À Nairobi, la phrase n’est pas passée inaperçue. Emmanuel Macron a affirmé, lundi 11 mai 2026, que les réalisations accomplies par le système d’éducation au Maroc, sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, constituaient « un modèle extraordinaire » pour le continent africain. Le propos a été tenu dans le cadre du forum Africa Forward, organisé au Kenya, dans un contexte où Paris tente de redéfinir sa relation avec l’Afrique autour de l’investissement, de l’innovation et du partenariat économique.
L’éloge présidentiel français intervient dans une séquence diplomatique particulière. Le sommet de Nairobi est le premier du genre organisé par la France dans un pays anglophone africain. Il traduit une volonté de sortir du tête-à-tête traditionnel avec l’Afrique francophone, alors que l’influence française a été fortement bousculée ces dernières années au Sahel et dans plusieurs anciennes zones d’influence. Plus de trente dirigeants africains étaient réunis autour de thèmes comme la transition énergétique, l’intelligence artificielle, la réforme de l’architecture financière internationale et les nouveaux partenariats économiques.
Dans ce décor, citer le Maroc n’est pas anodin. Le Royaume apparaît, aux yeux de Paris, comme un pays africain capable de transformer une politique publique en instrument de projection continentale. En parlant de l’éducation marocaine comme d’un « modèle », Emmanuel Macron ne salue pas seulement une réforme scolaire. Il reconnaît implicitement le rôle du capital humain dans la compétition africaine de demain : celle des compétences, de l’employabilité, de la formation technique, de l’université et de l’innovation.
Le Maroc a, en effet, engagé depuis plusieurs années une refonte progressive de son système éducatif. La réforme s’inscrit dans une trajectoire plus large : généralisation du préscolaire, amélioration des apprentissages fondamentaux, réforme de l’enseignement supérieur, développement de la formation professionnelle et montée en puissance de dispositifs expérimentaux comme les « écoles pionnières ». Selon le ministère de l’Éducation nationale, ce modèle vise à améliorer la qualité des apprentissages, le bien-être des élèves, les compétences transversales et la lutte contre la déperdition scolaire.
Le programme des écoles pionnières constitue aujourd’hui l’un des marqueurs les plus visibles de cette nouvelle approche. Il repose sur une idée simple mais décisive : ne plus enseigner seulement en fonction du niveau administratif de la classe, mais en fonction du niveau réel de maîtrise des élèves, notamment en lecture, écriture et calcul. Le ministère indique que l’évaluation indépendante de la phase pilote 2023-2024 a fait ressortir une progression notable des apprentissages et une meilleure mobilisation des établissements, des enseignants, des directeurs et des parents. L’extension progressive prévoit environ 2.000 écoles supplémentaires par an, avec l’objectif d’une couverture totale du primaire à l’horizon 2027-2028.
C’est ici que la déclaration de Macron prend son sens politique. L’éducation n’est plus seulement un chantier social interne ; elle devient un levier de rayonnement. Le Maroc forme déjà des étudiants africains dans ses universités, accueille des élèves et stagiaires venus du continent, développe des partenariats en formation professionnelle et présente son expérience comme une composante de sa diplomatie Sud-Sud. Dans cette perspective, le système éducatif marocain n’est pas seulement jugé à l’aune de ses résultats nationaux, mais aussi de sa capacité à inspirer, exporter des méthodes, accueillir des talents et contribuer à la construction d’un espace africain des compétences.
Mais l’éloge venu de Nairobi ne doit pas masquer les défis persistants. Le Maroc a beaucoup avancé sur l’accès à l’école, mais la bataille de la qualité reste ouverte. Les écarts entre territoires, entre public et privé, entre villes et zones rurales, ou encore entre élèves favorisés et élèves vulnérables, demeurent des réalités lourdes. La réforme éducative marocaine est donc à un moment charnière : elle est suffisamment avancée pour être reconnue à l’international, mais pas encore assez généralisée pour produire partout les mêmes effets.
Le soutien de la Banque mondiale aux réformes marocaines du capital humain confirme cette lecture. En mars 2025, l’institution a approuvé un financement de 600 millions de dollars pour appuyer la troisième phase du programme de renforcement du capital humain au Maroc, dans un contexte marqué par des chocs multiples : pandémie, inflation, sécheresses et séisme. La Banque mondiale souligne que ces réformes s’inscrivent dans le cadre du Nouveau Modèle de Développement et visent une croissance plus forte et plus équitable.
À Nairobi, Emmanuel Macron a également annoncé la mobilisation de 23 milliards d’euros d’investissements en Afrique, dont 14 milliards portés par des entreprises françaises et 9 milliards par des entreprises africaines. Le message global du sommet est clair : l’Afrique n’est plus seulement présentée comme un espace d’aide, mais comme un continent d’investissement, de production et de codéveloppement.
Dans ce nouveau récit, le Maroc cherche à occuper une place singulière : celle d’un pays africain capable de parler à l’Europe, d’investir dans le continent et de proposer des modèles opérationnels. L’école devient alors un terrain stratégique. Car l’Afrique ne gagnera pas seulement la bataille des infrastructures, des ports, de l’énergie ou du numérique. Elle gagnera, ou perdra, d’abord celle des compétences.
La formule de Macron est donc flatteuse, mais elle est surtout exigeante. Qualifier le système éducatif marocain de « modèle extraordinaire » oblige le Maroc à transformer l’essai : généraliser les réussites, mesurer les résultats sans complaisance, corriger les inégalités et faire de l’école publique le vrai cœur de la promesse nationale.
Car un modèle ne se décrète pas. Il se prouve, classe après classe, génération après génération.
L’éloge présidentiel français intervient dans une séquence diplomatique particulière. Le sommet de Nairobi est le premier du genre organisé par la France dans un pays anglophone africain. Il traduit une volonté de sortir du tête-à-tête traditionnel avec l’Afrique francophone, alors que l’influence française a été fortement bousculée ces dernières années au Sahel et dans plusieurs anciennes zones d’influence. Plus de trente dirigeants africains étaient réunis autour de thèmes comme la transition énergétique, l’intelligence artificielle, la réforme de l’architecture financière internationale et les nouveaux partenariats économiques.
Dans ce décor, citer le Maroc n’est pas anodin. Le Royaume apparaît, aux yeux de Paris, comme un pays africain capable de transformer une politique publique en instrument de projection continentale. En parlant de l’éducation marocaine comme d’un « modèle », Emmanuel Macron ne salue pas seulement une réforme scolaire. Il reconnaît implicitement le rôle du capital humain dans la compétition africaine de demain : celle des compétences, de l’employabilité, de la formation technique, de l’université et de l’innovation.
Le Maroc a, en effet, engagé depuis plusieurs années une refonte progressive de son système éducatif. La réforme s’inscrit dans une trajectoire plus large : généralisation du préscolaire, amélioration des apprentissages fondamentaux, réforme de l’enseignement supérieur, développement de la formation professionnelle et montée en puissance de dispositifs expérimentaux comme les « écoles pionnières ». Selon le ministère de l’Éducation nationale, ce modèle vise à améliorer la qualité des apprentissages, le bien-être des élèves, les compétences transversales et la lutte contre la déperdition scolaire.
Le programme des écoles pionnières constitue aujourd’hui l’un des marqueurs les plus visibles de cette nouvelle approche. Il repose sur une idée simple mais décisive : ne plus enseigner seulement en fonction du niveau administratif de la classe, mais en fonction du niveau réel de maîtrise des élèves, notamment en lecture, écriture et calcul. Le ministère indique que l’évaluation indépendante de la phase pilote 2023-2024 a fait ressortir une progression notable des apprentissages et une meilleure mobilisation des établissements, des enseignants, des directeurs et des parents. L’extension progressive prévoit environ 2.000 écoles supplémentaires par an, avec l’objectif d’une couverture totale du primaire à l’horizon 2027-2028.
C’est ici que la déclaration de Macron prend son sens politique. L’éducation n’est plus seulement un chantier social interne ; elle devient un levier de rayonnement. Le Maroc forme déjà des étudiants africains dans ses universités, accueille des élèves et stagiaires venus du continent, développe des partenariats en formation professionnelle et présente son expérience comme une composante de sa diplomatie Sud-Sud. Dans cette perspective, le système éducatif marocain n’est pas seulement jugé à l’aune de ses résultats nationaux, mais aussi de sa capacité à inspirer, exporter des méthodes, accueillir des talents et contribuer à la construction d’un espace africain des compétences.
Mais l’éloge venu de Nairobi ne doit pas masquer les défis persistants. Le Maroc a beaucoup avancé sur l’accès à l’école, mais la bataille de la qualité reste ouverte. Les écarts entre territoires, entre public et privé, entre villes et zones rurales, ou encore entre élèves favorisés et élèves vulnérables, demeurent des réalités lourdes. La réforme éducative marocaine est donc à un moment charnière : elle est suffisamment avancée pour être reconnue à l’international, mais pas encore assez généralisée pour produire partout les mêmes effets.
Le soutien de la Banque mondiale aux réformes marocaines du capital humain confirme cette lecture. En mars 2025, l’institution a approuvé un financement de 600 millions de dollars pour appuyer la troisième phase du programme de renforcement du capital humain au Maroc, dans un contexte marqué par des chocs multiples : pandémie, inflation, sécheresses et séisme. La Banque mondiale souligne que ces réformes s’inscrivent dans le cadre du Nouveau Modèle de Développement et visent une croissance plus forte et plus équitable.
À Nairobi, Emmanuel Macron a également annoncé la mobilisation de 23 milliards d’euros d’investissements en Afrique, dont 14 milliards portés par des entreprises françaises et 9 milliards par des entreprises africaines. Le message global du sommet est clair : l’Afrique n’est plus seulement présentée comme un espace d’aide, mais comme un continent d’investissement, de production et de codéveloppement.
Dans ce nouveau récit, le Maroc cherche à occuper une place singulière : celle d’un pays africain capable de parler à l’Europe, d’investir dans le continent et de proposer des modèles opérationnels. L’école devient alors un terrain stratégique. Car l’Afrique ne gagnera pas seulement la bataille des infrastructures, des ports, de l’énergie ou du numérique. Elle gagnera, ou perdra, d’abord celle des compétences.
La formule de Macron est donc flatteuse, mais elle est surtout exigeante. Qualifier le système éducatif marocain de « modèle extraordinaire » oblige le Maroc à transformer l’essai : généraliser les réussites, mesurer les résultats sans complaisance, corriger les inégalités et faire de l’école publique le vrai cœur de la promesse nationale.
Car un modèle ne se décrète pas. Il se prouve, classe après classe, génération après génération.