L'ODJ Média

​Maroc 2026 : un calendrier énigmatique entre accalmie apparente et lignes de fracture


Rédigé par le Mardi 27 Janvier 2026



​Maroc 2026 : un calendrier énigmatique entre accalmie apparente et lignes de fracture
Fin janvier 2026. Le Maroc avance dans une atmosphère étrange, faite à la fois de soulagement discret et d’attente nerveuse. Le pays semble vouloir refermer plusieurs parenthèses lourdes — sportives, économiques, climatiques — tout en se projetant vers une année charnière dont le calendrier, plus que jamais, concentre des enjeux politiques, sociaux et symboliques majeurs. Rien n’est explosif. Rien n’est totalement rassurant non plus. C’est précisément cette zone grise qui rend 2026 si énigmatique.

La première parenthèse que le pays tente de clore est celle de la CAN 2026. Une compétition censée être un moment d’orgueil sportif et de consolidation de l’image internationale du Maroc, mais qui s’est terminée sur une note amère. Polémiques arbitrales, tensions médiatiques, débats passionnels : l’épisode a laissé des traces, notamment dans l’opinion publique. En cette fin janvier, le discours officiel et médiatique s’efforce de tourner la page. Le football reste un puissant vecteur de cohésion, mais il a aussi rappelé à quel point l’émotion sportive peut rapidement se transformer en crispation nationale. Le malaise n’est pas profond, mais il est révélateur d’une société plus sensible, plus exigeante, moins disposée à avaler les récits convenus.

Sur un autre front, plus vital encore, la sécheresse semble avoir disparu des radars — du moins temporairement. Après plusieurs années de stress hydrique aigu, 2026 démarre avec des conditions climatiques moins alarmantes. Les barrages ont repris des couleurs, les discours anxiogènes se sont faits plus discrets, et l’urgence a changé de tonalité. Pour autant, cette accalmie ne signifie pas résolution. Elle dit surtout la capacité du pays à vivre par cycles d’alerte et d’oubli. La question de l’eau reste structurelle, mais elle s’efface dès que la pression immédiate se relâche. Là encore, le calendrier joue un rôle trompeur : une année sans crise visible peut masquer une vulnérabilité intacte.

Économiquement, le Maroc aborde 2026 sur une note plus favorable. La croissance est revenue, modérée mais réelle. Elle ne relève pas du miracle, mais elle tranche avec les années d’atonie post-crises. Les indicateurs macroéconomiques sont mieux orientés, l’investissement reprend, et certains secteurs — industrie, tourisme, exportations — retrouvent un certain souffle. L’inflation, quant à elle, est jugée soutenable. Elle pèse toujours sur les ménages, mais sans provoquer de rupture sociale majeure.

Le mot clé ici est “tenable”. Pas euphorique. Pas dramatique. Tenable. Un équilibre fragile, mais fonctionnel.

Dans ce contexte, une génération entière observe, calcule et s’inquiète à bas bruit : la Gen Z. En ce début d’année, des milliers de jeunes Marocains préparent leurs examens, terminent leurs cursus ou cherchent leur première insertion professionnelle. Leur rapport au temps est très différent de celui des décideurs. Là où l’État raisonne en échéances — avril, juin, septembre —, eux raisonnent en opportunités concrètes : stage, contrat, concours, visa parfois. Leur anxiété n’est pas idéologique, elle est pratique. Trouver un emploi, un sens, une trajectoire. La croissance leur parle peu si elle ne se traduit pas en postes accessibles.

L’inflation leur est abstraite si elle se transforme en loyers inabordables. Cette génération n’est ni apathique ni révoltée : elle est lucide, parfois désenchantée, souvent connectée à des récits mondiaux qui relativisent le discours national.

Avril marque la première grande échéance politique de l’année. Le Maroc doit rendre sa copie complémentaire sur le projet d’autonomie, un dossier acté par l’ONU en octobre 2025. Ce rendez-vous est stratégique, bien au-delà de sa technicité diplomatique. Il s’agit de consolider une séquence internationale favorable, d’inscrire le projet dans une logique de crédibilité institutionnelle et de continuité politique. Le fond du dossier est connu, mais sa mise en récit, sa capacité à convaincre et à s’inscrire dans le temps long restent essentielles.

Avril n’est pas une date anodine : c’est un test de sérieux, de cohérence et de projection.

Quelques semaines plus tard, en juin et juillet, le Maroc participera à la Coupe du monde aux États-Unis. Le sport revient, mais sous une autre forme. Moins continentale, plus globale.

Cette compétition offre une vitrine internationale considérable, mais aussi un miroir. Le Maroc n’y joue pas seulement des matchs, il y joue une image, une constance, une maturité sportive et organisationnelle. Après la CAN, l’enjeu est double : performer sans surréagir, exister sans surjouer. Le football devient ici un outil de diplomatie douce, mais aussi un révélateur des attentes populaires. Une victoire enthousiasme, une défaite déçoit, mais surtout, elle est interprétée à l’aune du contexte national.

Puis arrive septembre. Le mois politique par excellence. Les élections législatives devraient, en principe, se tenir à cette période. C’est là que le calendrier énigmatique devient franchement politique. Toutes les questions convergent : quel taux de participation ? Quelle mobilisation réelle ? Quelle majorité émergera ? Et surtout, quel sera le prochain chef de gouvernement ?

À ce stade, le suspense demeure entier. Les scénarios circulent, les calculs s’affinent, mais aucune certitude ne s’impose. Le paysage politique marocain est fragmenté, traversé par des logiques d’alliance plus que par des projets clairement antagonistes.

La question du taux de participation est centrale. Elle dira beaucoup plus que le nom du vainqueur. Une forte participation serait interprétée comme un regain de confiance ou, à tout le moins, d’intérêt. Une participation faible confirmerait un malaise démocratique latent, fait de distance, de scepticisme et parfois d’indifférence stratégique. Les électeurs marocains ne sont pas apolitiques ; ils sont prudents, parfois désabusés, souvent attentifs aux résultats concrets plus qu’aux promesses.

Quant au futur gouvernement, il devra composer avec un héritage lourd et des attentes multiples. Continuer la trajectoire économique sans accentuer les inégalités. Consolider les acquis sociaux sans céder au populisme budgétaire. Répondre aux enjeux de la jeunesse sans se contenter de slogans. Et surtout, gouverner dans un contexte international instable, où les marges de manœuvre nationales sont de plus en plus contraintes.

2026 apparaît ainsi comme une année de transition dense, mais sans explosion. Un calendrier chargé, mais sans moment clairement cathartique. Tout semble important, sans qu’un événement unique ne domine. C’est peut-être cela, au fond, l’énigme marocaine de 2026 : un pays qui avance, qui tient, qui ajuste, sans rupture spectaculaire, mais avec une accumulation de micro-tensions et de décisions structurantes.

Le Maroc n’est ni en crise ouverte ni en phase d’euphorie. Il est dans un entre-deux exigeant, où chaque échéance compte, où chaque faux pas peut peser, et où chaque réussite doit être consolidée. 2026 ne sera pas une année spectaculaire. Elle sera probablement décisive à bas bruit. Et c’est souvent dans ce type d’années que se joue l’essentiel.




Mardi 27 Janvier 2026