Pour le Maroc, l'un des points sensible porte un nom : l’ONEE. Selon une estimation publiée le 27 mars, l’Office national de l’électricité et de l’eau potable pourrait encaisser en 2026 un surcoût de 10 à 12 milliards de dirhams, sous l’effet combiné de la hausse des combustibles et de l’électricité importée, alors même que les tarifs restent inchangés depuis plus d’une décennie. Les prix de l’électricité distribuée par l’ONEE demeurent en effet réglementés par l’arrêté ministériel n°2451.14 publié en juillet 2014.
Ce chiffre n’a rien d’absurde. Le système électrique marocain reste encore fortement exposé aux intrants importés. Le charbon continue de peser lourd dans la production, tandis que les échanges avec l’Espagne jouent un rôle d’ajustement important : selon l’ANRE, les interconnexions avec l’Espagne ont représenté 2 539 GWh en 2024, soit 5,5% de la demande nationale ; le rapport sur les EEP accompagnant le PLF 2026 avance même 2 936 GWh et 6,3% pour 2024. Autrement dit, une partie de l’équilibre électrique marocain dépend encore des marchés extérieurs.
Le contexte macroéconomique complique encore la donne. En 2025, la facture énergétique du Maroc s’est établie à 107,56 milliards de dirhams, en baisse de 5,5% sur un an, selon l’Office des changes. Mais Bank Al-Maghrib anticipe déjà un rebond de 15,6% en 2026. Cela signifie que le choc actuel survient après une parenthèse de répit, non après une consolidation structurelle. Le pays reste donc vulnérable, et l’ONEE agit une nouvelle fois comme amortisseur silencieux de l’inflation importée.
Alors, que va faire l’État marocain ? Probablement pas ce qu’il a fait en 2022. Pendant la crise inflationniste liée à la guerre en Ukraine, Rabat avait privilégié un bouclier large, socialement et politiquement lisible : soutien au butane, maîtrise de certains prix administrés, protection du pouvoir d’achat, avec un effort budgétaire important. Aujourd’hui, la marge est plus étroite. Le déficit doit rester sous contrôle, les grands chantiers publics absorbent des ressources massives, et le gouvernement ne peut pas ouvrir un guichet généralisé de compensation énergétique.
Le scénario le plus probable est donc celui d’un bouclier ciblé, moins visible mais très coûteux :
Premièrement, laisser l’ONEE absorber une partie du choc à court terme ;
Deuxièmement, accompagner l’Office par de la trésorerie, des garanties, ou un nouveau traitement de dette ; Troisièmement, accélérer les réformes qui réduisent la dépendance aux achats extérieurs.
Ce n’est pas une hypothèse théorique. Le Conseil de la concurrence a déjà décrit l’ONEE comme porteur d’une dette liée notamment au différentiel entre tarifs de vente et coûts de revient, et a proposé une structure de défaisance pour isoler cette dette.
En clair, Rabat devrait chercher à éviter un choc frontal sur la facture des ménages. Une hausse brutale des tarifs de détail serait économiquement défendable, mais politiquement toxique. Elle renchérirait le coût de la vie, alourdirait les charges des PME et nourrirait une nouvelle séquence inflationniste.
En revanche, des ajustements plus techniques sont déjà en cours sur les tarifs d’usage des réseaux, notamment en moyenne tension, sous l’égide de l’ANRE. Cela suggère que la réforme passera d’abord par les segments professionnels, les mécanismes de réseau et la réorganisation du secteur, avant d’atteindre le client domestique.
L’autre réponse de l’État sera structurelle : accélérer l’autoproduction et la régionalisation des services. Le décret d’application de la loi 82-21 sur l’autoproduction a enfin été publié et entrera en vigueur le 9 juin 2026.
En parallèle, les sociétés régionales multiservices montent en puissance dans le cadre de la loi 83-21. Ce sont des réformes moins spectaculaires qu’une subvention, mais plus décisives à moyen terme : elles visent à desserrer l’étau sur l’ONEE, à mieux répartir les charges et à ouvrir davantage d’espace à une électricité locale, renouvelable et moins exposée au brut, au charbon et au fret.
La vraie réponse marocaine, cette fois-ci, sera donc sans doute moins politique en apparence, mais plus comptable dans ses mécanismes : pas un grand bouclier inflationniste national, plutôt un matelas discret sous l’ONEE.
Le problème, c’est qu’un matelas de 10 à 12 milliards de dirhams finit toujours par apparaître quelque part : dans la dette, dans le budget, ou plus tard dans la facture. Et c’est bien là le nœud du sujet : le Maroc peut encore amortir le choc, mais il ne peut plus faire semblant que l’électricité a un prix de 2014 dans un monde énergétique de 2026.
Ce chiffre n’a rien d’absurde. Le système électrique marocain reste encore fortement exposé aux intrants importés. Le charbon continue de peser lourd dans la production, tandis que les échanges avec l’Espagne jouent un rôle d’ajustement important : selon l’ANRE, les interconnexions avec l’Espagne ont représenté 2 539 GWh en 2024, soit 5,5% de la demande nationale ; le rapport sur les EEP accompagnant le PLF 2026 avance même 2 936 GWh et 6,3% pour 2024. Autrement dit, une partie de l’équilibre électrique marocain dépend encore des marchés extérieurs.
Le contexte macroéconomique complique encore la donne. En 2025, la facture énergétique du Maroc s’est établie à 107,56 milliards de dirhams, en baisse de 5,5% sur un an, selon l’Office des changes. Mais Bank Al-Maghrib anticipe déjà un rebond de 15,6% en 2026. Cela signifie que le choc actuel survient après une parenthèse de répit, non après une consolidation structurelle. Le pays reste donc vulnérable, et l’ONEE agit une nouvelle fois comme amortisseur silencieux de l’inflation importée.
Alors, que va faire l’État marocain ? Probablement pas ce qu’il a fait en 2022. Pendant la crise inflationniste liée à la guerre en Ukraine, Rabat avait privilégié un bouclier large, socialement et politiquement lisible : soutien au butane, maîtrise de certains prix administrés, protection du pouvoir d’achat, avec un effort budgétaire important. Aujourd’hui, la marge est plus étroite. Le déficit doit rester sous contrôle, les grands chantiers publics absorbent des ressources massives, et le gouvernement ne peut pas ouvrir un guichet généralisé de compensation énergétique.
Le scénario le plus probable est donc celui d’un bouclier ciblé, moins visible mais très coûteux :
Premièrement, laisser l’ONEE absorber une partie du choc à court terme ;
Deuxièmement, accompagner l’Office par de la trésorerie, des garanties, ou un nouveau traitement de dette ; Troisièmement, accélérer les réformes qui réduisent la dépendance aux achats extérieurs.
Ce n’est pas une hypothèse théorique. Le Conseil de la concurrence a déjà décrit l’ONEE comme porteur d’une dette liée notamment au différentiel entre tarifs de vente et coûts de revient, et a proposé une structure de défaisance pour isoler cette dette.
En clair, Rabat devrait chercher à éviter un choc frontal sur la facture des ménages. Une hausse brutale des tarifs de détail serait économiquement défendable, mais politiquement toxique. Elle renchérirait le coût de la vie, alourdirait les charges des PME et nourrirait une nouvelle séquence inflationniste.
En revanche, des ajustements plus techniques sont déjà en cours sur les tarifs d’usage des réseaux, notamment en moyenne tension, sous l’égide de l’ANRE. Cela suggère que la réforme passera d’abord par les segments professionnels, les mécanismes de réseau et la réorganisation du secteur, avant d’atteindre le client domestique.
L’autre réponse de l’État sera structurelle : accélérer l’autoproduction et la régionalisation des services. Le décret d’application de la loi 82-21 sur l’autoproduction a enfin été publié et entrera en vigueur le 9 juin 2026.
En parallèle, les sociétés régionales multiservices montent en puissance dans le cadre de la loi 83-21. Ce sont des réformes moins spectaculaires qu’une subvention, mais plus décisives à moyen terme : elles visent à desserrer l’étau sur l’ONEE, à mieux répartir les charges et à ouvrir davantage d’espace à une électricité locale, renouvelable et moins exposée au brut, au charbon et au fret.
La vraie réponse marocaine, cette fois-ci, sera donc sans doute moins politique en apparence, mais plus comptable dans ses mécanismes : pas un grand bouclier inflationniste national, plutôt un matelas discret sous l’ONEE.
Le problème, c’est qu’un matelas de 10 à 12 milliards de dirhams finit toujours par apparaître quelque part : dans la dette, dans le budget, ou plus tard dans la facture. Et c’est bien là le nœud du sujet : le Maroc peut encore amortir le choc, mais il ne peut plus faire semblant que l’électricité a un prix de 2014 dans un monde énergétique de 2026.