Tout commence dans les dernières minutes du temps additionnel. L’arbitre, après recours à l’assistance vidéo (VAR), accorde un penalty en faveur du Maroc. Une décision lourde, décisive, mais conforme aux règles du jeu telles qu’elles sont aujourd’hui définies par l’IFAB. À ce moment précis, le football entre dans sa zone de vérité : accepter la décision arbitrale, même contestée, ou rompre avec l’ordre du jeu.
Le choix opéré par le camp sénégalais est radical. Les joueurs quittent majoritairement la pelouse, sous l’impulsion manifeste du staff technique. Le jeu s’arrête. Longtemps. Environ seize minutes durant lesquelles le match n’existe plus vraiment. Le public s’interroge, les officiels temporisent, l’arbitre attend. Le football est suspendu, mais la compétition, elle, est en danger.
Ce refus de reprendre le jeu n’est pas un simple geste d’humeur. Il constitue une remise en cause directe de l’autorité arbitrale, pilier central de toute compétition sportive. Car dans le droit du football, la décision de l’arbitre, juste ou non, s’impose immédiatement. Elle peut être discutée après coup, jamais neutralisée sur le moment par la désobéissance.
La situation se complique encore lorsque des personnes non autorisées pénètrent sur la pelouse pour tenter de convaincre les joueurs de revenir. Une scène confuse, révélatrice d’un affaiblissement temporaire de la chaîne de commandement sportive. Dans le même temps, une partie des supporters sénégalais se livre à des actes de violence : tentatives d’intrusion, affrontements avec les forces de sécurité, dégradations matérielles, agressions visant des membres de l’organisation et des journalistes. Le stade, lieu de jeu, devient un espace de tension.
Finalement, le match reprend. Le penalty est tiré. La rencontre va à son terme. Sur le plan sportif, l’histoire semble close. Sur le plan juridique, elle ne fait que commencer.
Car le droit disciplinaire du football ne s’arrête pas au coup de sifflet final. Il examine les comportements, les intentions, les ruptures de règles, même lorsque l’arbitre n’a pas formellement enclenché toutes les procédures prévues. Et c’est là que se joue l’essentiel.
La question centrale n’est pas de savoir si le Sénégal a officiellement abandonné le match. Juridiquement, la réponse est non : l’arbitre n’a pas déclaré de retrait formel, et l’équipe est revenue sur le terrain. Mais le droit ne se limite pas aux apparences. Il s’intéresse aux faits matériels. Or, le refus prolongé de jouer, sans autorisation, constitue en soi une infraction disciplinaire grave.
Quitter le terrain, même temporairement, en réaction à une décision arbitrale obligatoire, viole plusieurs principes fondamentaux : la continuité du jeu, la loyauté de la compétition et le respect de l’autorité arbitrale. Lorsque ce comportement est collectif et encouragé par le staff technique, il cesse d’être un simple incident pour devenir un acte structuré de contestation.
À cela s’ajoute la responsabilité dite « objective » des fédérations. Dans le football international, une sélection nationale n’est jamais jugée isolément. Sa fédération porte juridiquement les actes de ses joueurs, de son encadrement et de ses supporters. Les violences en tribunes, les dégradations, les tentatives de pression sur l’arbitre ou l’organisation ne sont pas des faits périphériques. Elles aggravent le dossier disciplinaire.
Le droit prévoit alors un éventail de sanctions : amendes financières lourdes, sanctions individuelles contre l’entraîneur ou certains joueurs, mesures sportives allant jusqu’au huis clos, voire des sanctions plus structurelles en cas de récidive. Dans les compétitions majeures, la notion de « gravité » est appréciée de manière renforcée. Une finale continentale n’est jamais un match ordinaire.
Un autre élément clé réside dans le rôle de l’arbitre et du délégué de match. Si l’arbitre est l’autorité suprême sur le terrain, son absence de déclenchement d’une procédure formelle n’efface pas les faits. Les instances disciplinaires disposent d’un pouvoir autonome d’appréciation, fondé sur les rapports officiels, les images, les témoignages et l’ensemble des éléments disponibles. Autrement dit : ce qui n’a pas été sanctionné en temps réel peut l’être après coup.
Trois issues sont alors théoriquement possibles. La première consisterait à minimiser l’incident, à le qualifier de protestation excessive mais tolérable, et à prononcer des sanctions symboliques sans impact sur la compétition. Une option politiquement confortable, mais juridiquement fragile.
La deuxième, plus cohérente avec la jurisprudence sportive, consiste à qualifier les faits comme un refus illégal de poursuivre le jeu, sans aller jusqu’à l’abandon. Elle permet de sanctionner sévèrement le comportement, de rappeler la primauté du droit, tout en préservant le résultat sportif. Cette voie crée un précédent clair, dissuasif, sans provoquer de chaos institutionnel.
La troisième, la plus radicale, serait de requalifier l’ensemble en abandon de match, avec toutes les conséquences sportives que cela implique. Mais cette hypothèse se heurte à une réalité procédurale : l’absence de décision formelle de l’arbitre et la reprise effective du jeu rendent ce scénario juridiquement peu probable.
Au-delà du cas Maroc–Sénégal, cette finale pose une question plus large au football africain : comment gérer les moments de très haute tension sans laisser l’émotion collective fissurer l’ordre juridique du jeu ? Le droit du sport existe précisément pour ces instants-là. Non pour punir par principe, mais pour empêcher que le terrain ne devienne un espace de chantage ou de rapport de force.
Le football accepte la contestation verbale, l’erreur humaine, la frustration. Il ne peut accepter le refus organisé de jouer. Car à cet instant précis, ce n’est plus un match qui se joue, mais la crédibilité même de la compétition.
Le choix opéré par le camp sénégalais est radical. Les joueurs quittent majoritairement la pelouse, sous l’impulsion manifeste du staff technique. Le jeu s’arrête. Longtemps. Environ seize minutes durant lesquelles le match n’existe plus vraiment. Le public s’interroge, les officiels temporisent, l’arbitre attend. Le football est suspendu, mais la compétition, elle, est en danger.
Ce refus de reprendre le jeu n’est pas un simple geste d’humeur. Il constitue une remise en cause directe de l’autorité arbitrale, pilier central de toute compétition sportive. Car dans le droit du football, la décision de l’arbitre, juste ou non, s’impose immédiatement. Elle peut être discutée après coup, jamais neutralisée sur le moment par la désobéissance.
La situation se complique encore lorsque des personnes non autorisées pénètrent sur la pelouse pour tenter de convaincre les joueurs de revenir. Une scène confuse, révélatrice d’un affaiblissement temporaire de la chaîne de commandement sportive. Dans le même temps, une partie des supporters sénégalais se livre à des actes de violence : tentatives d’intrusion, affrontements avec les forces de sécurité, dégradations matérielles, agressions visant des membres de l’organisation et des journalistes. Le stade, lieu de jeu, devient un espace de tension.
Finalement, le match reprend. Le penalty est tiré. La rencontre va à son terme. Sur le plan sportif, l’histoire semble close. Sur le plan juridique, elle ne fait que commencer.
Car le droit disciplinaire du football ne s’arrête pas au coup de sifflet final. Il examine les comportements, les intentions, les ruptures de règles, même lorsque l’arbitre n’a pas formellement enclenché toutes les procédures prévues. Et c’est là que se joue l’essentiel.
La question centrale n’est pas de savoir si le Sénégal a officiellement abandonné le match. Juridiquement, la réponse est non : l’arbitre n’a pas déclaré de retrait formel, et l’équipe est revenue sur le terrain. Mais le droit ne se limite pas aux apparences. Il s’intéresse aux faits matériels. Or, le refus prolongé de jouer, sans autorisation, constitue en soi une infraction disciplinaire grave.
Quitter le terrain, même temporairement, en réaction à une décision arbitrale obligatoire, viole plusieurs principes fondamentaux : la continuité du jeu, la loyauté de la compétition et le respect de l’autorité arbitrale. Lorsque ce comportement est collectif et encouragé par le staff technique, il cesse d’être un simple incident pour devenir un acte structuré de contestation.
À cela s’ajoute la responsabilité dite « objective » des fédérations. Dans le football international, une sélection nationale n’est jamais jugée isolément. Sa fédération porte juridiquement les actes de ses joueurs, de son encadrement et de ses supporters. Les violences en tribunes, les dégradations, les tentatives de pression sur l’arbitre ou l’organisation ne sont pas des faits périphériques. Elles aggravent le dossier disciplinaire.
Le droit prévoit alors un éventail de sanctions : amendes financières lourdes, sanctions individuelles contre l’entraîneur ou certains joueurs, mesures sportives allant jusqu’au huis clos, voire des sanctions plus structurelles en cas de récidive. Dans les compétitions majeures, la notion de « gravité » est appréciée de manière renforcée. Une finale continentale n’est jamais un match ordinaire.
Un autre élément clé réside dans le rôle de l’arbitre et du délégué de match. Si l’arbitre est l’autorité suprême sur le terrain, son absence de déclenchement d’une procédure formelle n’efface pas les faits. Les instances disciplinaires disposent d’un pouvoir autonome d’appréciation, fondé sur les rapports officiels, les images, les témoignages et l’ensemble des éléments disponibles. Autrement dit : ce qui n’a pas été sanctionné en temps réel peut l’être après coup.
Trois issues sont alors théoriquement possibles. La première consisterait à minimiser l’incident, à le qualifier de protestation excessive mais tolérable, et à prononcer des sanctions symboliques sans impact sur la compétition. Une option politiquement confortable, mais juridiquement fragile.
La deuxième, plus cohérente avec la jurisprudence sportive, consiste à qualifier les faits comme un refus illégal de poursuivre le jeu, sans aller jusqu’à l’abandon. Elle permet de sanctionner sévèrement le comportement, de rappeler la primauté du droit, tout en préservant le résultat sportif. Cette voie crée un précédent clair, dissuasif, sans provoquer de chaos institutionnel.
La troisième, la plus radicale, serait de requalifier l’ensemble en abandon de match, avec toutes les conséquences sportives que cela implique. Mais cette hypothèse se heurte à une réalité procédurale : l’absence de décision formelle de l’arbitre et la reprise effective du jeu rendent ce scénario juridiquement peu probable.
Au-delà du cas Maroc–Sénégal, cette finale pose une question plus large au football africain : comment gérer les moments de très haute tension sans laisser l’émotion collective fissurer l’ordre juridique du jeu ? Le droit du sport existe précisément pour ces instants-là. Non pour punir par principe, mais pour empêcher que le terrain ne devienne un espace de chantage ou de rapport de force.
Le football accepte la contestation verbale, l’erreur humaine, la frustration. Il ne peut accepter le refus organisé de jouer. Car à cet instant précis, ce n’est plus un match qui se joue, mais la crédibilité même de la compétition.
Référence
Rapport juridique préliminaire du Centre méditerranéen d’études et de recherches en droit du sport (CMEDS) sur la finale Maroc–Sénégal de la Coupe d’Afrique des Nations, 18 janvier 2026
Rapport juridique préliminaire du Centre méditerranéen d’études et de recherches en droit du sport (CMEDS) sur la finale Maroc–Sénégal de la Coupe d’Afrique des Nations, 18 janvier 2026