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​Le jour où un homme plein de vie s’est éteint à la suite d’une chute brutale du taux de sucre dans le sang


Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et de santé.



Le 12 août 2026, une famille a perdu un père.

​Le jour où un homme plein de vie s’est éteint à la suite d’une chute brutale du taux de sucre dans le sang
La société civile marocaine a également perdu un professeur d’université, un homme de savoir, un homme de projets, un homme qui aimait la vie et qui, probablement, comme tant d’entre nous, imaginait encore demain comme une évidence.

Il y avait encore des projets. Des conversations à poursuivre. Des rendez-vous à honorer.
Des idées à transmettre.
Des choses à construire.

Et puis, brutalement, le corps a cessé de répondre.
La cause annoncée : une hypoglycémie.
Un mot presque banal. Un mot que l’on rencontre sur les résultats d’une analyse sanguine, dans le suivi d’un diabète, dans les conversations entre médecins et patients.

Et pourtant, derrière ce mot apparemment simple peut se cacher une urgence neurologique et cardiovasculaire capable, dans certaines circonstances, de conduire au coma et à la mort.

 Comment quelques grammes de sucre peuvent-ils devenir une question de vie ou de mort ? 

Le cerveau est particulièrement dépendant du glucose pour fonctionner.
Lorsque la glycémie chute trop bas, le cerveau manque de son principal carburant.

Au début, le corps tente de prévenir le danger : faim brutale, sueurs, tremblements, palpitations, anxiété, faiblesse.

Puis les signes peuvent devenir beaucoup plus inquiétants : confusion, troubles de la parole, comportement inhabituel, perte de connaissance, convulsions.
À un stade extrême, le cerveau ne peut plus assurer normalement ses fonctions essentielles.

Une hypoglycémie profonde et prolongée peut alors provoquer un coma, des lésions neurologiques irréversibles, des troubles du rythme cardiaque et, finalement, le décès.

Ce n’est donc pas simplement « un manque de sucre ».
C’est une panne énergétique de l’organisme, qui peut devenir catastrophique lorsqu’elle n’est pas corrigée à temps.

 Mais pourquoi une hypoglycémie devient-elle mortelle ? 

La question est essentielle, notamment lorsqu’une personne jusque-là vivante, active et pleine de projets décède brutalement.

Chez une personne diabétique, certaines hypoglycémies peuvent être provoquées par une dose trop importante d’insuline ou par certains médicaments, notamment lorsqu’ils sont associés à une alimentation insuffisante, à un effort physique inhabituel, à l’alcool ou à une insuffisance rénale.

Mais l’hypoglycémie sévère n’est pas exclusivement une affaire de diabète.

Elle peut également survenir dans certaines maladies du foie ou des reins, dans des troubles hormonaux, après une consommation importante d’alcool, lors d’un jeûne prolongé ou, plus rarement, en raison d’une production excessive d’insuline par l’organisme.

Chez certaines personnes, les signes d’alerte peuvent en outre être particulièrement discrets.

Le patient ne ressent pas nécessairement le moment où le danger s’installe.
Et c’est précisément là que réside une partie du drame.

 Toutes les hypoglycémies ne sont pas mortelles. 

Et toutes les hypoglycémies mortelles ne sont pas nécessairement évitables.

Mais beaucoup d’hypoglycémies sévères constituent des situations où la rapidité de réaction peut changer radicalement le pronostic.

Une personne consciente qui présente une hypoglycémie peut généralement recevoir rapidement du sucre à absorption rapide.

En revanche, une personne inconsciente ne doit jamais recevoir de liquide ou de nourriture par la bouche, en raison du risque d’étouffement.

Il faut immédiatement solliciter les secours et, lorsqu’il est disponible et que l’entourage est formé à son utilisation, administrer du glucagon.

La frontière entre l’urgence réversible et le drame irréversible peut parfois être extraordinairement courte.

 Le véritable danger : ne pas reconnaître l’hypoglycémie 

Nous parlons de l’AVC, de la « bouche qui tombe », du « bras qui ne se lève plus », des troubles soudains de la parole.

Mais connaissons-nous suffisamment les signes d’une hypoglycémie sévère ?

Savons-nous qu’une personne qui devient soudainement confuse, agressive, somnolente, désorientée ou inconsciente peut être en train de faire une hypoglycémie ?

Savons-nous quoi faire ?
Et surtout : savons-nous quoi ne pas faire ?

Mais pour cela, il faut connaître la glycémie réellement mesurée, les circonstances de l’épisode, les traitements éventuels, les antécédents, le délai avant la prise en charge, l’état neurologique initial et les gestes réalisés.

Sans ces éléments, personne ne peut honnêtement affirmer que cette mort était évitable.

 La mort par hypoglycémie doit aussi devenir une question de prévention 

Cette disparition doit-elle rester uniquement le drame intime d’une famille ?
Non.
Elle devrait aussi nous interroger collectivement.

Dans une société où le diabète est fréquent, où les traitements hypoglycémiants sont largement utilisés et où le vieillissement de la population augmente la complexité des prises en charge, la connaissance de l’hypoglycémie sévère devrait faire partie de la culture sanitaire de base.

Les familles de patients diabétiques devraient savoir reconnaître les premiers signes.

Les patients devraient connaître les risques de leurs traitements.

Les proches devraient savoir comment réagir devant une perte de connaissance.

Et les professionnels de santé devraient continuer à expliquer qu’une hypoglycémie n’est pas un simple chiffre sur un glucomètre : lorsqu’elle devient profonde, elle est une urgence.

Jeudi 13 Août 2026



le Jeudi 13 Août 2026