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​Le pari Ouahbi : continuité tactique, rupture de méthode ?


Rédigé par le Dimanche 8 Mars 2026

La nomination de Mohamed Ouahbi à la tête de la sélection marocaine ne relève ni du hasard ni d’un simple pari sur la jeunesse. Officialisée par la Fédération royale marocaine de football le 5 mars 2026, elle marque un choix stratégique : celui de la continuité dans le jeu, mais avec une promesse de renouvellement dans l’animation, la gestion humaine et la transition générationnelle.



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​Le pari Ouahbi : continuité tactique, rupture de méthode ?
À première vue, le profil peut surprendre. Mohamed Ouahbi n’est pas un ancien international au pedigree tapageur. Né à Schaerbeek, en Belgique, il s’est construit loin des projecteurs, dans l’univers exigeant de la formation. Son parcours s’est longtemps écrit à Anderlecht, l’un des grands laboratoires du football belge, où il a travaillé sur plusieurs générations de jeunes talents. La FRMF et la CAF soulignent d’ailleurs cette réputation de pédagogue méthodique, forgée dans le développement des jeunes joueurs plutôt que dans le bruit médiatique.

Ce n’est pas un détail. Dans le football contemporain, les fédérations les plus structurées cherchent moins des sauveurs providentiels que des architectes de cycles. Le Maroc a choisi cette voie. Avant d’accéder aux A, Ouahbi avait déjà pris du poids dans l’écosystème fédéral marocain à travers les sélections de jeunes. Son point de bascule fut 2025 : il conduit les U20 marocains vers un titre mondial historique au Chili, un exploit qui a considérablement renforcé sa crédibilité interne. La FIFA elle-même l’a présenté comme une figure centrale de cette année exceptionnelle pour le football marocain.

Mais la vraie question n’est pas biographique. Elle est politique, presque institutionnelle : pourquoi lui, et pourquoi maintenant ? La réponse tient en trois mots : maîtrise, continuité, transition.

D’abord, la maîtrise. Les portraits publiés par la CAF décrivent un entraîneur rigoureux, discret, obsédé par l’organisation collective. Ses équipes aiment récupérer vite, presser haut et attaquer avec intensité. Tactiquement, il alterne entre 4-3-3 et 3-4-3, avec une volonté constante de contrôler l’espace et le tempo. Ce n’est pas un révolutionnaire romantique. C’est un technicien du détail, un homme de structure.

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​Le pari Ouahbi : continuité tactique, rupture de méthode ?
Ensuite, la continuité. Après l’ère Walid Regragui, qui a fait entrer le Maroc dans une autre dimension avec la demi-finale du Mondial 2022, il aurait été risqué d’imposer une rupture totale. La Fédération a donc opté pour un profil capable de prolonger une culture de performance déjà installée, sans désorienter le vestiaire. La logique est lisible : ne pas casser la mécanique, mais la raffiner.

Enfin, la transition. Le Maroc possède aujourd’hui un vivier rare, mais aussi une équation délicate : intégrer progressivement de nouveaux profils sans affaiblir l’ossature des cadres. Ouahbi arrive avec un avantage majeur : il connaît déjà plusieurs joueurs susceptibles de franchir le cap entre les sélections de jeunes et l’équipe première. Dans une sélection qui vise désormais autre chose qu’un simple exploit, ce lien entre formation et sommet n’est plus un luxe. C’est une nécessité.

Le choix du staff va dans le même sens. La presse africaine évoque la présence attendue du Portugais João Sacramento et de Youssouf Hadji dans l’encadrement. Là encore, la logique est celle de la complémentarité : expérience internationale, lecture tactique, connaissance du terrain marocain. Un staff n’est jamais un décor ; c’est la première traduction concrète d’un projet.

Reste l’inconnue principale : le temps. Le Mondial 2026 approche vite, et Ouahbi ne bénéficiera d’aucun état de grâce durable. Il hérite d’une équipe qui n’est plus perçue comme un outsider sympathique, mais comme une puissance attendue. Le romantisme a vécu. Le Maroc entre dans l’âge brutal des confirmations.

En réalité, le choix Ouahbi dit quelque chose de plus large sur l’état du football marocain : le pays ne veut plus seulement produire des coups d’éclat, il veut produire de la continuité. Et cela, mine de rien, est le signe des nations qui ont cessé de rêver petit.




Mohamed Ait Bellahcen
Un ingénieur passionné par la technique, mordu de mécanique et avide d'une liberté que seuls l'auto... En savoir plus sur cet auteur
Dimanche 8 Mars 2026