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​Minéraux critiques à Istanbul : le Maroc à la table des décisions


Rédigé par VSD le Samedi 2 Mai 2026



Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, copréside avec la Türkiye le Forum de l'OCDE sur les minéraux critiques qui s'est ouvert à Istanbul. La position est stratégique, l'enjeu colossal. Les minéraux critiques sont devenus le nouveau pétrole du XXIe siècle, et le Maroc entend bien y jouer un rôle de premier plan.

De quoi parle-t-on précisément ? Lithium, cobalt, nickel, terres rares, graphite — autant de matières premières indispensables aux batteries électriques, aux éoliennes, aux panneaux solaires, aux semi-conducteurs. Sans ces minéraux, pas de transition énergétique. Sans transition énergétique, pas de réponse crédible au défi climatique. Les chaînes d'approvisionnement mondiales, longtemps dominées par la Chine pour le raffinage et par la République démocratique du Congo pour l'extraction, font l'objet d'une intense compétition géopolitique.

Le Maroc dispose d'atouts dans ce paysage en recomposition. Le sous-sol national recèle des gisements de cobalt, de manganèse, de zinc, de plomb, dont l'exploitation pourrait être réorientée vers les besoins de la transition. Plus encore, le Royaume attire les investissements industriels en aval — l'usine Gotion High-Tech à Kénitra, les projets BTR New Material Group, les partenariats avec des constructeurs automobiles cherchant à sécuriser leurs intrants. Le pari : devenir une plateforme africaine de transformation, pas seulement d'extraction.

La présidence conjointe du forum de l'OCDE confirme la diplomatie économique active du Royaume. Mais les défis ne manquent pas. La concurrence régionale s'intensifie, avec l'Algérie qui mise sur ses réserves, la Mauritanie qui développe son potentiel minier, et l'Égypte qui cherche aussi sa place. Les exigences environnementales et sociales associées à l'exploitation minière, longtemps minorées, deviennent incontournables sous la pression des consommateurs européens et nord-américains.

Le Maroc joue donc une partition délicate. Capter les flux d'investissement, structurer une filière industrielle locale, respecter des standards environnementaux exigeants, négocier intelligemment avec les puissances qui rivalisent pour le contrôle de ces ressources. Istanbul est une étape. La suite se jouera dans la capacité du Royaume à transformer ce positionnement diplomatique en trajectoire industrielle solide.




Samedi 2 Mai 2026