Il y a des lendemains de compétition qui durent plus longtemps que la compétition elle-même. Le ballon s’arrête, les tribunes se vident, mais la colère continue de circuler. Elle change simplement de terrain : des pelouses aux téléphones, des commentaires sportifs aux accusations, de la rivalité entre équipes aux procès faits à tout un pays.
Pour certains Marocains, la séquence de la CAN a laissé cette impression amère. Celle d’un pays qui accueille, mobilise, organise, investit, puis se retrouve au centre d’un déferlement de soupçons et de propos hostiles. À leurs yeux, la fête promise a été abîmée par une polémique interminable.
Le contentieux sportif suit, lui, sa voie. L’appel de la Fédération sénégalaise contre la décision de la CAF concernant la finale a été examiné le huit octobre. Selon les informations rapportées par Reuters le dix-neuf octobre, la sentence complète du Tribunal arbitral du sport est attendue à la fin novembre. Il appartient à cette juridiction de trancher, et non aux tribunaux improvisés des réseaux sociaux.
Mais une décision juridique, quelle qu’elle soit, ne suffira probablement pas à effacer toutes les blessures. Car ce qui s’est joué dans les commentaires dépasse désormais un résultat.
Et c’est précisément dans cette ambiance que le Maroc persiste et signe.
OnJ annonce l’accueil, en novembre, de sept rencontres des éliminatoires de la CAN sur le territoire marocain. Au-delà du calendrier présenté, son propos central est clair : le Royaume poursuit son rôle de terre d’accueil pour des sélections africaines qui ont besoin d’un terrain répondant aux exigences internationales.
Autrement dit, pendant que certains proposent de fermer symboliquement les portes, le Maroc continue de préparer les vestiaires.
Cette attitude peut surprendre. Elle peut même agacer ceux qui considèrent que l’hospitalité marocaine a été trop facilement dénigrée. Leur réaction mérite d’être entendue. On ne répond pas à une déception sincère par une leçon abstraite de fraternité.
Dans les réactions évoquées autour de cette affaire, une idée revient : pourquoi continuer à nous investir autant si nos efforts deviennent, à la première controverse, matière à accusation ? Pourquoi offrir nos équipements si l’accueil lui-même est suspecté ? Pourquoi suivre avec passion un football continental dont certaines disputes finissent par déborder sur notre dignité nationale ?
Ces questions expriment une fatigue. Chez certains supporters, elle se traduit par une prise de distance : moins regarder, moins commenter, moins s’intéresser. Une manière de se protéger d’un spectacle devenu pesant.
Il serait toutefois imprudent de transformer ces réactions en position de l’ensemble des Marocains. Tout aussi imprudent de prendre les comptes les plus agressifs pour les porte-parole de l’Afrique.
Un fil de commentaires n’est pas un continent.
C’est même l’un des pièges les plus redoutables de cette séquence. À force de voir circuler les mêmes outrances, on finit par croire qu’elles représentent tout le monde. Quelques voix occupent tout l’écran ; des millions de personnes disparaissent derrière elles.
Le supporter sénégalais n’est pas réductible à une publication hostile au Maroc. Le supporter marocain n’est pas réductible à un appel au boycott. Et les relations entre peuples ne peuvent être abandonnées à ceux qui savent le mieux fabriquer de l’indignation.
Cela ne signifie pas qu’il faille minimiser les insultes, les amalgames ou les accusations sans preuve. Cela signifie qu’il faut viser juste. Répondre à un propos. Contester une affirmation. Défendre un droit. Sans transformer chaque adversaire sportif en ennemi et chaque polémique en rupture continentale.
Le Maroc a donc raison de poursuivre son engagement, à condition d’en expliquer le sens.
Accueillir des équipes africaines répond à plusieurs logiques : la coopération sportive, l’utilisation des infrastructures, l’expérience des organisateurs, le rayonnement du pays. Il existe aussi un intérêt marocain dans cette ouverture. Il n’y a aucune raison de le dissimuler sous un discours de générosité sans contrepartie.
Un partenariat durable fonctionne lorsque chacun y trouve son compte. Les sélections accueillies disposent d’un cadre pour jouer. Le pays hôte consolide ses compétences et sa place dans l’organisation du football. Cette relation gagne à être présentée avec simplicité, sans posture de bienfaiteur et sans dette morale imposée aux invités.
Car accueillir ne donne pas droit à des victoires. Cela ne garantit ni l’affection des tribunes ni l’absence de critiques. En revanche, cela doit aller avec le respect des personnes, des engagements et des règles.
C’est là que la constance marocaine doit s’accompagner d’exigence.
Continuer à coopérer n’interdit pas de mieux défendre sa réputation. Garder ses portes ouvertes n’empêche pas de documenter les faits, de corriger rapidement les contrevérités et de demander aux responsables du football de mesurer leurs paroles. L’hospitalité n’oblige personne au silence.
Le public marocain a également droit à une parole claire. Il faut lui expliquer pourquoi cette coopération se poursuit, ce qu’elle apporte et dans quel cadre elle s’exerce. Une stratégie devient fragile lorsqu’elle demande aux citoyens de comprendre seuls ce que les institutions n’explicitent pas suffisamment.
Le football africain mérite, lui aussi, mieux que cette succession de soupçons. Il a besoin de règles lisibles, de décisions motivées, d’instances crédibles et de dirigeants capables d’apaiser les tensions. La solidarité entre fédérations ne peut durablement compenser une crise de confiance dans la gouvernance.
Voilà pourquoi la réponse marocaine doit tenir ensemble deux exigences : poursuivre les liens et défendre ses droits. L’une ne diminue pas l’autre.
On peut comprendre le supporter qui dit : « Pour moi, c’est trop. » Sa passion lui appartient. Il peut éteindre son téléviseur et prendre du recul.
Mais un pays engage des relations qui dépassent l’humeur d’une soirée, même lorsque cette soirée laisse une longue trace. Renoncer sous la pression des outrances reviendrait à leur accorder un pouvoir considérable : celui de choisir nos partenaires et de rétrécir notre horizon.
Le Maroc continue donc d’accueillir. Il peut le faire avec mémoire, avec lucidité, avec davantage d’exigence. Sans demander à ses supporters d’oublier ce qui les a heurtés.
Les réseaux peuvent garder la colère en boucle. Le Royaume, lui, a encore des matchs à organiser.
Le Maroc persiste et signe. À ceux qui confondent hospitalité et faiblesse, il reste à montrer qu’une porte ouverte peut aussi être tenue d’une main ferme.
Pour certains Marocains, la séquence de la CAN a laissé cette impression amère. Celle d’un pays qui accueille, mobilise, organise, investit, puis se retrouve au centre d’un déferlement de soupçons et de propos hostiles. À leurs yeux, la fête promise a été abîmée par une polémique interminable.
Le contentieux sportif suit, lui, sa voie. L’appel de la Fédération sénégalaise contre la décision de la CAF concernant la finale a été examiné le huit octobre. Selon les informations rapportées par Reuters le dix-neuf octobre, la sentence complète du Tribunal arbitral du sport est attendue à la fin novembre. Il appartient à cette juridiction de trancher, et non aux tribunaux improvisés des réseaux sociaux.
Mais une décision juridique, quelle qu’elle soit, ne suffira probablement pas à effacer toutes les blessures. Car ce qui s’est joué dans les commentaires dépasse désormais un résultat.
Et c’est précisément dans cette ambiance que le Maroc persiste et signe.
OnJ annonce l’accueil, en novembre, de sept rencontres des éliminatoires de la CAN sur le territoire marocain. Au-delà du calendrier présenté, son propos central est clair : le Royaume poursuit son rôle de terre d’accueil pour des sélections africaines qui ont besoin d’un terrain répondant aux exigences internationales.
Autrement dit, pendant que certains proposent de fermer symboliquement les portes, le Maroc continue de préparer les vestiaires.
Cette attitude peut surprendre. Elle peut même agacer ceux qui considèrent que l’hospitalité marocaine a été trop facilement dénigrée. Leur réaction mérite d’être entendue. On ne répond pas à une déception sincère par une leçon abstraite de fraternité.
Dans les réactions évoquées autour de cette affaire, une idée revient : pourquoi continuer à nous investir autant si nos efforts deviennent, à la première controverse, matière à accusation ? Pourquoi offrir nos équipements si l’accueil lui-même est suspecté ? Pourquoi suivre avec passion un football continental dont certaines disputes finissent par déborder sur notre dignité nationale ?
Ces questions expriment une fatigue. Chez certains supporters, elle se traduit par une prise de distance : moins regarder, moins commenter, moins s’intéresser. Une manière de se protéger d’un spectacle devenu pesant.
Il serait toutefois imprudent de transformer ces réactions en position de l’ensemble des Marocains. Tout aussi imprudent de prendre les comptes les plus agressifs pour les porte-parole de l’Afrique.
Un fil de commentaires n’est pas un continent.
C’est même l’un des pièges les plus redoutables de cette séquence. À force de voir circuler les mêmes outrances, on finit par croire qu’elles représentent tout le monde. Quelques voix occupent tout l’écran ; des millions de personnes disparaissent derrière elles.
Le supporter sénégalais n’est pas réductible à une publication hostile au Maroc. Le supporter marocain n’est pas réductible à un appel au boycott. Et les relations entre peuples ne peuvent être abandonnées à ceux qui savent le mieux fabriquer de l’indignation.
Cela ne signifie pas qu’il faille minimiser les insultes, les amalgames ou les accusations sans preuve. Cela signifie qu’il faut viser juste. Répondre à un propos. Contester une affirmation. Défendre un droit. Sans transformer chaque adversaire sportif en ennemi et chaque polémique en rupture continentale.
Le Maroc a donc raison de poursuivre son engagement, à condition d’en expliquer le sens.
Accueillir des équipes africaines répond à plusieurs logiques : la coopération sportive, l’utilisation des infrastructures, l’expérience des organisateurs, le rayonnement du pays. Il existe aussi un intérêt marocain dans cette ouverture. Il n’y a aucune raison de le dissimuler sous un discours de générosité sans contrepartie.
Un partenariat durable fonctionne lorsque chacun y trouve son compte. Les sélections accueillies disposent d’un cadre pour jouer. Le pays hôte consolide ses compétences et sa place dans l’organisation du football. Cette relation gagne à être présentée avec simplicité, sans posture de bienfaiteur et sans dette morale imposée aux invités.
Car accueillir ne donne pas droit à des victoires. Cela ne garantit ni l’affection des tribunes ni l’absence de critiques. En revanche, cela doit aller avec le respect des personnes, des engagements et des règles.
C’est là que la constance marocaine doit s’accompagner d’exigence.
Continuer à coopérer n’interdit pas de mieux défendre sa réputation. Garder ses portes ouvertes n’empêche pas de documenter les faits, de corriger rapidement les contrevérités et de demander aux responsables du football de mesurer leurs paroles. L’hospitalité n’oblige personne au silence.
Le public marocain a également droit à une parole claire. Il faut lui expliquer pourquoi cette coopération se poursuit, ce qu’elle apporte et dans quel cadre elle s’exerce. Une stratégie devient fragile lorsqu’elle demande aux citoyens de comprendre seuls ce que les institutions n’explicitent pas suffisamment.
Le football africain mérite, lui aussi, mieux que cette succession de soupçons. Il a besoin de règles lisibles, de décisions motivées, d’instances crédibles et de dirigeants capables d’apaiser les tensions. La solidarité entre fédérations ne peut durablement compenser une crise de confiance dans la gouvernance.
Voilà pourquoi la réponse marocaine doit tenir ensemble deux exigences : poursuivre les liens et défendre ses droits. L’une ne diminue pas l’autre.
On peut comprendre le supporter qui dit : « Pour moi, c’est trop. » Sa passion lui appartient. Il peut éteindre son téléviseur et prendre du recul.
Mais un pays engage des relations qui dépassent l’humeur d’une soirée, même lorsque cette soirée laisse une longue trace. Renoncer sous la pression des outrances reviendrait à leur accorder un pouvoir considérable : celui de choisir nos partenaires et de rétrécir notre horizon.
Le Maroc continue donc d’accueillir. Il peut le faire avec mémoire, avec lucidité, avec davantage d’exigence. Sans demander à ses supporters d’oublier ce qui les a heurtés.
Les réseaux peuvent garder la colère en boucle. Le Royaume, lui, a encore des matchs à organiser.
Le Maroc persiste et signe. À ceux qui confondent hospitalité et faiblesse, il reste à montrer qu’une porte ouverte peut aussi être tenue d’une main ferme.