Par Zouheir Lharaoui
Face à la crise de l'emploi, la régionalisation avancée pose une question fondamentale de décentralisation et d'efficacité institutionnelle : la capacité d'un écosystème territorial (élus, services publics, secteur privé, société civile) à bâtir des synergies locales adaptées pour générer des opportunités professionnelles réelles.
L'analyse des indicateurs macroéconomiques du Haut-Commissariat au Plan (HCP) pour la période 2025-2026 met en évidence une forte dualité territoriale et démographique :
Les données du Haut-Commissariat au Plan rappellent la dimension structurelle du problème. En 2025, alors que le taux de chômage national atteignait 13 % — avec un pic préoccupant de 37,2 % chez les jeunes de 15 à 24 ans —, l’économie nationale créait 193 000 emplois nets. Mais ce chiffre masque une profonde dualité : si le milieu urbain a généré 203 000 postes, les zones rurales en ont perdu 10 000 sur la même période. Ce contraste saisissant confirme l'urgence d'articuler le diagnostic macroéconomique avec la réalité des mutations locales.
L'introduction en 2026 de l'Enquête sur la main-d'œuvre (remplaçant l'Enquête nationale sur l'emploi) met un accent particulier sur la mesure des jeunes NEET (Ni en emploi, ni en éducation, ni en formation). Les variations observées imposent ainsi des séries statistiques homogènes pour éviter toute interprétation conjoncturelle erronée.
Si l'analyse statistique demeure essentielle, elle gagnerait à être complétée pour embrasser toute la complexité du marché du travail local. La mise en œuvre d'un diagnostic territorial de proximité s'impose ainsi pour recueillir les perspectives des entreprises, des organismes de formation, des partenaires sociaux et des associations, tout en dressant une cartographie précise des demandeurs d'emploi. Cette approche qualitative s'avère indispensable pour identifier les déterminants profonds des blocages et concevoir des réponses sur mesure, ajustées aux réalités de chaque région.
Le cadre institutionnel et les compétences régionales
La loi organique relative aux régions fixe le champ d'action juridique des conseils régionaux, tout en laissant subsister des contraintes d'opérationnalisation :
L’article 82 (Compétences propres et révision 2026) : Confie explicitement à la région le soutien à l'investissement productif, l'incitation à l'entrepreneuriat, ainsi que la création, l'aménagement et la gestion des zones d'activités économiques et la mobilisation foncière.
En revanche, la version révisée de 2026 n’inclut pas la formation professionnelle et l'emploi.
L’article 93 (Mécanismes d'association) : Permet à la région de cofinancer des programmes nationaux déployés sur son territoire à l'initiative de l'État, sans transfert formel de compétences.
Comment créer un écosystème régional autour de l’action contre le chômage ?
En réalité, la principale limite de l’action publique réside moins dans un manque d'efficacité des acteurs que dans l'exercice fortement spécialisé de leurs prérogatives, susceptible de générer un cloisonnement que seule une gouvernance territoriale avisée permettra de surmonter. La planification régionale, l’ingénierie des opérateurs de formation, les organismes d’intermédiation accompagnent les demandeurs d’emploi qui font appel à leurs services, l'accompagnement des structures d'orientation et les recrutements du secteur privé répondent encore à des logiques sectorielles distinctes. Dès lors, l'enjeu ne réside pas dans la remise en cause de ces expertises respectives, mais dans l'instauration d'une gouvernance transversale capable d'en assurer la convergence.
Bâtir un écosystème territorial d'emploi performant repose sur la mutation du modèle de gouvernance. Ce passage d’une coexistence passive des institutions à un pilotage territorial unifié constitue le préalable indispensable pour articuler efficacement le développement des qualifications et les dynamiques de l’investissement régional. Seule cette synergie permettra d'aligner l'offre de formation sur les besoins réels du marché du travail local.
La formalisation d’une charte territoriale pour l’emploi et la qualification, articulée avec le Programme de Développement Régional (PDR), constituerait le socle normatif de cet écosystème déconcentré. La valeur ajoutée de cet outil reposera sur sa faculté à mobiliser l'ensemble des parties prenantes autour d'une vision stratégique régionale commune. Cela exige une clarification rigoureuse des rôles respectifs, complétée par des dispositifs internes de suivi, d'auto-évaluation et de redevabilité.
Enfin, ce changement de paradigme institutionnel exige l'affirmation d’une nouvelle génération de gouvernants locaux : des décideurs dotés d'une rigueur éthique et d'une expertise technique éprouvée, capables de traduire les attentes socio-économiques en projets d'investissement structurants, et pleinement engagés dans une démarche d'évaluation systématique de la performance publique.
Ce renouvellement des élites politiques implique l'émergence de nouvelles pratiques dans l'action publique et une réactivité accrue face aux attentes citoyennes. Dès lors, la préparation et le renforcement des compétences de cette nouvelle génération d’élus doivent figurer au cœur des priorités en vue des échéances communales et régionales de 2027.
Cette exigence interpelle directement les appareils politiques quant à leurs mécanismes de sélection et d'investiture. Il leur appartient d'attirer des profils qualifiés, de promouvoir la représentativité des femmes et des jeunes, et d'ériger la compétence, l'intégrité et le sens de l'intérêt général en critères cardinaux de désignation. En définitive, la crédibilité de l'institution régionale reposera sur cette nouvelle gouvernance locale, capable d'incarner la contractualisation territoriale, d'opérationnaliser les programmes stratégiques et d'en assumer pleinement la redevabilité
La préparation des échéances de 2027 offre l'opportunité d'inscrire ces propositions au cœur du débat public et d'en faire valoir la pertinence stratégique. Elle ouvre la voie à une réflexion approfondie sur la perspective d'une régionalisation approfondie, à même de renforcer la capacité d'arbitrage et d'exécution des collectivités territoriales, dans le strict respect de l'unité de l'État et en synergie avec les politiques publiques nationales.
L'aboutissement d'une telle ambition repose nécessairement sur un triptyque fondamental : la clarification des compétences, la péréquation des ressources financières et le renforcement de la redevabilité démocratique.
En somme, face aux défis structurels du chômage, la régionalisation avancée ne saurait se limiter à un simple aménagement institutionnel ; elle s'impose comme un levier stratégique incontournable pour ancrer les politiques publiques au plus près des réalités locales. Toutefois, la réussite de cette ambition est subordonnée à une clarification des compétences, à l'allocation de ressources pérennes et à l'instauration d'une gouvernance territoriale transversale, formalisée notamment à travers un Pacte territorial pour l'emploi et les compétences.
L'analyse des indicateurs macroéconomiques du Haut-Commissariat au Plan (HCP) pour la période 2025-2026 met en évidence une forte dualité territoriale et démographique :
Les données du Haut-Commissariat au Plan rappellent la dimension structurelle du problème. En 2025, alors que le taux de chômage national atteignait 13 % — avec un pic préoccupant de 37,2 % chez les jeunes de 15 à 24 ans —, l’économie nationale créait 193 000 emplois nets. Mais ce chiffre masque une profonde dualité : si le milieu urbain a généré 203 000 postes, les zones rurales en ont perdu 10 000 sur la même période. Ce contraste saisissant confirme l'urgence d'articuler le diagnostic macroéconomique avec la réalité des mutations locales.
L'introduction en 2026 de l'Enquête sur la main-d'œuvre (remplaçant l'Enquête nationale sur l'emploi) met un accent particulier sur la mesure des jeunes NEET (Ni en emploi, ni en éducation, ni en formation). Les variations observées imposent ainsi des séries statistiques homogènes pour éviter toute interprétation conjoncturelle erronée.
Si l'analyse statistique demeure essentielle, elle gagnerait à être complétée pour embrasser toute la complexité du marché du travail local. La mise en œuvre d'un diagnostic territorial de proximité s'impose ainsi pour recueillir les perspectives des entreprises, des organismes de formation, des partenaires sociaux et des associations, tout en dressant une cartographie précise des demandeurs d'emploi. Cette approche qualitative s'avère indispensable pour identifier les déterminants profonds des blocages et concevoir des réponses sur mesure, ajustées aux réalités de chaque région.
Le cadre institutionnel et les compétences régionales
La loi organique relative aux régions fixe le champ d'action juridique des conseils régionaux, tout en laissant subsister des contraintes d'opérationnalisation :
L’article 82 (Compétences propres et révision 2026) : Confie explicitement à la région le soutien à l'investissement productif, l'incitation à l'entrepreneuriat, ainsi que la création, l'aménagement et la gestion des zones d'activités économiques et la mobilisation foncière.
En revanche, la version révisée de 2026 n’inclut pas la formation professionnelle et l'emploi.
L’article 93 (Mécanismes d'association) : Permet à la région de cofinancer des programmes nationaux déployés sur son territoire à l'initiative de l'État, sans transfert formel de compétences.
Comment créer un écosystème régional autour de l’action contre le chômage ?
En réalité, la principale limite de l’action publique réside moins dans un manque d'efficacité des acteurs que dans l'exercice fortement spécialisé de leurs prérogatives, susceptible de générer un cloisonnement que seule une gouvernance territoriale avisée permettra de surmonter. La planification régionale, l’ingénierie des opérateurs de formation, les organismes d’intermédiation accompagnent les demandeurs d’emploi qui font appel à leurs services, l'accompagnement des structures d'orientation et les recrutements du secteur privé répondent encore à des logiques sectorielles distinctes. Dès lors, l'enjeu ne réside pas dans la remise en cause de ces expertises respectives, mais dans l'instauration d'une gouvernance transversale capable d'en assurer la convergence.
Bâtir un écosystème territorial d'emploi performant repose sur la mutation du modèle de gouvernance. Ce passage d’une coexistence passive des institutions à un pilotage territorial unifié constitue le préalable indispensable pour articuler efficacement le développement des qualifications et les dynamiques de l’investissement régional. Seule cette synergie permettra d'aligner l'offre de formation sur les besoins réels du marché du travail local.
La formalisation d’une charte territoriale pour l’emploi et la qualification, articulée avec le Programme de Développement Régional (PDR), constituerait le socle normatif de cet écosystème déconcentré. La valeur ajoutée de cet outil reposera sur sa faculté à mobiliser l'ensemble des parties prenantes autour d'une vision stratégique régionale commune. Cela exige une clarification rigoureuse des rôles respectifs, complétée par des dispositifs internes de suivi, d'auto-évaluation et de redevabilité.
Enfin, ce changement de paradigme institutionnel exige l'affirmation d’une nouvelle génération de gouvernants locaux : des décideurs dotés d'une rigueur éthique et d'une expertise technique éprouvée, capables de traduire les attentes socio-économiques en projets d'investissement structurants, et pleinement engagés dans une démarche d'évaluation systématique de la performance publique.
Ce renouvellement des élites politiques implique l'émergence de nouvelles pratiques dans l'action publique et une réactivité accrue face aux attentes citoyennes. Dès lors, la préparation et le renforcement des compétences de cette nouvelle génération d’élus doivent figurer au cœur des priorités en vue des échéances communales et régionales de 2027.
Cette exigence interpelle directement les appareils politiques quant à leurs mécanismes de sélection et d'investiture. Il leur appartient d'attirer des profils qualifiés, de promouvoir la représentativité des femmes et des jeunes, et d'ériger la compétence, l'intégrité et le sens de l'intérêt général en critères cardinaux de désignation. En définitive, la crédibilité de l'institution régionale reposera sur cette nouvelle gouvernance locale, capable d'incarner la contractualisation territoriale, d'opérationnaliser les programmes stratégiques et d'en assumer pleinement la redevabilité
La préparation des échéances de 2027 offre l'opportunité d'inscrire ces propositions au cœur du débat public et d'en faire valoir la pertinence stratégique. Elle ouvre la voie à une réflexion approfondie sur la perspective d'une régionalisation approfondie, à même de renforcer la capacité d'arbitrage et d'exécution des collectivités territoriales, dans le strict respect de l'unité de l'État et en synergie avec les politiques publiques nationales.
L'aboutissement d'une telle ambition repose nécessairement sur un triptyque fondamental : la clarification des compétences, la péréquation des ressources financières et le renforcement de la redevabilité démocratique.
En somme, face aux défis structurels du chômage, la régionalisation avancée ne saurait se limiter à un simple aménagement institutionnel ; elle s'impose comme un levier stratégique incontournable pour ancrer les politiques publiques au plus près des réalités locales. Toutefois, la réussite de cette ambition est subordonnée à une clarification des compétences, à l'allocation de ressources pérennes et à l'instauration d'une gouvernance territoriale transversale, formalisée notamment à travers un Pacte territorial pour l'emploi et les compétences.