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​Minéraux critiques et terres rares : ce que révèle réellement le MoU Maroc–États-Unis


Rédigé par La rédaction le Lundi 9 Février 2026

La signature d’un memorandum d’entente (MoU) entre le Maroc et les États-Unis sur les minéraux critiques et les terres rares, début février à Washington, est passée relativement discrète dans le flot de l’actualité diplomatique. Pourtant, derrière ce document non contraignant se joue une partie stratégique majeure, à la croisée de la géopolitique, de la transition énergétique et de la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales.



​Minéraux critiques et terres rares : ce que révèle réellement le MoU Maroc–États-Unis
À première vue, l’accord ressemble à beaucoup d’autres. Il ne s’agit ni d’un contrat commercial, ni d’un engagement financier chiffré. Le MoU pose un cadre de coopération : échange d’expertise, facilitation des investissements, coordination institutionnelle et volonté affichée de développer des chaînes de valeur plus intégrées autour des minéraux dits « critiques ». Mais c’est précisément ce caractère souple qui en fait un outil géopolitique efficace.

Les minéraux critiques — lithium, cobalt, nickel, manganèse, terres rares — sont devenus les nerfs invisibles de l’économie contemporaine. Sans eux, pas de batteries pour véhicules électriques, pas d’éoliennes, pas de semi-conducteurs avancés, pas d’industries de défense modernes. Or, une grande partie de leur extraction ou, surtout, de leur raffinage reste concentrée dans quelques pays, en particulier la Chine. Cette dépendance est désormais perçue à Washington comme une vulnérabilité stratégique.

Dans ce contexte, les États-Unis multiplient les accords de « friendshoring » : sécuriser l’accès à des ressources critiques auprès de partenaires jugés politiquement stables et fiables. Le Maroc entre clairement dans cette catégorie. Stabilité institutionnelle, proximité géographique avec l’Europe, accords de libre-échange avec les États-Unis, expérience industrielle dans les phosphates et certains métaux stratégiques : le Royaume coche de nombreuses cases.

Pour Rabat, l’enjeu dépasse largement l’extraction minière. Le discours officiel insiste sur un point central : sortir du modèle de simple exportateur de matières premières. Le MoU ouvre théoriquement la voie à des investissements dans la transformation locale, le raffinage, voire des segments industriels à plus forte valeur ajoutée liés aux batteries, aux technologies vertes ou aux matériaux avancés. En clair, il s’agit de capter une part plus importante de la valeur créée, et pas seulement des rentes d’extraction.

Mais cette ambition se heurte à plusieurs réalités. D’abord, le Maroc ne dispose pas, à ce stade, de réserves massives de terres rares comparables à celles de certains pays africains ou asiatiques. Son atout réside davantage dans la diversité de son sous-sol, son savoir-faire minier, son positionnement logistique et sa capacité à devenir une plateforme régionale, y compris pour des projets impliquant d’autres pays africains.

Ensuite, la question environnementale reste sensible. Les industries minières et de raffinage sont énergivores, polluantes et socialement contestées dans de nombreux pays. Le partenariat avec les États-Unis est aussi présenté comme un moyen d’importer de meilleures normes environnementales, technologiques et sociales. Reste à voir comment ces principes se traduiront concrètement sur le terrain.

Enfin, il y a l’équation géopolitique régionale. En se positionnant comme partenaire clé de Washington sur un dossier aussi stratégique, le Maroc renforce son ancrage dans les chaînes de valeur occidentales, tout en envoyant un signal clair sur ses choix d’alliances. Ce positionnement peut générer des opportunités, mais aussi des tensions, dans un environnement international de plus en plus polarisé.

Au fond, le MoU Maroc–États-Unis sur les minéraux critiques n’est ni un aboutissement ni une promesse automatique de gains économiques rapides. C’est un marqueur stratégique. Il indique que le Royaume est désormais perçu comme un acteur crédible dans une bataille mondiale silencieuse : celle de l’accès aux ressources qui feront l’économie de demain. Tout l’enjeu, pour Rabat, sera de transformer cette reconnaissance diplomatique en projets industriels concrets, durables et réellement créateurs de valeur.




Lundi 9 Février 2026