​Je n’aurai jamais le prix Nobel de la paix. Je n’ai même pas inventé la dynamite !




J’ai fini par accepter une vérité douloureuse : je n’aurai jamais le prix Nobel.

Ni celui de littérature, malgré tous les textes que j’écris et que certaines intelligences artificielles sont condamnées à relire.
Ni celui d’économie, malgré mes nombreuses théories sur la manière de sauver le Maroc, l’Afrique et accessoirement le reste de la planète.
Ni celui de physique, bien que je passe une bonne partie de mes journées à mesurer la résistance humaine à l’absurdité.

Quant au prix Nobel de la paix, autant être lucide : je n’ai même pas inventé la dynamite.
Car il faut tout de même reconnaître le génie du système : Alfred Nobel a fait fortune notamment grâce aux explosifs, et son nom est aujourd’hui associé à la récompense suprême de ceux qui cherchent à empêcher les hommes de s'exploser mutuellement.
C’est un peu comme si l’inventeur de la cigarette avait créé le prix mondial du meilleur pneumologue.
Mais je ne désespère pas.

J’ai envisagé le Nobel de médecine. Après tout, je soigne quotidiennement mon angoisse devant l’actualité marocaine par des doses massives de sarcasme. Malheureusement, aucun laboratoire n’a encore reconnu les vertus thérapeutiques de l’ironie.

J’ai également songé au Nobel de littérature. Mais il faudrait probablement que je cesse d’écrire des chroniques pour commencer à écrire des romans que personne ne termine, mais que tout le monde prétend avoir lus.
Reste le Nobel d’économie. Là, mes chances sont sérieuses : j’ai découvert une formule révolutionnaire permettant de produire beaucoup de recommandations, énormément de rapports et une quantité industrielle de réunions, sans nécessairement produire le moindre résultat.

Une découverte qui, à elle seule, pourrait transformer plusieurs administrations en centres de recherche fondamentale.

Et puis, j’ai compris mon erreur.
Je cherchais à obtenir un prix Nobel alors que je devrais en créer un.
Le prix Nobel de la mauvaise foi.


Il récompenserait chaque année une personnalité capable de soutenir une chose le lundi, son contraire le mardi, et de déclarer le mercredi qu’elle a toujours été parfaitement cohérente.
La concurrence serait féroce.
Le jury aurait du mal à départager les candidats.
Et la cérémonie pourrait se tenir à huis clos, par crainte de devoir expliquer les critères de sélection.

Pour ma part, je me contenterais d’un prix beaucoup plus modeste : celui du citoyen qui continue à réfléchir, à écrire et à poser des questions, même lorsqu’il sait qu’il n’obtiendra aucune réponse.
Finalement, Alfred Nobel a laissé sa fortune pour récompenser ceux qui font avancer l’humanité.
Moi, je laisserai peut-être quelques chroniques pour prouver qu’elle n’avance pas toujours dans la bonne direction.

Et si jamais on me décerne un prix à titre posthume, je tiens à prévenir le comité dès maintenant : je refuse de mourir pour aller le chercher.

Post-scriptum : si le comité Nobel me lit, qu’il ne prenne pas cette chronique pour une candidature. Quoique…


Mardi 13 Octobre 2026

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