​IA dans l’administration marocaine, faudra-t-il attendre l’alerte de Paris ?

Que dit la sortie de Laurent Alexandre sur la préparation de nos dirigeants à l’intelligence artificielle ?


J’écris beaucoup sur l’intelligence artificielle. À force d’en parler, j’ai appris à reconnaître cette écoute bienveillante qui se termine par un « c’est intéressant ». Puis la conversation passe à autre chose. Peut-être que Laurent Alexandre aura plus de chance. Il parle de l’État français, mais sa sortie pose une question qui nous concerne au Maroc. Qui prépare, concrètement, nos services publics à travailler avec l’IA ?



« Il y a plein de ministres qui ne savent pas se servir de ChatGPT ? Poubelle ! », lance Laurent Alexandre au micro du Point. L’essayiste vise aussi les préfets, les recteurs et les directeurs d’administration centrale. À ses yeux, leur impréparation se paie jusque dans les salles de classe et les hôpitaux. La formule est brutale. La question qu’elle soulève mérite mieux que le sort habituel des petites phrases.

En juillet 2026, trois inspections générales françaises ont fait état de zéro à 74 projets d’IA selon les ministères, dans un inventaire non exhaustif. Un mois plus tôt, le gouvernement avait annoncé la généralisation de son assistant conversationnel aux agents de l’État, après un essai auprès de 10 000 d’entre eux. La France a donc commencé à équiper ses services, avec des écarts importants d’un ministère à l’autre. Les chiffres renseignent sur le déploiement des projets. La compétence des dirigeants reste à mesurer.

Si je m’arrête sur cette sortie, c’est aussi parce que le modèle administratif français garde, à mes yeux, un poids réel auprès d’une partie de nos décideurs et de nos leaders d’opinion. Il arrive qu’une question posée à Rabat gagne en importance après un détour par Paris. Si Laurent Alexandre permet à ce débat de sortir du cercle de ceux qui parlent déjà d’IA, tant mieux. Encore faut-il ramener la discussion à ce que vivent nos propres services publics.

Au Maroc, le premier test se joue dans les services

En septembre 2026, le Maroc a présenté l’état d’avancement de sa feuille de route pour l’intelligence artificielle à l’horizon 2030. Elle prévoit notamment des plateformes mutualisées et le développement des compétences. J’aimerais que l’on parle aussi de ce qu’un directeur d’administration, un responsable d’académie ou un directeur d’hôpital devra savoir faire le jour où un de ces outils arrivera dans son service.

Prenons une demande d’aide sociale. Une IA pourrait aider l’agent à retrouver la bonne procédure ou à rédiger une réponse plus claire. Si l’outil s’appuie sur une règle périmée et que cette erreur retarde l’examen du dossier, qui la repère ? Qui la corrige ? Et comment le citoyen obtient-il une explication ? C’est sur ce genre de situation que j’aimerais voir nos responsables publics se former. Savoir interroger ChatGPT peut être un début. Savoir organiser le travail autour de l’outil engage déjà leur responsabilité.

Au fond, la question que j’aimerais poser à chacun de nos dirigeants tient en une phrase. Quel problème concret de votre administration l’IA peut-elle aider à résoudre, et comment saurez-vous que le service s’est vraiment amélioré pour le citoyen ? Cette fois, « c’est intéressant » serait une réponse un peu courte.


Dimanche 8 Novembre 2026

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