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​LE PROCHAIN CHAMP DE BATAILLE ? IL SERA SOUTERRAIN


Par Mustapha SEHIMI.
Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue.



​LE PROCHAIN CHAMP DE BATAILLE ? IL SERA SOUTERRAIN
Au-delà des tunnels défensifs ou des bunkers renforcés, les armées enfouissent depuis des décennies des postes de commandement, des systèmes de missiles, des usines et des installations de commandement - les infrastructures souterraines améliorent la capacité de survie

 Mustapha Sehimi examine l’évolution des doctrines militaires contemporaines vers une guerre de plus en plus souterraine. À travers les exemples du Vietnam, de l’Ukraine, de Gaza, du Liban, de l’Iran ou encore de la Chine, le texte décrit comment tunnels, bunkers et infrastructures enfouies deviennent des éléments centraux de la stratégie militaire face à la généralisation des drones, de la surveillance permanente et des frappes de précision.


Voilà un concept qui est mis en exergue dans la pensée militaire et stratégique : le prochain champ de bataille sera souterrain. L'on peut observer que c'est déjà le cas aujourd'hui avec les tunnels, les bunkers et les tranchées. Mais cette notion va plus loin et elle couvre un domaine plus vaste. L'idée est celle-ci : le champ de bataille de surface sera tellement exposé - constamment surveillé et meurtrier – que les armées manœuvreront de plus en plus sous la surface même de la Terre. La croûte terrestre devient ainsi un champ de bataille et ce à l'instar de la guerre sous-marine qui a émergé avec la maturation des sous-marins en systèmes militaires opérationnels.

Guerre moderne
Pareille approche peut cependant paraître futuriste. Mais tel n'est pas le cas si l'on examine la guerre moderne. L’exemple du Viêt-Cong, dans les années 70 au Vietnam, avec la stratégie du général Giap, contre les États-Unis, est un classique de cette stratégie de bataille souterraine.  En Ukraine par exemple qu'en est-il ? Les soldats survivent de plus en plus en se réfugiant sous terre. Et la ligne de front est désormais couverte par des drones à fibre optique, des caméras thermiques, des munitions rôdeuses, des satellites et de l'artillerie de précision. Les forces russes et ukrainiennes ont ainsi creusé des systèmes de tranchées plus profonds en reliant les lignes de tranchées par des réseaux de tunnels, en enfouissant les postes de commandement et en déplaçant les fonctions critiques de guerre sous terre chaque fois que cela était possible. L'on trouve de vastes voies souterraines près de certaines portions du front qui fonctionnent pratiquement comme des autoroutes protégées pour les déplacements et la logistique. L'Ukraine a même déplacé sous terre la production de drones, les centres de commandement, les installations médicales et d'autres fonctions pour survivre aux attaques incessantes. A telle enseigne qu'une bonne partie de la guerre s'apparente déjà à un conflit souterrain superficiel, interrompu par de brèves périodes de mouvements à ciel ouvert.

Hamas, Hezbollah, Iran
Ce même schéma se retrouve ailleurs. Le Hamas a construit l'un des systèmes militaires souterrains les plus vastes de l'histoire moderne sous Gaza. L'Iran enfouit des systèmes de missiles, des centres de commandement et des infrastructures nucléaires : il considère que tout ce qui est visible en surface peut être ciblé. Le Hezbollah a passé des années à construire des réseaux souterrains renforcés à travers le sud du Liban. La Chine a investi massivement dans des milliers de kilomètres d'infrastructures militaires souterraines depuis des décennies.

Au-delà des tunnels défensifs ou des bunkers renforcés, les armées enfouissent depuis des décennies des postes de commandement, des systèmes de missiles, des usines et des installations de commandement - les infrastructures souterraines améliorent la capacité de survie. Les planificateurs militaires savaient que les progrès en matière de détection et de puissance de feu pourraient à terme rendre le champ de bataille de surface extrêmement dangereux. Certains pensaient que la croûte terrestre elle- même deviendrait un terrain de combat où les forces déplaceraient logistique, armement, équipement et potentiellement puissance de feu sous la surface, à l'instar des sous-marins.

La comparaison avec les sous-marins est plus qu'une simple métaphore. Avant l'avènement des sous-marins, la guerre navale se déroulait presque exclusivement en surface. Les flottes manœuvraient à vue. Une fois la technologie des sous-marins maîtrisée, la puissance navale s'est fondamentalement transformée. Les sous-marins pouvaient contourner les défenses de surface et se déplacer furtivement sous des flottes plus importantes. Un cuirassé pouvait dominer la surface tout en restant vulnérable à une menace invisible et difficile à neutraliser. La guerre terrestre moderne pourrait bien connaître une transition similaire.

Pendant des siècles, les armées se sont concentrées sur le terrain qu'elles pouvaient observer visuellement. Fleuves, montagnes, fortifications, zones urbaines, systèmes de tranchées et ceintures défensives ont structuré les opérations militaires en surface. Aujourd'hui encore, les forces armées investissent des ressources considérables pour franchir les champs de mines, traverser les fossés antichars, neutraliser les positions défensives et forcer le passage en terrain fortement défendu. Le champ de bataille moderne n'a fait qu'intensifier ces défis, notamment en raison de la présence omniprésente des drones.


Samedi 30 Mai 2026