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​Le décrochage n’est pas un problème…C’est un symptôme.




Il est des chiffres qui ne devraient pas être lus comme de simples statistiques, mais comme des signaux d’alerte.

Dr Abdelilah Kadili
Dr Abdelilah Kadili
Au Maroc, ce sont près de 280 000 élèves qui ont quitté l’école en 2025. Le chiffre est en légère baisse par rapport à l’année précédente, et cela mérite d’être salué. Mais cette évolution ne saurait nous rassurer. Car aucun pays ne peut se permettre de voir des centaines de milliers d’enfants sortir du système éducatif chaque année sans interroger profondément ce que cela révèle.

Le décrochage scolaire n’est pas un problème isolé. Il est un symptôme, et un symptôme grave. Car les élèves ne “décrochent” pas par accident. Ils ne quittent pas l’école du jour au lendemain. Ils s’en éloignent progressivement, à mesure que le système cesse de les retenir. Le décrochage n’est pas un événement ; c’est une trajectoire.

Une accumulation de signaux faibles ignorés, de difficultés non prises en charge, de ruptures non anticipées. C’est un désengagement qui commence bien avant qu’il ne soit visible, et qui s’installe dans le silence des salles de classe, dans l’absence de suivi, dans le manque de coordination entre les acteurs. Il est temps de changer de regard. Parler de décrochage comme d’un échec de l’élève est une erreur de diagnostic. Un enfant qui quitte l’école n’a pas échoué seul. Il a été, bien souvent, insuffisamment accompagné, insuffisamment compris, insuffisamment entouré.

Le véritable enjeu n’est pas seulement l’accès à l’éducation, mais la qualité du lien entre l’élève et l’ensemble de l’écosystème éducatif. Le Maroc a, sans conteste, accompli des progrès significatifs en matière de scolarisation. Les indicateurs internationaux le confirment. Mais ces avancées ne doivent pas masquer les fragilités persistantes : inégalités territoriales, difficultés d’apprentissage, redoublements, manque de sens perçu par les élèves.

Autant de facteurs qui nourrissent, en profondeur, les dynamiques de décrochage. Face à cela, les réponses fragmentées ne suffisent plus. Les actions ponctuelles, aussi louables soient-elles, interviennent souvent trop tard. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est une approche systémique. Une approche qui repose sur une idée simple mais exigeante : l’élève ne peut plus être seul dans le système. Il doit être entouré, en permanence, par un cercle cohérent d’acteurs engagés, voire enseignants, parents, établissement et autorités locales…tous connectés, tous informés, et surtout,  tous responsables.

C’est précisément ce que propose l’équation Tamkine pour l’amélioration qualitative de l’éducation. Une équation qui ne cherche pas un coupable unique, mais qui rétablit une responsabilité partagée. L’élève n’est pas le seul acteur. L’enseignant ne peut porter seul la charge. Les parents ne peuvent rester en périphérie. L’école ne peut fonctionner en vase clos. Les institutions ne peuvent piloter à distance. Le décrochage apparaît là où cette cohérence disparaît.

C’est également dans cette logique que des solutions intelligentes, intégrées, à l’instar de TamTrack, prennent tout leur sens. Lorsque la donnée, l’intelligence artificielle, le suivi pédagogique, l’implication parentale et la supervision institutionnelle sont réunis dans un même écosystème, le décrochage peut être anticipé. Il ne s’agit plus de compter les élèves après leur départ, mais de comprendre, en temps réel, les signes de fragilité et d’y répondre avant la rupture. Il est donc temps de sortir d’une logique de réaction pour entrer dans une logique d’anticipation.

De passer d’une responsabilité dispersée à une responsabilité partagée. De considérer l’éducation non pas comme une simple présence à l’école, mais comme un accompagnement continu, structuré et cohérent. Car un élève qui quitte l’école n’est pas une statistique de plus. C’est une trajectoire interrompue, un potentiel fragilisé, un avenir compromis.

Et si l’éducation est réellement une priorité nationale, alors chaque décrochage doit être considéré comme un signal collectif. Car les élèves ne disparaissent pas du jour au lendemain. Ils s’éloignent, lentement, lorsque plus personne ne les regarde assez attentivement.

Tribune du Dr Abdelilah Kadili, Président de la Fondation Tamkine.


Jeudi 7 Mai 2026