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​NMD : Le prochain gouvernement face à l’épreuve de vérité


Rédigé par le Samedi 27 Juin 2026



Après les élections, le Maroc devra passer du Nouveau Modèle de Développement au nouveau contrat d’exécution

​NMD : Le prochain gouvernement face à l’épreuve de vérité
À l’approche des élections législatives, le débat public risque d’être dominé par les slogans, les promesses et les programmes généreux. C’est le rituel démocratique. Mais cette fois, le Maroc ne part pas d’une page blanche. Il dispose déjà d’une feuille de route : le Nouveau Modèle de Développement.

La vraie question n’est donc plus seulement de savoir ce que les partis promettent. Elle est de savoir comment ils comptent achever ce qui a été engagé, corriger ce qui n’a pas fonctionné et accélérer ce qui reste trop lent.

Cinq ans après son lancement, le Nouveau Modèle de Développement n’est ni un échec, ni une réussite achevée. Il est un chantier ouvert. Certaines fondations sont solides. D’autres restent fragiles. Plusieurs promesses attendent encore leur traduction concrète dans la vie quotidienne des Marocains.

Le prochain gouvernement aura donc une responsabilité particulière : transformer la vision en résultats.

Ce qui a été fait
Le Maroc a avancé sur plusieurs fronts.

L’État social s’est consolidé avec l’élargissement de la protection sociale, les aides directes, le Registre Social Unifié et la généralisation progressive de la couverture médicale.
Les infrastructures ont continué de se développer. Les politiques de l’eau ont changé d’échelle. La digitalisation de l’administration a progressé. L’attractivité industrielle reste réelle. Plusieurs filières économiques confirment le positionnement du Royaume dans les chaînes de valeur mondiales.

Ces acquis ne doivent pas être minimisés.

Ils ont été obtenus dans un contexte difficile : sécheresses successives, inflation mondiale, tensions énergétiques, guerre en Ukraine, perturbations géopolitiques et pression sur le pouvoir d’achat. Le Maroc a donc résisté. Il a réformé. Il a maintenu une trajectoire.

Mais résister n’est pas suffisant. Le développement se juge aussi à ce qu’il change dans la vie des citoyens.

Ce qui est presque fait
Plusieurs chantiers sont engagés, mais leurs effets restent encore incomplets.

L’éducation est en réforme, mais les apprentissages ne progressent pas encore assez vite. La santé bénéficie d’une couverture élargie, mais l’accès réel aux soins reste inégal. La transition numérique avance dans l’administration, mais pas encore assez dans les PME et les territoires. La régionalisation existe, mais l’équité territoriale demeure insuffisante.

La gouvernance publique a gagné en stratégie, mais elle doit encore gagner en exécution.

C’est le cœur du sujet.
Le Maroc sait produire des visions. Il sait lancer des plans. Il sait annoncer des ambitions. Mais il doit désormais mieux coordonner, mieux évaluer, mieux corriger et mieux rendre compte. Le prochain gouvernement devra donc passer d’une culture de l’annonce à une culture du résultat.

Ce qui n’a pas été fait

Trois grandes promesses restent largement inachevées.

La première est l’emploi. Le Maroc investit, mais ne crée pas encore assez d’emplois durables pour les jeunes, les femmes et les diplômés.
La deuxième est la classe moyenne. Trop de ménages travaillent, paient, consomment, s’endettent, mais perdent leur capacité d’épargne et de projection.
La troisième est la concurrence. Les rentes, les positions dominantes, les barrières d’entrée et les délais de paiement continuent de freiner l’initiative et de nourrir la défiance.

Ces trois chantiers sont décisifs. Car un modèle de développement ne peut pas réussir durablement si l’emploi reste insuffisant, si la classe moyenne s’épuise et si l’économie paraît verrouillée pour une partie des citoyens et des entrepreneurs.

​Ce que devra faire le prochain gouvernement

Le prochain gouvernement devra éviter le piège du catalogue électoral.
Il ne devra pas promettre tout à tout le monde. Il devra hiérarchiser.

Première priorité : faire de l’emploi l’indicateur central de toutes les politiques publiques. Chaque investissement, chaque stratégie sectorielle, chaque aide à l’entreprise devra être évalué selon son impact réel sur l’emploi.

Deuxième priorité : consolider l’État social en garantissant son financement durable. Cela passe par la croissance, l’emploi formel, la réduction de l’informel et une meilleure efficacité de la dépense publique.

Troisième priorité : améliorer les services publics essentiels. École, santé, transport, justice, administration : c’est là que se joue la confiance quotidienne.

Quatrième priorité : protéger la classe moyenne en agissant sur les dépenses contraintes : logement, école, santé, transport, énergie et fiscalité.

Cinquième priorité : accélérer la transition hydrique. Le Maroc devra produire plus d’eau non conventionnelle, mais surtout consommer mieux l’eau disponible.

Sixième priorité : libérer les PME. Financement, délais de paiement, commande publique, numérique, intelligence artificielle et accès aux marchés doivent devenir des priorités concrètes.

Septième priorité : évaluer publiquement les politiques publiques. Chaque grand chantier doit avoir des objectifs, un calendrier, un responsable et des indicateurs.

Le verdict final

Fait : Le Maroc a posé plusieurs fondations majeures : État social, infrastructures, protection sociale, transition hydrique, digitalisation, attractivité économique.

Presque fait : Les réformes de l’éducation, de la santé, de la gouvernance, du numérique et des territoires sont engagées, mais leurs effets restent encore inégaux.

Pas fait : La création massive d’emplois, la protection durable de la classe moyenne, la réduction des rentes et l’égalité réelle des chances restent les grands défis.

Le prochain gouvernement ne devra donc pas inventer un nouveau modèle pour oublier le précédent. Il devra réussir ce qui est déjà identifié.

Après les élections, le Maroc n’aura pas seulement besoin d’un programme. Il aura besoin d’un contrat d’exécution.

Car la vraie question ne sera pas : qui promettra le plus ?
Elle sera : qui saura faire ce qui est déjà urgent ?




Samedi 27 Juin 2026