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​Point Marchés : entre nervosité mondiale, Afrique contrastée et consolidation à Casablanca


Les marchés financiers mondiaux abordent le milieu de l’année 2026 dans un climat paradoxal : les performances restent globalement positives depuis janvier, mais la nervosité s’installe. C’est ce que décrypte le quatrième épisode de Point Marchés, le rendez-vous mensuel consacré à l’analyse des marchés marocains et internationaux, organisé en partenariat entre African Financial Investment et L’ODJ Média.



IA, taux, Afrique, MASI : les marchés financiers entrent dans une année de tri sélectif

Diffusée sur ODJ 24, R212, la radio des Marocains du monde, ainsi que sur les réseaux sociaux, cette émission propose un tour d’horizon des grandes tendances financières : marchés internationaux, places africaines, marché marocain des taux et actions, sans oublier les premières lectures des résultats trimestriels des sociétés cotées.

La séance du vendredi 5 juin 2026 a donné le ton. Les marchés actions mondiaux ont terminé en ordre dispersé, sous l’effet combiné de chiffres de l’emploi américain plus solides que prévu, d’une tension persistante sur les taux souverains et d’un repli marqué des valeurs technologiques et liées à l’intelligence artificielle. Le Nasdaq 100 a ainsi reculé de 4,77 %, tandis que le S&P 500 perdait 2,64 %. Le MSCI World et le MSCI Emerging Markets ont également terminé en baisse, respectivement de 2,26 % et 2,37 %.

Cette correction ne signifie pas pour autant un retournement global de tendance. Depuis le début de l’année, les marchés développés continuent de profiter de la croissance bénéficiaire et de l’engouement pour l’intelligence artificielle. Le Nasdaq 100 affiche encore une performance annuelle d’environ 14,68 %, tandis que le Nikkei japonais se distingue avec une progression spectaculaire de plus de 32 %. Le Japon apparaît ainsi comme l’un des grands gagnants de 2026, porté par la réforme de la gouvernance des entreprises, les rachats d’actions, l’exposition technologique asiatique et un yen encore favorable aux exportateurs.

Le tableau est plus nuancé aux États-Unis. La résilience économique soutient les indices, mais la perspective d’une Réserve fédérale prudente sur les baisses de taux limite l’expansion des valorisations. En Europe, la progression demeure plus modérée. Le Stoxx 600, le FTSE 100 et le SMI suisse évoluent dans une logique plus défensive, entre valeurs industrielles, financières, matières premières et prudence face au choc énergétique.

La Chine, elle, reste en convalescence. Le CSI 300 et le Shanghai Composite progressent faiblement, pénalisés par la défiance des investisseurs étrangers, les difficultés persistantes du secteur immobilier et les incertitudes sur la croissance. À l’inverse, le ChiNext affiche une forte progression annuelle, tiré par les valeurs de croissance, la technologie, la santé, l’intelligence artificielle et la green tech, mais reste vulnérable aux prises de bénéfices.

Sur les marchés africains, le paysage est encore plus contrasté. L’Afrique boursière de 2026 raconte trois histoires en même temps : un Nigéria et une Égypte euphoriques, un Kenya solide mais discret, et une Afrique du Sud ainsi qu’une BRVM plus hésitantes. Le Nigéria se distingue par une hausse de plus de 55 % de ses principaux indices, portée par la recherche de protection contre l’inflation, le regain d’intérêt pour les actifs locaux, la hausse de la production pétrolière et les attentes liées aux réformes. L’Égypte bénéficie de son côté d’un repricing positif après plusieurs années de turbulences, soutenu par la croissance, le tourisme, le canal de Suez, les infrastructures et l’amélioration des perspectives de liquidité bancaire.

Entre euphorie africaine et prudence marocaine, les marchés cherchent leur prochain catalyseur

Le Kenya enregistre une progression plus mesurée, autour de 13 %, dans un environnement encore marqué par la pression sur le coût de la vie, mais soutenu par quelques grandes valeurs financières et télécoms. À l’inverse, l’Afrique du Sud reste sous pression, freinée par une croissance molle, des contraintes budgétaires et des problèmes structurels liés notamment à l’énergie et à la logistique. La BRVM, malgré une dynamique macroéconomique favorable dans l’UEMOA, ne parvient pas encore à transformer cette croissance en envolée boursière spectaculaire.

Dans ce contexte international et africain, le marché marocain traverse une phase de consolidation. Depuis le début de 2026, les taux obligataires marocains ont quitté la phase de détente observée en 2024 et 2025 pour repartir légèrement à la hausse. Cette remontée s’explique par les besoins de financement du Trésor et par un environnement mondial plus risqué. Bank Al-Maghrib maintient toutefois son taux directeur à 2,25 %, ce qui concentre l’ajustement sur les maturités souveraines moyennes et longues.

Sur le marché actions, l’indice MASI affiche une performance annuelle légèrement négative, autour de -1,74 %. L’analyse technique évoque une consolidation latérale au sein d’un triangle symétrique, avec un support de long terme qui continue d’accompagner la tendance haussière amorcée en 2023. La moyenne mobile 100 semaines reste un support dynamique, tandis que le RSI évolue dans une zone neutre, laissant une marge pour une reprise si de nouveaux catalyseurs apparaissent.

Le MASI 20 présente une image plus fragile, avec une baisse de plus de 11 % depuis le début de l’année. Ne comprenant aucune valeur minière, il reflète davantage la prudence du marché hors secteurs porteurs. Il évolue dans un canal baissier et teste actuellement des zones de support importantes.

Les publications du premier trimestre 2026 apportent toutefois quelques éléments de soutien. Les revenus des sociétés cotées progressent d’un peu plus de 7 %, après près de 8 % au premier trimestre 2025 et 4 % au premier trimestre 2024. Mais cette croissance doit être analysée avec prudence : elle est notamment portée par les sociétés minières. Retraitée de ces valeurs, la progression des revenus se situe plutôt autour de 3 %.

L’un des enjeux des prochains mois sera donc d’affiner les anticipations annuelles, en tenant compte de la saisonnalité, de l’impact du calendrier, du contexte géopolitique et de la trajectoire des taux. Dans un monde où les marchés avancent par rotations rapides, entre intelligence artificielle, matières premières, inflation, dollar fort et risque géopolitique, l’investisseur devra plus que jamais distinguer le bruit de marché des signaux de fond.

Le quatrième épisode de Point Marchés confirme ainsi une idée centrale : 2026 n’est pas une année de lecture simple. Elle récompense la sélectivité, la discipline et la capacité à comprendre les mouvements croisés entre taux, devises, géopolitique, résultats d’entreprises et psychologie des investisseurs.
 
Mardi 16 Juin 2026