​La BAD emprunte en dirhams : une nouvelle voie pour financer les projets marocains

Pourquoi financer un projet dans la monnaie de ses recettes peut-il améliorer sa sécurité financière ?


Rédigé par La Rédaction le Lundi 2 Novembre 2026

La première émission obligataire en dirhams de la Banque africaine de développement ouvre une perspective utile aux projets marocains : mieux rapprocher la monnaie de leur dette de celle de leurs revenus. L’opération élargit les possibilités de financement, mais son intérêt économique dépendra des conditions proposées aux futurs emprunteurs.



Un milliard de dirhams levé sur sept ans auprès d’investisseurs qualifiés

La Banque africaine de développement (BAD) a annoncé, le 30 octobre, une levée d’un milliard de dirhams sous forme de placement privé. L’obligation court sur sept ans, à taux variable indexé sur le MONIA. Attijari Finances Corp a conseillé l’opération ; Attijariwafa bank et CDG Capital ont assuré le placement. afdb.org

Le MONIA, pour Moroccan Overnight Index Average, reflète le taux moyen pondéré des opérations de pension livrée au jour le jour. Ces opérations permettent d’emprunter de la liquidité contre des titres apportés en garantie. Bank Al-Maghrib décrit cet indice comme un indicateur du coût du financement à court terme garanti par des titres. bkam.ma

La durée de sept ans ne signifie donc pas que la rémunération de l’obligation sera figée pendant sept ans. Son indexation introduit une sensibilité aux mouvements de la référence monétaire, selon les modalités contractuelles retenues.

Pourquoi commencer au Maroc ? La BAD invoque son partenariat avec le Royaume, la demande de ses clients et la maturité de l’écosystème financier national. Elle envisage également un portefeuille de trésorerie en dirhams. Les enseignements de cette expérience pourraient nourrir des opérations dans d’autres monnaies africaines. afdb.org

Des recettes en dirhams, une dette mieux adaptée : le gain se joue dans les contrats

Pour comprendre l’enjeu, imaginons une entreprise dont les clients paient en dirhams, mais qui rembourse un emprunt en euros. Une hausse de l’euro face au dirham augmente, toutes choses égales par ailleurs, la somme nécessaire pour honorer les échéances. Son activité peut rester stable tandis que sa charge de remboursement s’alourdit.

Emprunter dans la monnaie des recettes permet d’éviter ce décalage sur la dette concernée. Ce mécanisme peut intéresser des projets tournés vers le marché intérieur, dont les revenus ne bénéficient pas naturellement d’une protection en devises. Il améliore la lisibilité financière sans supprimer les autres risques du projet.

Le choix mérite toutefois une comparaison complète. Un financement en dirhams n’est pas automatiquement moins cher qu’un emprunt en euros ou en dollars. Il faut examiner le taux, les commissions, la durée, les garanties et, pour une dette en devises, le coût éventuel de la couverture de change.

Il faut aussi distinguer les conditions de l’obligation émise par la BAD de celles des prêts qu’elle proposera. L’indexation de sa ressource sur le MONIA ne permet pas, à elle seule, de connaître le taux ou la structure des futurs crédits.

L’autre enjeu concerne le marché financier marocain. L’arrivée d’un émetteur supplémentaire peut enrichir les possibilités de placement. En revanche, une opération privée ne garantit pas que les titres seront ensuite régulièrement échangés. Le développement du marché se mesurera à la répétition des émissions, à la diversité des investisseurs et à la circulation effective des instruments.

La prochaine étape sera donc très concrète : identifier les projets financés en dirhams, les montants accordés et les conditions obtenues. Pour les bénéficiaires, la réussite se lira dans des échéances mieux adaptées à leurs recettes et dans une capacité d’investissement durable.




Lundi 2 Novembre 2026
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