PLUSIEURS ESPACES

Le choix de Fathallah Sijilmassi n’est pas anodin.

Son parcours l’a conduit à évoluer entre diplomatie, économie et institutions multilatérales. Il a notamment été ambassadeur du Maroc auprès de l’Union européenne puis en France, directeur de l’Agence marocaine de développement des investissements, secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée et directeur général de la Commission de l’Union africaine.

Une trajectoire qui l’a placé successivement au contact du Maroc, de l’Europe, de la Méditerranée et des institutions africaines.

Mais la distinction doit être clairement établie : Sijilmassi est marocain, mais la mission qui lui est confiée est africaine.

Il ne s’agira pas de porter au G20 une position nationale marocaine, mais de contribuer à faire émerger et défendre des intérêts continentaux suffisamment convergents pour devenir audibles dans les négociations internationales.

L’AFRIQUE NE VEUT PLUS SEULEMENT ÊTRE LE SUJET DES DISCUSSIONS

Dette, accès au financement, réforme des institutions financières internationales, sécurité alimentaire, transition énergétique, climat, infrastructures numériques, intelligence artificielle : sur presque tous les grands dossiers du G20, l’Afrique est directement concernée.

Mais être concerné ne signifie pas nécessairement influencer.

Pendant longtemps, une partie des grandes décisions économiques internationales concernant le continent a été discutée dans des enceintes où sa représentation demeurait limitée.

L’entrée permanente de l’Union africaine au G20 a changé cette architecture. La prochaine étape est plus difficile : passer de la représentation à la proposition, puis de la proposition à la négociation.

UNE OPPORTUNITÉ ÉGALEMENT SYMBOLIQUE POUR LE MAROC

Pour Rabat, voir un diplomate marocain se voir confier une telle mission constitue naturellement un signal significatif.

Mais son intérêt dépasse le symbole national.

Le Maroc défend depuis plusieurs années le renforcement de la coopération africaine, des investissements Sud-Sud et d’une plus grande présence du continent dans les mécanismes de gouvernance internationale. La nomination de Sijilmassi s’inscrit dans cet environnement, tout en relevant institutionnellement de l’Union africaine.

Elle rappelle surtout qu’une partie de la diplomatie africaine de demain se jouera moins dans les déclarations que dans la capacité à maîtriser des dossiers extraordinairement techniques : dette, fiscalité internationale, chaînes de valeur, financement climatique, infrastructures numériques ou régulation de l’IA.

APRÈS LA CHAISE, CONSTRUIRE L’INFLUENCE

Le véritable test commencera donc maintenant.

L’Afrique dispose de ressources stratégiques, d’un poids démographique croissant, d’un marché continental en construction et d’un potentiel énergétique considérable. Mais ces atouts ne se transforment pas automatiquement en pouvoir de négociation.

Il faut des positions communes.
Des propositions.
Des expertises.
Des coalitions.

Et une continuité diplomatique suffisante pour défendre les mêmes priorités de réunion en réunion. C’est peut-être ainsi qu’il faut lire la mission confiée à Fathallah Sijilmassi.

L’Afrique a obtenu sa chaise au G20. Elle doit maintenant construire sa voix. Et lorsque cette voix sera suffisamment cohérente pour être entendue, le véritable enjeu sera encore plus ambitieux : la transformer en influence.




Dimanche 20 Septembre 2026